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Avec Haystack, vous pouvez vous faire de l'argent sur les places de parking publiques. Et ça ne plaît pas aux villes

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 29.07.2014 à 14 h 32

Repéré sur Boston Globe, Harvard Business Review

Après Uber, le service de réservation et de revente de places de parking, pourrait être au centre des prochaines controverses.

La présentation commerciale su service Haystack

Après les compagnies de VTC comme Uber contre les taxis, voici l’appli Haystack contre les municipalités américaines. Lancée en juin sur iOS, l’appli permet de réserver une place de parking en centre-ville moyennant quelques dollars. Le principe est simple (voir la vidéo ci-dessus): avant de libérer sa place, l’automobiliste publie sa situation géographique sur l’appli. Le demandeur de place arrive et récupère alors le spot. Il lui en coûtera 3 dollars prévelés électroniquement, dont 75 cents sont récupérés par l’entreprise, et 2,25 par l’offreur de place.

Le maire de Boston a fait savoir que l’appli de parking Haystack, disponible dans la ville depuis mi-juillet, n’était pas la bienvenue sur ses trottoirs.

«De telles méthodes, a-t-il signifié dans un communiqué, ne doivent pas interférer avec le droit du public d’accéder aux ressources publiques, y compris au parking.» «Ces espaces sont publics, et ne peuvent être vendus [par un acteur privé].»

Selon la mairie, «en invitant les utilisateurs à transférer l’occupation d’un espace de parking contre des frais, ces applications pourraient assujettir les espaces publics à une régulation privée».

D’autres voient plutôt Haystack comme une solution à un problème d’inadéquation entre l'offre et la demande, comme le spécialiste de la tarification interviewé par la Harvard Business Review, Rafi Mohammed:

«Les places de parking publiques sont notoirement sous-évaluées. Un garage privé dans le centre-ville de Boston, par exemple, fait payer 12 dollars pour la première heure et ensuite augmente le tarif jusqu’à 32 dollars pour 24 heures. Pendant ce temps, une place de parking publique située devant ce garage coûte 1,25 dollars de l’heure. Résultat, les conducteurs qui cherchent une place tournent et tournent encore jusqu’à ce qu’ils aient la chance de trouver une place de parking à un prix en dessous du marché.»

Enfin pour le Boston Globe, qui s’est fendu d’un éditorial sur le sujet, l’appli de parking n’est ni le problème, ni la solution à une question plus large d’aménagement urbain et de gestion des transports:

«Haystack est surtout le symptôme d’un problème plus large: le nombre de personnes qui veulent se garer en bordure de trottoir à Boston excède de beaucoup le nombre de places disponibles.» 

Et avec un prix de 1,25 dollar de l’heure, poursuit le quotidien, «pour beaucoup de visiteurs, conduire est moins cher que de prendre les transports en commun. Conduire Haystack hors de la ville ne changera rien à cette dynamique».

Alors que la municipalité de Séoul s’apprête à interdire le service de voiture avec chauffeurs Uber en mettant en place une appli inspirée de son fonctionnement pour les taxis officiels, les villes doivent-elles bannir ces nouveaux services ou plutôt en réaliser une version publique, une sorte de régie numérique?

Car ni Séoul ni Boston ne sont gouvernées par des équipes qui rejettent l’«innovation» technique. Elles voient d’un bon œil les possibilités offertes par la technologie, mais sont en revanche méfiantes vis-à-vis des effets pervers d’un tel système.

Selon l’éditorial du Boston Globe, la ville pourrait s’inspirer de San Francisco, qui a lancé un système pilote ajustant le prix de la place au niveau de la demande, «ce qui permettrait à la ville, et non à Haystack ou à ses utilisateurs, de percevoir des revenus additionnels».

Ce que soutient également Rafi Mohammed:

«Plutôt qu'être inutilement obsédé par Haystack, les villes devraient commencer à tarifer les places de parking sur la base de la demande: élever le cours pendant les périodes de pointe et inversement, le baisser pendant les périodes de faible demande.»

SFpark Overview from SFpark on Vimeo.

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