Monde

Le Ku Klux Klan va jusqu'à tenter de recruter des noirs américains

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 28.07.2014 à 17 h 28

Repéré sur Madame Noire, Orange County Register

KKK Rally in Georgia / Craig O'Neal via FlickrCC License by

KKK Rally in Georgia / Craig O'Neal via FlickrCC License by

L’impératif de la lutte contre l’immigration illégale aux Etats-Unis est en train de reléguer au second plan certaines positions d'habitude revendiquées par le Ku Klux Klan. Madame Noire rapporte en effet que les slogans traditionnels du groupe suprématiste blanc américain –tels que «pouvoir blanc» et «gardez l’Amérique américaine»– ont tendance à s’effacer, alors qu’il mène une campagne de recrutement dans plusieurs Etats (Caroline du Sud, Géorgie, Californie…).  

La nouvelle stratégie de communication du KKK s'apparente à une forme de dédiabolisation. Elle argumente en faveur d'une convergence des luttes inopinée entre le Ku Klux Klan et la communauté afro-américaine, soi-disant unis contre un ennemi commun dans la rhétorique des chevaliers encapuchonnés: l’immigré clandestin, en particulier mexicain.

«Nous pensons que notre gouvernement devrait intervenir et faire bien davantage pour sécuriser nos frontières. Tous nos emplois sont externalisés désormais, et pour ceux qui restent ici, les Américains noirs et blancs sont forcés d’entrer en compétition avec des Mexicains de l’autre côté de la frontière, parce qu’ils sont prêts à faire le job pour moins cher», a déclaré le leader du KKK, Robert Jones, rapporte Madame Noire.

Les tactiques de recrutement du groupuscule d’extrême droite (qui compte 8.500 membres) se transforment donc: les militants du Klan font du porte-à-porte au hasard, sans critère de race, de religion, ou de principes, car ils ne veulent pas être perçus comme «racistes». En Caroline du Sud, leurs flyers sont même accompagnés de friandises, c’est dire s’ils sont inoffensifs, et s’ils ne se bornent qu’à «suivre la Bible», comme l’a déclaré leur leader à WISTV.

«On commence à voir les blancs et les afro-américains se réveiller face à ce problème d’immigration illégale, a-t-il encore affirmé à Madame Noire. On commence à entrer en contact avec la communauté afro-américaine et à leur parler des mêmes questions, et ils sont d’accord avec le Klan pour dire que l’immigration illégale doit s’arrêter.»

Cette réorientation discursive en direction de l’immigration illégale s’explique par le caractère émotionnel de cette question, qui divise la société américaine. C’est ce qu’explique Mark Potok, porte-parole du Southern Poverty Law Center, une organisation de défense des droits civiques née du mouvement anti-ségrégation, interrogé par Orange County Register: «Il est beaucoup plus facile d’intéresser les gens à l'immigration illégale» qu'aux sujets traditionnels des suprématistes blancs.

Cependant, interrogé par Madame Noire, Mark Potok soutient que le rapprochement supposé entre le KKK et la communauté afro-américaine relève du fantasme:

«L’idée que les noirs affluent vers le Klan, ou se rallient à son message parce qu’il est critique à l’égard de l’immigration illégale est simplement fausse. C’est une affirmation qui fait partie du message que le Klan cherche à transmettre selon lequel ils s’apparentent plus à un sympathique groupe de surveillance de voisinage qui ne méprise personne et qui est simplement fier de l’héritage blanc.»

Dès que l’on gratte un peu la couche de vernis communicationnelle du KKK, les antiennes suprématistes refont en effet très vite surface. Si l’on appelle la «Klan hotline», dont le numéro est indiqué sur les flyers, comme l'a fait un journaliste de l'Orange County Register, un répondeur automatique prône une politique du «tirer pour tuer» («shoot to kill» en anglais), et conclut:

«Souvenez-vous: si ce n’est pas blanc, ce n’est pas bien» («If it ain’t white, it ain’t right»).

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