Sports

Florian Cazenave, borgne et victime de la rigueur des instances rugbystiques

Jean-Yves Nau, mis à jour le 29.07.2014 à 15 h 36

Le jeune joueur qui a perdu un œil lors d'un accident peut jouer en Italie, mais pas en France.

USAP - Florian Cazenave signe à Reggio en Italie. / compte Facebook de USAP - Sempre Endavant

USAP - Florian Cazenave signe à Reggio en Italie. / compte Facebook de USAP - Sempre Endavant

Le jeu de rugby n’est pas toujours joli-joli. Notamment dans les coulisses et sur les gradins des tribunes d’honneur, là où trônent les gros pardessus. Prenons le cas de Florian Cazenave. L’homme est né le 30 décembre 1989 à Tarbes. Il joue au poste de demi de mêlée. Il a eu une brève mais brillante et prometteuse carrière dans les équipes de France des moins de 18 et moins de 19 ans. Depuis 2008, il joue avec l'équipe de l'USA Perpignan.

Il y a un an, le 13 juillet 2013, Florian Cazenave perd accidentellement l'usage de son œil gauche lors de la féria de Céret. Au cours d'un chahut nocturne avec des amis, le jeune homme est tombé, et sa tête a touché un pied de chaise. «Cela n'a rien à voir avec une rixe, précise alors Jean-Pierre Piquemal, l'adjoint au maire de Céret en charge de la sécurité. C'est l'accident stupide.» Dans un communiqué officiel, l'USAP évoque aussitôt «un accident domestique».

Florian Cazenave pense pouvoir rejouer et retrouver son niveau pour la saison 2014-2015. C’était faire preuve d’une bien grande naïveté. Le 6 mai 2014, La Fédération Française de Rugby (FFR) lui refuse la possibilité de rejouer au rugby en France. Raison invoquée: le règlement fédéral français interdit de ne jouer qu'avec un seul organe pair (œil, rein, membre,...) parce que le risque de perte du deuxième organe n'est pas «assuré». (voir Eurosport-Rugbyrama). Aucun club français, professionnel ou amateur  ne pourra l’accepter. Privé de licence. Condamné à ne plus jamais jouer.

«Le règlement de la FFR est très clair: quand on a perdu un organe bilatéral, il y a une contre-indication formelle à la pratique du rugby, déclarait alors le président du Comité médical, le Dr Jean-Claude Peyrin. Il est donc impossible que Florian Cazenave rejoue en France, que ce soit en Top 14 ou en 4e série, puisqu'il ne peut pas obtenir de licence. »

Après de longs mois de rééducation, Cazenave avait pourtant obtenu le feu vert de la médecine du travail.

Le demi de mêlée avait aussi demandé à pouvoir utiliser des lunettes spéciales, actuellement testées sous contrôle de l'International Rugby Board, par certaines fédérations nationales volontaires. Mais sur avis du Comité médical, le bureau fédéral de la FFR a refusé l'expérimentation en France du dispositif.

«Il y a une confusion autour de ces lunettes qui ne protègent pas en cas de traumatisme, explique le Dr Peyrin. Elles sont adaptées pour des enfants ou des gens qui ne peuvent pas utiliser de lentilles. De plus, si on s'engageait dans cette expérience, il aurait fallu l'accord de notre assureur, précise le Dr Peyrin. Or, tout litige lié à cette expérimentation devrait se régler, pour des raisons légales, devant les tribunaux anglais ce qui compliquait la chose. Enfin, les conditions de l'expérimentation étaient très contraignantes, avec des retours très réguliers à fournir, d'où notre avis défavorable ».

Il n’y aurait rien à ajouter sans les informations révélées par L’Equipe du 24 Juillet. L’Italie, le Pays de Galles, l’Irlande et l’Ecosse ont accepté de tester le système des lunettes. La France continue de refuser. Aussi Florian Cazenave part-il jouer en Italie. A Reggio, un tout petit club de division 2, près de Parme. «J’ai un petit appartement qui m’attend à Reggio. Je n’ai pas de contrat pro. On m’a filé une voiture et un petit budget nourriture (…) Mais je positive, la ville est belle, je vais rejouer. Cela pourrait être pire». Sans la cécité de la FFR, cela pourrait aussi être mieux.

Une précision : l’assureur officiel de la FFR est la GMF.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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