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Apple a un problème d’iPad

Will Oremus, traduit par Hélène Oscar Kempeneers, mis à jour le 28.07.2014 à 7 h 28

Elle vend de moins en moins de tablettes. Est-il possible que l’heure de gloire de l’iPad soit déjà passée?

Coques de protection pour l'iPad Air, en 2013. REUTERS/Stephen Lam

Coques de protection pour l'iPad Air, en 2013. REUTERS/Stephen Lam

Les chiffres sont très clairs: Apple vend de moins en moins d’iPads. L’entreprise a déclaré mardi dernier que les ventes de sa précieuse et élégante tablette ont baissé de 19% depuis le dernier trimestre et de 9% par rapport à l’année dernière. Son PDG, Tim Cook, a essayé de rassurer ses investisseurs en leur rappelant que le nouveau partenariat entre Apple et IBM, qui permet de vendre des appareils à toutes les entreprises clientes d’IBM, devrait aider à rendre les iPads omniprésents dans le monde professionnel. «Ce n’est pas quelque chose qui nous inquiète, a-t-il affirmé à propos du déclin des ventes d’iPad. Mais les chiffres sont tout de même décevants.»

L’iPad est censé connaître son heure de gloire. La plupart étaient sceptiques quand Steve Jobs a annoncé sa création en 2010. Et pourtant, cette tablette a dépassé de loin les attentes d’Apple et a renversé l’industrie de l’informatique. En voyant les chiffres des ventes augmenter, des grands pontes avaient même prédit la mort du PC.

Au lieu de ça, les ventes de PCs semblent s’être stabilisées, alors que celles des Macs sont en train d’augmenter. En revanche, les ventes d’iPad sont sur le déclin. Le phénomène est incontestable, comme on peut le voir sur ce graphique édité par Statista, un portail de statistiques économiques.

Ventes globales d’iPad du troisième trimestre 2010 au troisième trimestre 2014 (en millions d’unités) / Statista

Est-il possible que l’iPad, bien qu’âgé de quatre ans seulement, soit déjà sur le déclin? Devrions-nous nous attendre à ce que ceux qui ont survécu à l’ère PC proclament la mort de la tablette?

Pas si vite. La vérité, c’est que l’iPad n’a jamais eu pour vocation de remplacer le PC. Le fait qu’il ne l’ait jamais fait n’est donc pas très surprenant. Et tout comme l’histoire de «la mort du PC» était à l’époque très exagérée,  il est encore bien trop tôt pour décider du futur de la tablette. Il est simplement temps de reconsidérer nos attentes.

La baisse des ventes d’iPad ne signifie pas qu’il s’agit d’un mauvais produit. Les clients d’Apple rappellent sans cesse qu’ils sont satisfaits de leur tablette. L’iPad continue d’occuper une part de marché dominante malgré la concurrence de plus en plus accrue de la part de Samsung, Microsoft, Amazon et bien d’autres.

Le fait que l’appareil ne soit pas un succès universel peut être expliqué par ses propres limitations. Même s’il est super pour regarder des films dans l’avion ou lire ses emails au petit-déjeuner, l’iPad ne peut toujours pas égaler la puissance et la versatilité d’un ordinateur fixe ou portable en tant qu’outil de travail principal. Microsoft tente de résoudre ce problème avec ses tablettes Surface Pro, un peu plus orientées vers les professionnels. Mais les résultats sont mitigés. Au moins, jusqu’au partenariat avec IBM, Apple n’essayait même pas.

Pour la plupart des gens, ce sont ces limitations qui confèrent à l’iPad son statut de «troisième appareil», derrière le smartphone et le PC. On ne devrait pas être surpris d’apprendre que tout le monde n’a pas besoin ou ne peut pas se permettre d’acheter un troisième appareil, surtout quand celui-ci est aussi cher que l’iPad. Malgré tout, ce problème ne concerne pas qu’Apple : la majorité des Américains ne possèdent pas de tablette.

L’autre gros problème des ventes de la tablette d’Apple pourrait être, très ironiquement, le même facteur qui ralentit les ventes de PCs: elles sont trop durables.

Quand on criait sur tous les toits que le PC allait mourir, j’ai répondu que les PCs n’étaient pas en train de mourir, mais bien de vivre plus longtemps. En fait, la chute des ventes était le reflet d’un déclin dans le taux de remplacement des PCs: la période moyenne entre les achats d’ordinateurs. Non seulement les gadgets sont de plus en plus nombreux à se disputer le marché, mais les PCs sont aussi devenus tellement rapides et fiables qu’on n’a plus besoin d’en racheter un aussi souvent.

Je n’ai jamais vu de chiffres sur le taux de remplacement des iPads, mais je suis sûr qu’on trouverait le même phénomène. Mardi dernier, Tim Cook a dit que pour plus de 50% des acheteurs d’iPad, il s’agit d’un premier achat de tablette. Pour lui, c’est bon signe pour le futur de son appareil. En revanche, vu que les ventes sont de manière générale en baisse, on peut se dire que l’entreprise n’est pas prête de voir ses clients revenir pour acheter un iPad.

La plupart d’entre eux sont sûrement toujours très satisfaits de leur iPad de deuxième ou troisième génération, même si Apple s’apprête à lancer sa sixième génération.

Et c’est comme ça que les choses devraient se passer. Ce n’est pas juste de demander à ses clients de dépenser des centaines d’euros pour acheter un gadget qui deviendrait obsolète en deux ou trois ans. Bien sûr, ce n’est pas bon pour les affaires, et si quelqu’un en est conscient, c’est bien Apple. Il suffit de regarder l’iPhone, qui bat chaque année ses propres records de vente après sept ans sur le marché.

C’est en partie dû à l’étrange arrangement des opérateurs de téléphonie mobile qui réduisent énormément le prix des nouveaux smartphones tous les deux ans pour forcer les clients à s’engager sur la durée dans leurs forfaits. Mais c’est aussi parce que les iPhones ne fonctionnent plus très bien au bout de deux ans. Leur processeur devient de plus en plus mou. Leur autonomie diminue. Et leur écran se brise.

Je suis convaincu qu’il y a des millions de gens qui achèteraient volontiers une nouvelle tablette s’ils ne devaient pas dépenser des centaines d’euros sans arrêt pour remplacer leur téléphone.

La disparité entre les ventes d’iPads et d’iPhones ne fera qu’augmenter si l’entreprise sort cet automne un nouvel iPhone plus grand, comme le prétendent les rumeurs. Ce serait toujours bien plus petit que l’Ipad Mini. Mais l’iPhone permet de téléphoner et votre opérateur vous aide à le financer.

Apple prépare sûrement un nouvel attirail de fonctionnalités inédites pour sa sixième génération d’iPads. Mais si l’entreprise veut vraiment voir les ventes de son appareil augmenter, alors elle devrait peut-être renoncer aux processeurs A8 et aux appareils photos de 8 mégapixels. Il suffit de trouver un moyen pour que les gens fassent tomber leur iPad plus souvent.

Will Oremus
Will Oremus (151 articles)
Journaliste
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