LGBTQ / Culture

Hollywood est homophobe, mais pas comme vous le pensez

Temps de lecture : 2 min

Ken Jeong, dans Very Bad Trip de Todd Phillips © Warner Bros. France
Ken Jeong, dans Very Bad Trip de Todd Phillips © Warner Bros. France

Ne prenez pas Dallas Buyers Club pour la preuve qu'Hollywood est une industrie moderne s'intéressant de près aux représentations de l'homosexualité. Ce n'est pas le cas. Une nouvelle étude de l'association américaine GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) qui cherche à dénoncer les discriminations à l'encontre des homosexuels dans les médias, montre que la façon dont Hollywood présente les gays est problématique.

D'abord, souligne l'étude, reprise par Vanity Fair, sur 102 films sortis par six grands studios en 2013, seulement 17 incluaient des personnages identifiés LGBT.

En réalité, il y a bien moins de 17% de gays dans la population: selon les études les plus récentes, le pourcentage de la population homosexuelle est environ de 1,6% aux Etats-Unis. En France, l’étude de l'Inserm Contexte de la sexualité en France de 2007 donnait des chiffres un peu plus élevés pour les pratiques homosexuelles: 4,1% des hommes et 4% des femmes de 18 à 69 ans affirmaient en avoir eues. Mais 1% des femmes et 1,6% des hommes déclaraient avoir eu une relation sexuelle avec une personne de même sexe dans les 12 mois précédant l’enquête.

Si l'on se fie aux chiffres de l'enquête américaine de 2014, les chiffres donnés par GLAAD ne sont pas très loin de la réalité. Avec une vingtaine de personnages homosexuels sur les 102 films en questions, si l'on compte environ 10 personnages par films, on approche une représentation fidèle du nombre d'homosexuels dans la population réelle: 1,96% des personnages seraient gays. Si l'on évalue le nombre de personnages notables à moins de 10 par films, alors le pourcentage de personnages gays est encore plus élevé.

En réalité, ce n'est donc pas tant le nombre de personnages LGBT qui pose problème, que la façon dont ils sont représentés: complètement caricaturale.

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D'abord s'ils existent, ils n'ont souvent que quelques minutes - voire secondes, pointe le rapport - de temps de présence à l'écran. Surtout, ils servent souvent d'accessoires, voire de souffre-douleurs. Comme le majordome dans Le Loup de Wall Street - personnage qui avait suscité à l'encontre de Scorsese des reproches d'homophobie, à la sortie du film.

Sur les 17 films qui incluent des personnages gays en 2013, seuls 7 passent ainsi le test de Vito Russo. Inspiré du test de Bechdel, et dont le nom vient du fondateur de GLAAD, Vito Russo, ce test implique trois critères:

- Le film contient un personnage clairement identifié comme lesbienne, gay, bisexuel, ou transgenre

- Le personnage ne doit pas seulement, ni majoritairement être défini par son orientation sexuelle (c'est-à-dire que le personnage doit comprendre des traits de caractère qui lui sont propres, comme communément utilisés pour différencier les personnages hétérosexuels entre eux).

- Le personnage LGBT doit être intégré à la narration de telle manière que son retrait ait des conséquences importantes. Ce qui signifie qu'ils ne sont pas là simplement pour fournir des commentaires pittoresques, donner de l'authenticité au décor, ou (ce qui est sans doute le plus courant) balancer une punchline; le personnage doit avoir de l'importance.

Comme le remarque Vanity Fair, les critères du test sont si bas qu'il est sidérant que seuls sept films le passent. Le fait que Chow, de Very Bad Trip, se retrouve comme l'un des personnages validés par le test, et donc l'un des moins caricaturaux d'Hollywood, montre à quel point les représentations de personnages homosexuels doivent progresser.

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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