Économie

Aux Etats-Unis, l’héritier remplace le self-made man

Temps de lecture : 2 min

Day 21 Occupy Wall Street October 6 2011 Shankbone 42 / David Shankbone via Fickr licence by

Dans un article posté sur son blog, et repris par Billmoyers, le professeur de politiques publiques à l’Université de Berkeley Robert Reich s’inquiète de la concentration accrue de richesse entre les mains d’héritiers aux Etats-Unis. Il voit dans ce phénomène un symptôme de «la forme de richesse dynastique» que décrit Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle.

En témoigne selon lui l’enrichissement croissant des six héritiers de l’entreprise américaine multinationale Walmart, qui à eux seuls sont plus riches que 42% des Américains les plus pauvres (contre 30% en 2007).

D’autre part, la banque américaine Trust vient de publier une enquête annuelle qui analyse les structures familiales des Américains disposant de plus de 3 millions de dollars en actifs qu’ils pourraient investir. Elle montre que presque les trois quarts des plus de 69 ans, et 61% de ceux qui ont entre 50 ans et 68 ans ont été les premiers de leur génération à accumuler une richesse significative, alors que la richesse est héritée pour la plupart des personnes riches de moins de 35 ans.

Le symbole du «self-made» man ou woman, garant de la méritocratie américaine, serait donc sur le déclin, alors que les rangs des héritiers sont en train de grossir. La forme de richesse dynastique a été «la source principale de richesse en Europe pendant des siècles. Elle est sur le point de le devenir aux Etats-Unis», écrit-il. Les investissements dans le commerce, les œuvres d’art et autres biens immobiliers sont devenus des sources de revenus plus importantes que le travail.

Tant les démocrates que les républicains sont selon lui responsables de cette évolution. Les trusts familiaux aux Etats-Unis ne sont plus limités dans le temps, et sont donc héritables à perpétuité de génération en génération, depuis que Ronald Reagan a modifié la loi dans les années 1980, explique Robert Reich. George W. Bush a quant à lui fait passer l’impôt sur les dividendes de 39,6% à 15%, et a éliminé les droits de succession. «Barack Obama est revenu sur certaines de ces coupes, mais beaucoup sont restées», écrit Robert Reich.

Dans un sondage du centre de recherche Pew publié en juin 2014, plus des trois quarts des Américains qui se considèrent comme «conservateurs» estiment que les pauvres «ont la vie facile car ils peuvent bénéficier des allocations du gouvernement sans rien faire». Pour Robert Reich, «les vraies personnes qui ne travaillent pas sont les riches qui héritent de leurs fortunes».

Slate.fr

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