Sports

Laure Manaudou et les retours gagnants de super-maman

Yannick Cochennec, mis à jour le 15.07.2011 à 10 h 25

La mère de famille Laure Manaudou a amélioré son record personnel pour son retour à la compétition.

Laure Manaudou en 2006, REUTERS/Laszlo Balogh

Laure Manaudou en 2006, REUTERS/Laszlo Balogh

La nageuse française Laure Manaudou a amélioré son record personnel du 50m pour son retour à la compétition jeudi 14 juillet. Elle avait marqué une pause dans sa carrière pendant presque deux ans, période pendant laquelle elle est notamment devenue maman. Cet article, publié en août 2009 à l’occasion du retour à la compétition de Kim Clijsters, revient sur les retours de championnes après un congé maternité.

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Peut-on être mère de famille et championne à la fois? Kim Clijsters le pense et elle aurait sans doute tort d'en douter. La Belge n'a que 26 ans au moment où elle reprend le fil de sa carrière de joueuse de tennis interrompue en mai 2007 pour se marier et donner naissance plus tard à une petite fille, Jada, née le 27 février 2008.

 

Les mêmes qualités

Pourquoi pas, en effet, retenter sa chance sur un circuit féminin où elle devrait vite retrouver sa place parmi les meilleures. Ses qualités techniques et physiques sont restées les mêmes selon les observateurs qui ont pu la suivre ici ou là à l'entraînement. «J'ai retrouvé mes coups très vite, même si je n'avais pratiquement plus joué depuis deux ans, a-t-elle précisé. Physiquement, en revanche, ça n'a pas été facile de s'y remettre. Mais le plus dur, probablement, a été de devoir admettre que je ne serai plus, quoi qu'il advienne, la même joueuse que celle de 2007.» Reste à savoir également si, psychologiquement, elle pourra se réadapter à la vie de nomade d'une joueuse de tennis qui jongle constamment avec les fuseaux horaires. «Je ferai un premier point après l'US Open», a-t-elle prévenu. Mais il est d'ores et déjà acquis qu'elle sera au départ de la saison 2010.

Rares sont les mamans en activité sur le circuit professionnel. L'Autrichienne Sybille Bammer, 29e, en est même l'unique représentante parmi les 100 premières mondiales depuis que Lindsay Davenport a remisé sa raquette, fin 2008, à cause d'une deuxième grossesse. Davenport, autre ancienne n°1, a d'ailleurs été celle qui a donné quelques idées de retour à Clijsters, impressionnée par les résultats de l'Américaine lorsque celle-ci était sortie de sa retraite, en 2007, après avoir donné naissance, trois mois plus tôt, à un petit garçon. Davenport n'avait pas attendu longtemps, en effet, pour réinscrire un titre à son palmarès. Dès son tournoi de rentrée, peu relevé il est vrai, elle avait réussi à s'imposer à Bali. Elle s'était ensuite hissée jusqu'à une très honorable 36e place mondiale avant d'être stoppée dans son élan par une deuxième maternité qui devrait, en principe, boucler son aventure sportive à l'âge de 33 ans.

Si jeune, Kim Clijsters peut, elle, esquisser le rêve de rejoindre dans la légende l'Australienne Evonne Cawley-Goolagong, dernière maman à avoir gagné un titre du Grand Chelem. C'était à Wimbledon, en 1980, année où toute l'Australie l'avait surnommée Supermum.

Fortunée, Kim Clijsters n'aura aucun problème pour mener de front ses deux carrières de mère et de joueuse. Une assistante maternelle, qui veillera sur sa progéniture quand elle s'entraînera et jouera, voyagera avec elle tout au long de l'année. Et elle aura tout le loisir de s'occuper de l'éducation de sa fille, le tennis, comme tout sport professionnel, laissant de larges plages de temps libre dans une journée.

De nombreuses championnes, dans d'autres disciplines, ont montré que conjuguer ces deux existences est après tout possible, même si l'arrivée d'un enfant peut laisser des traces, à l'image des athlètes françaises, Christine Arron et Muriel Hurtis, qui n'ont jamais retrouvé leur vitesse d'hier après leur accouchement.

Super-mamans victorieuses

Aux derniers Jeux Olympiques de Pékin, elles furent ainsi quelques-unes à partager leur médaille d'or avec leur enfant. Ce fut notamment le cas de la fleurettiste italienne, Valentina Vezzali, devenue la première escrimeuse de l'histoire à s'imposer pour la troisième fois en trois olympiades dans sa discipline. «Mon fils m'avait demandé une nouvelle médaille, avait-elle déclaré à Pékin. Mais il ne m'avait pas parlé du métal. J'ai décidé de lui offrir le plus beau.» La judoka chinoise Xian Dongmei, qui avait donné naissance à une fille en janvier 2007, s'est, elle aussi, parée d'or 18 mois plus tard, à Pékin, après avoir combattu une violente campagne de presse, des journaux l'ayant accusée d'avoir presque «abandonné» son enfant pour préparer les Jeux Olympiques.

On se souvient aussi que l'Ethiopienne Derartu Tulu, championne olympique du 10 000m en 1992, remonta sur la plus haute marche du podium en 2000, deux ans après avoir donné le jour à une petite fille. L'Australienne Jana Rawlinson avait également fait très fort en étant sacrée championne du monde du 400m haies, à Osaka, en 2007, sept mois seulement après être devenue mère pour la première fois. La Britannique Paula Radcliffe avait, elle, réussi le tour de force de remporter le marathon de New York neuf mois seulement après son accouchement. Et que dire de la nageuse américaine Dara Torres, médaillée olympique à Pékin à l'âge canonique de 41 ans, qui avait eu le courage de poursuivre sa carrière malgré la naissance de sa fille, Tessa, deux ans plus tôt. «C'est possible parce que toute ma vie, j'ai entretenu mon corps et que j'ai continué à le faire tout au long de ma grossesse, avait affirmé Torres. Pour la tête, il est plus difficile de suivre, mais si le désir de s'entraîner est encore là, alors il n'y a aucune raison de renoncer.»

Le retour à la compétition de Kim Clijsters coïncide, de manière amusante, avec celui du papa le plus comblé du circuit masculin. Ces jours-ci, Roger Federer retrouve les courts à Montréal, une quinzaine de jours seulement après que Mirka, son épouse, lui a offert le bonheur de deux jumelles, Charlene et Myla, nées le 23 juillet à Zurich. Et le champion suisse n'est pas venu seul au Canada puisque toute sa petite famille, à peine sortie de l'hôpital, a traversé l'Atlantique dans un jet privé pour l'accompagner au Québec. Dans quelle mesure Federer, l'homme aux 15 titres du Grand Chelem, sera-t-il affecté sur le court par ses nouvelles responsabilités familiales? C'est aussi l'une des questions que se posent les observateurs du tennis dont les yeux vont loucher cette semaine entre Cincinnati et Montréal...

Yannick Cochennec

Image de Une: Kim Clijsters gagne l'US Open Kevin Lamarque / Reuters

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