Culture / Sports / Société

La vie de Glenn Burke, joueur de baseball gay mort du Sida, qui a inventé le high five en 1977

Temps de lecture : 2 min

Extrait de "The High Five": Glenn Burke (à gauche) checke son co-équipier Dusty Baker, le 2 octobre 1977 (capture d'écran)
Extrait de "The High Five": Glenn Burke (à gauche) checke son co-équipier Dusty Baker, le 2 octobre 1977 (capture d'écran)

Tous les fist-bump de Barack Obama, ce geste de salut désormais à la mode aux Etats-Unis, ne réussiront pas à ringardiser le high-five (frappe de la paume de la main entre deux partenaires, parfois désigné en français par l'expression «tape m'en cinq»). On connaît pourtant mal l’histoire de ce geste amical devenu quasi-universel, généralement réalisé pour célébrer une victoire. Priceonomics comble cette lacune, en dressant le portrait de l’inventeur du high-five moderne, Glenn Burke.

Le high-five est né le 2 octobre 1977, sur un terrain de baseball. C’était le dernier match de la saison de la Ligue nationale. Les Dodgers de Los Angeles recevaient les Astros de Houston, devant une foule de 42.501 spectateurs. A la fin de la sixième manche, Dusty Baker, des Dodgers, égalise. Un de ses coéquipiers s’avance alors vers lui: «Glenn Burke tendit alors sa main avec enthousiasme au-dessus de sa tête pour saluer son ami sur la plaque de lanceur. Baker, ne sachant que faire, la frappa», raconte le journaliste Jon Mooalem.

Interviewé par ESPN en 2013, Dusty Baker se souvient de la scène: «Sa main était en l’air, et il se courbait en arrière. Alors j’ai fait de même et j’ai frappé dans sa main. Ça avait l’air d’être la chose à faire». Burke réalisa ensuite un home run, et gratifia Baker d’un nouveau high-five. Le geste était entré dans la légende.

Dans les années 1980, les Dodgers vendaient même des T-shirts représentant le geste. Glenn Burke est resté comme son inventeur. C’est ce qui a été mis en avant dans la presse américaine quand il est mort en 1995. Mais ce n’était qu’une partie de l’histoire.

Alors que Glenn Burke est au sommet de sa carrière, en 1977, ses coéquipiers découvrent qu’il est gay. «Burke vit sa carrière emportée dans une spirale de préjugés, d’intolérance et de haine mal dirigée», rapporte Priceonomics.

En 1978 il est transféré à l’Oakland Athletics, à cause de son homosexualité. Le directeur de l’équipe l’y traite quotidiennement de «pédé». Les pressions eurent raison de sa carrière. Au printemps 1980, à 27 ans, il se retire du baseball professionnel, et devient une icône dans la communauté gay de San Francisco. «On le voyait fréquemment high-fiver d’autres résidents gays, et le geste devint par conséquent un symbole de la gay pride», relate Priceonomics.

L’histoire ne s’arrête malheureusement pas là. Un accident en 1987 le prive d’une jambe: incapable de jouer au baseball, il tombe dans la dépression et l’addiction à la cocaïne, qui le ruine et le pousse à voler. Après un séjour en prison il est réduit à l’errance, et contracte le Sida, dont il meurt en 1995.

«Comme Burke, le geste était –et est toujours– joyeux, vif et enjoué, mais aussi physique et robuste», conclut Priceonomics. Comme le déclara Abdul-Jalil al-Hakim, l’un de ses amis les plus proches, à un journaliste de The Week en 2011: «Le high five a libéré tout le monde». «Burke n’a pas seulement ajouté une touche de style au baseball, il a libéré une envie réprimée d’expression personnelle et de connexion dans toute la société américaine», conclut The Week.

Newsletters

17 octobre 1961: quelles traces reste-t-il du massacre des Algériens à Paris?

17 octobre 1961: quelles traces reste-t-il du massacre des Algériens à Paris?

Dans un documentaire sonore produit par Binge Audio, Tristan Thil exhume des archives poignantes.

Avec «8 Rue de l'Humanité», Dany Boon fait rimer Covid et vide

Avec «8 Rue de l'Humanité», Dany Boon fait rimer Covid et vide

Directement sorti sur Netflix, le nouveau film du réalisateur de «Bienvenue chez les Ch'tis» se distingue avant tout par son sens de la blague éculée. Tout ça pour ça.

«Pleasure», la pornographie comme modèle et comme défi

«Pleasure», la pornographie comme modèle et comme défi

Le film de Ninja Thyberg accompagne une jeune fille dans les méandres de l'industrie du hard californienne.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio