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Au Proche-Orient, les solutions sont connues et les occasions ratées

Shimon Peres et Yasser Arafat en 1998. REUTERS

Shimon Peres et Yasser Arafat en 1998. REUTERS

Appels au cessez-le-feu qui seront entendus seulement quand les belligérants auront atteints leurs buts de guerre immédiats, encouragements à reprendre un processus de paix imaginaire, défilé des responsables des diplomaties occidentales dans la région, qui reprennent tour à tour les mêmes antiennes… L’intervention internationale au Proche-Orient est avant tout déclamatoire.

L’opération «Bordure protectrice» en cours à Gaza fait suite à l’opération «Plomb durci» d’il y a cinq ans, et elle annonce l’opération suivante dont le nom sera tout aussi évocateur et le bilan encore plus dramatique des deux côtés. Avec la disproportion entre les victimes palestiniennes et les morts israéliens due à la dissymétrie des armements et des moyens de protection.

Le sinistre équilibre est rétabli par le fait que, dans la conscience collective, un mort israélien compte plus que des dizaines de morts palestiniens. Les premiers sont des «héros», les seconds des «martyrs» et le semblant de paix qui reviendra un jour ne sera qu’une trêve entre deux guerres.

Ce cercle vicieux mortifère est d’autant plus irrationnel qu’aucun des deux protagonistes, Israël et le Hamas aujourd’hui, l’OLP hier, et demain une formation islamiste plus radicale que le Hamas, ne détruira totalement l’autre, soit parce qu’il n’en a pas la capacité militaire, soit parce qu’il n’en a pas la volonté politique. La droite israélienne, plus encore qu’une gauche qui a du mal à se relever de ses compromissions, a besoin d’un ennemi pour se maintenir au pouvoir.

Le plus désespérant dans cette situation n’est pas l’absence de solution théorique. Au contraire, on sait depuis vingt ans au moins comment en sortir. Depuis les accords d’Oslo en 1993, qui ont connu de nombreuses infractions mais aussi diverses déclinaisons. Il y eu les «paramètres Clinton» discutés entre le Premier ministre israélien Ehud Barak (travailliste) et le chef de l’OLP, Yasser Arafat, en juillet 2000 à Camp David, le relevé des négociations de Taba (Egypte) en janvier de l’année suivante, dont l’envoyé spécial de l’Europe pour le Proche-Orient, l’Espagnol Miguel Angel Moratinos, a précieusement gardé une copie pour la postérité: si l’accord se fait un jour, il était là à portée de la main, à Taba.

«L’initiative de Genève» en 2003 prise par des intellectuels et des anciens responsables politiques des deux camps a précisé les points sur lesquels Israéliens et Palestiniens devraient s’entendre: création d’un Etat palestinien démilitarisé aux côtés d’Israël, à partir des frontières de 1967 avec des échanges de territoire, Jérusalem capitale des deux Etats, pas de retour massif des réfugiés en Israël même, mais indemnisation de certains d’entre eux. A la conférence de Charm-el Cheikh, en 2011, à laquelle participait Nicolas Sarkozy, les mêmes principes ont été réaffirmés. Sans résultat.

Depuis que la voie est à peu près tracée, des événements imprévus ou sciemment provoqués, ont fait dérailler le processus. En 1995, c’est l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste juif.

Cinq ans plus tard, Ehud Barak arrive à Camp David avec un plan qui satisfait pratiquement à toutes les exigences des Palestiniens. Yasser Arafat n’y croit pas et n’ose pas revenir devant son peuple avec un accord. Le vétéran des négociations israélo-palestiniennes, Shimon Péres, a expliqué à son jeune successeur qu’il avait commis une faute impardonnable dans la discussion avec Arafat: il lui tout donné sans que son interlocuteur ait eu l’impression qu’on lui «arrachait les tripes» pour arriver à un compromis douloureux mais courageux.

La dernière médiation du secrétaire d’Etat John Kerry a achoppé sur un de ces quiproquos qui jalonnent les relations israélo-palestiniennes: le président de l’OLP, Mahmoud Abbas, ne voulait pas accepter une extension des négociations sans la libération – promise – d’un nouveau contingent de prisonniers politiques, et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ne voulait pas libérer les prisonniers sans extension des négociations.

C’est le genre d’impasses que l’imagination des diplomates peut facilement résoudre quand elles ne cachent pas des oppositions plus fondamentales. John Kerry avait d’ailleurs demandé à ses collaborateurs de faire preuve de «créativité» mais celle-ci n’a pas suffi à sauver sa tentative de médiation.

L’enlèvement et l’assassinat de trois jeunes juifs par des Palestiniens suivis de l’assassinat d’un Arabe israéliens par d’autres Israéliens ont ruiné les efforts du secrétaire d’Etat américain.

L’activisme de John Kerry ces derniers mois sur le dossier israélo-palestinien contredit un reproche souvent entendu, que la communauté internationale et les Américains en particulier ne s’engageraient pas assez en faveur d’une solution du conflit.

Les Européens s’y sont essayés, comme en témoigne le «non-papier Moratinos». Ils ont même un envoyé spécial du «Quartet» (ONU, UE, Etats-Unis, Russie), Tony Blair, qui en profite pour faire des affaires avec les monarchies pétrolières de la région.

Déjà dans les années 1970, Henry Kissinger avait inauguré la «diplomatie de la navette». A contrecœur et souvent à contretemps, les présidents américains se sont investis. Bill Clinton, trop tard, en 2000, à la fin de son mandat. Barack Obama n’a pas voulu commettre la même erreur et s’est engagé dès son arrivée à la Maison blanche en 2009. Il a prononcé un beau discours au Caire sur le monde musulman mais il a omis de s’adresser à l’opinion israélienne et quand il a parlé, ce fut pour demander la fin de l’extension des colonies juives en Cisjordanie.

Sur le fond, il avait raison mais il s’est ainsi attiré l’animosité de Benjamin Nétanyahou et s’est condamné à l’impuissance.

Il n’a pas découragé John Kerry dans cette énième tentative d’éviter le pire avant l’opération «Bordure protectrice» mais il ne s’est engagé personnellement car il ne veut pas dépenser la moindre parcelle de capital politique dans une affaire qui ne peut que lui attirer l’hostilité du Congrès, des républicains comme de la majorité des démocrates.

D’autant plus que son objectif est un accord avec Téhéran sur le programme nucléaire iranien, dont il sait – si tant est que les négociations aboutissent avant la fin de son mandat – qu’il aura dans tous les cas de figure du mal à le vendre au Congrès.

Abraham Burg, une personnalité de la gauche israélienne qui a quitté la politique active après avoir été président de la Knesset, avait l’habitude commencer ses interventions avec une note d’humour désespéré: «Welcome to the Middle east». C’est plus que jamais d’actualité…

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