Slatissime

Molitor, l'ultra luxe

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 27.07.2014 à 14 h 05

La piscine Molitor. © Alexandre Soria

La piscine Molitor. © Alexandre Soria

C’est l’histoire d’un coup de cœur. Quand il était adolescent, Sébastien Bazin patinait sur la glace de la piscine Molitor, porte d’Auteuil. Inaugurée en 1929 —Johnny Weissmuller, le futur Tarzan, y fut maître nageur, Molitor a été pendant soixante ans la piscine la plus courue de Paris pour ses deux bassins, ses galas et son ambiance avant-gardiste. Dans un total délabrement, la piscine de rêve a été fermée en 1989 et classée Monument Historique par Jack Lang.

Ce lieu si insolite dans la géographie de Paris a été investi par des artistes contemporains qui ont fait du bâtiment en piteux état une immense surface d’art moderne. La Rolls Royce bariolée du footballeur comédien Éric Cantona, cédée à l’Abbé Pierre et logée dans le lobby, témoigne de ce passé voué au Street Art.

© Thomas Thorion

Puis (re)vint Sébastien Bazin. Alors président de Colony Capital, sorti vainqueur de l’appel d’offre lancé en 2007 par la Mairie de Paris, le président du groupe Accor a remis en état le site aquatique auquel il a ajouté un hôtel de luxe, une table de choix et des installations de soins.

Le grand paquebot blanc dont le joyau Art Déco était la piscine extérieure de 46 mètres flanquée de deux étages de cabines est remplacées aujourd’hui par les 124 chambres ouvertes sur l’eau et les rues ombragées d’Auteuil, à l’entrée de Boulogne Billancourt.

À deux pas de Roland-Garros, du Stade Jean Bouin en reconstruction, des serres d’Auteuil, du Parc des Princes, Molitor dont la façade en arrondi a été repeinte en jaune tango, impose un magistral dépaysement – si près de Paris et si loin des embarras de la capitale. La piscine et ses bâtiments bien intégrés sont à vivre comme un cocon de sérénité et de mieux vivre.

Que espace! Les deux bassins structurent l’architecture, la circulation et l’animation de ce lieu de plaisirs, de sports et de carpe diem. À Molitor, chacun est un nageur en puissance, un bronzeur si c’est son choix, un adepte du farniente sous le ciel de Paris: les chaises longues en bordure des bassins sont prises d’assaut quand le soleil est de la partie. C’est là que l’Hôtel Molitor trouve sa nouvelle destination – le rêve vécu de Sébastien Bazin.

© Alexandre Soria.

C’est pourquoi le PDG d’Accor a voulu adjoindre aux deux bassins un cinq étoiles de bon confort – il y a 13.000 mètres carrés au sol – et il a fallu trois ans de travaux pour faire sortir de terre cette nouvelle adresse à Paris, destinée à une clientèle internationale qui veut trouver autre chose que le simple confort bien conçu. Molitor a 100 employés et le chef concierge vient du Ritz.

La palette d’activités dépasse largement ce que l’on trouve dans un cinq étoiles ou tout autre hôtel de bonne allure. Trois salles de sport parfaitement employées, trois professeurs de natation, et cinq salles de séminaires combinables, le Molitor est bien plus qu’un espace de sports, c’est un lieu de vie privilégié qu’Accor a placé dans la collection MGallery pour «des moments mémorables» – mieux qu’un Sofitel.

Au rez-de-chaussée, ouvert sur la rue, le restaurant lumineux de 80 places aux tables séparées donne sur la piscine turquoise, la cuisine est apparente – la première carte a été conçue par le maestro étoilé Yannick Alleno et mitonnée par le chef Julien Mercier, venu du Sofitel Bercy.

À côté des assiettes minceur, la crème de petits pois mentholée, le jambon Bellota (29 euros), voici la tarte fine de homard (25 euros), le tartare de bœuf coupé au couteau et petits navets de gelée (42 euros) : de goûteuses mises en bouche.

©Alexandre Soria

Au rayon des plats, le risotto aux palourdes et homard (55 euros), le cabillaud grillée à l’huile d’olive, coques et artichauts (28 euros), le burger au bœuf de Galice, roquette, parmesan, tomates confites (26 euros), la préparation la plus demandée, avec le filet de bœuf Black Angus sauce au poivre et purée (42 euros). Les viandes d’origine, exigence absolue, sont prisées dans le cercle des fins palais, sportifs ou nageurs.

On termine par le tout chocolat Guanaja (15 euros), le beau millefeuille praliné, vanille (15 euros) ou le Saint-Honoré chantilly (13 euros).

Heureuse initiative, Yannick Alleno a suggéré qu’un chef M.O.F. propose un menu de saison agrémenté de plats de son cru. Gabriel Biscay, ancien du Ritz, du Royal Monceau, de Lapérouse, lauréat du Prix Culinaire Taittinger comme Joël Robuchon a été le premier élu, avec son joli menu qui rassemble des plats de grand style : le foie gras à l’artichaut Lucullus (28 euros), le gratin de homard sauce Dugléré (32 euros), les escalopines de veau friandes (34 euros), et l’omelette Élisabeth à la glace vanille, génoise à l’amande fourrée à la pêche, violette, le tout flambé au cognac, une merveille oubliée de tous les pâtissiers (15 euros). Le menu dégustation est à 90 euros, à 110 euros avec les vins.

À noter les excellents fournisseurs : les fromages affinés de Marie Quatrehomme, et les pains de Frédéric Lalos, M.O.F. 1997.

© Boris Zuliani

Le restaurant a plu dès l’ouverture, avant l’été, et affiche des complets aux deux repas. Le soir, les résidents de la Muette, d’Auteuil, de Boulogne se pressent autour des tables et le samedi, pour le brunch, on peut accéder aux deux bassins pour un crawl tranchant (135 euros la journée). Le brunch dominical devrait être plus généreux (46 euros). Viennoiseries excellentes et macarons aux framboises. On boit du rosé de Provence au verre.

Ce luxe a un prix hors de portée du Parisien moyen. Le Club Molitor, c’est un numerus clausus de mille membres, un droit d’entrée à 1.200 euros en solo et une adhésion annuelle est à 3.000. Le prix du très très très haut de gamme.

Le Molitor

8 avenue de la Porte Molitor 75116 Paris. Tél. : 01.56.07.08.80. Au restaurant, carte de 70 à 90 euros, flûte de champagne offerte au brunch. Repas et barbecue sur le toit si le temps le permet. Les scolaires sont admis trois matinées par semaine. Chambres à partir de 320 euros.

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Nicolas de Rabaudy
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