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Mal de dos: le paracétamol n’est pas plus efficace qu’un placebo

New York, mars 2014. REUTERS/Shannon Stapleton

New York, mars 2014. REUTERS/Shannon Stapleton

Le paracétamol (acétaminophène) est l’un des antalgiques les plus prescrits et consommés. Pour l’essentiel sous les marques Doliprane, Efferalgan et Dafalgan. Il est, en France, en tête de toutes les ventes médicamenteuses (en volume et en valeur). Plus généralement cette molécule est proposée (seule ou en association) sous plus de 200 présentations. Et elle est tout particulièrement utilisée chez les personnes souffrant de lombalgies.

Or voici qu’une publication du Lancet vient d’établir que cette consommation est, pour une large part, sans fondements rationnels: ses auteurs démontrent que l’efficacité du paracétamol est, tout bien pesé, égale à celle obtenue à partir de la consommation d’une substance placebo (inactive d’un point de vue pharmacologique). Aucune différence sur l’intensité  à court terme des douleurs, des handicaps fonctionnels, de la qualité de sommeil ou de la qualité de vie. Et aucune différence non plus dans les effets indésirables ou de la durée moyenne d’inactivité professionnelle (17 jours dans le groupe paracétamol contre 16 dans le groupe placebo). 

Ce travail a été dirigé par les Drs Christopher M Williams et  Chung-Wei Christine (Sydney Medical School, University of Sydney, Australia). Il a été mené entre novembre 2009 et mars 2013 auprès de plus de 1.600 personnes (âge moyen 45 ans) souffrant d’épisodes aigus de lombalgies et pris en charge par 235 professionnels de santé exerçant à Sydney (Australie).

Les patients étaient tirés au sort. Une fraction d’entre eux recevait du paracétamol en fonction des douleurs ressenties (avec un maximum de 4000 mg par jour) et une autre fraction un placebo d’apparence identique au médicament actif. Ni le patient ni le prescripteur ne connaissait la nature de la prescription. Tous les patients ont été suivis sur une période de trois mois et ont reçu des conseils et un soutien psychologique adapté.

Ces résultats sont d’autant plus spectaculaires que la lombalgie est l’une des principales causes d'invalidité temporaire à travers le monde et que de très nombreuses directives sanitaires et professionnelles recommandent le paracétamol comme premier antalgique de choix pour la lombalgie aiguë. Or aucune étude préalable n’avait démontré de manière indiscutable son efficacité dans cette indication et l’étude australienne vient apporter la preuve que cette recommandation n’a pas à être observée.

«Un simples analgésique comme le paracétamol ne peut pas être la clef de la gestion de la crise de lombalgie résume le Dr Christopher Williams. Nous devons reconsidérer la recommandation universelle de prescrire du  paracétamol comme traitement de première intention. Et il nous faut comprendre pourquoi le paracétamol peut être efficace dans d’autres situations douloureuses mais pas dans celle-ci.  Et compte tenu du délai rapide dans lequel les participants à notre étude ont été améliorés il serait intéressant de voir si les conseils et les stratégies de réconfort (tels qu’ils étaient prévus dans notre étude) pourraient en définitive être plus efficaces que les prescriptions médicamenteuses. »

Il serait également intéressant d’analyser les raisons qui ont fait que le paracétamol s’est imposé, sans preuves rationnelles, comme le médicament de première intension dans cette situation pathologique. Quel a été ici, auprès du corps médical, le rôle des géants de l’industrie pharmaceutique producteurs de cette spécialité ? De ce point de vue un paradoxe veut que l’étude publiée dans The Lancet a, pour partie, été financée par GlaxoSmithKline qui a notamment offert les lots de paracétamol utilisés dans cette expérience. 

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