Histoire

Le reportage qui a ouvert les yeux des Américains sur l’Holocauste

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 23.07.2014 à 11 h 35

Repéré sur New Republic

«The massacre of the Jews», de Varian Fry, The New Republic, 22 décembre 1942.

«The massacre of the Jews», de Varian Fry, The New Republic, 22 décembre 1942.

L'extermination systématique des Juifs d'Europe par l'Allemagne nazie a commencé il y a tout juste soixante-douze ans. Le 22 juillet 1942, un premier convoi partait du ghetto de Varsovie en direction des camps de concentration. On ignore combien de Juifs ont été déportés ce jour-là, mais, six mois plus tard, il n’y avait plus que 50.000 habitants dans le ghetto qui en comptait 550.000 à l’origine.

Le 22 décembre 1942, The New Republic publiait un reportage de Varian Fry sur les camps de la mort, qui dévoilait l’Holocauste aux yeux de l’Occident et que le journal vient de ressortir de ses archives. Intitulé «Le massacre des Juifs», l'article expose minutieusement les horreurs perpétrées contre les Juifs d’Europe, et accuse le pouvoir nazi, Adolf Hitler et Joseph Goebbels. Le récit a clairement vocation à sensibiliser l’opinion publique américaine sur le sort des Juifs en Europe, en rapportant «la plus effroyable image de crime de masse dans toute l’histoire de l’humanité».

Les premières lignes de son reportage en témoignent:

«Il y a des choses si horribles que les hommes et les femmes honnêtes les trouvent impossible à croire, si monstrueuses que le monde civilisé recule, incrédule, devant elles. Les récentes informations sur l’extermination systématique des Juifs dans l’Europe nazie sont de cet ordre.»

Dans son passage le plus accablant, le reportage de Varian Fry décrit les méthodes de torture et de meurtre utilisées par les nazis. C’est la première fois que les Américains entendent parler de wagons à bestiaux, de camps de la mort et d’extermination systématique :

«Il y a la famine: les Juifs, partout en Europe, ne reçoivent qu’un tiers ou un quart des rations auxquelles les non-Juifs ont droit. Une mort lente en est la conséquence inévitable.

 

Il y a la déportation: des Juifs, par centaines de milliers, ont été entassés dans des wagons à bestiaux, sans nourriture, eau ni sanitaires, et transportés sur toute la largeur de l’Europe. Quand les wagons arrivent à destination, à peu près un tiers des passagers sont déjà morts.

 

Il y a les centres d’extermination, où les Juifs sont éliminés par gaz toxique ou par électrocution.

 

Il y a des camions spécialement construits dans lesquels les Juifs sont asphyxiés par le monoxyde de carbone des gaz d’échappement, sur la route qui mène aux fosses communes.

 

Il y a les mines, dans lesquelles ils sont exploités jusqu’à la mort, ou empoisonnés par des émanations toxiques de métal.

 

Il y a les brûlés vifs, dans les fours crématoires, ou dans les bâtiments volontairement incendiés.

 

Il y a la méthode qui consiste à injecter des bulles d’air dans le sang: c’est économique, propre et efficace, causant la formation de caillots de sang, des embolies et la mort en quelques heures.

 

Et il y a le bon vieux système consistant à aligner les victimes, très souvent nues, et à les abattre à la mitraillette, de préférence à côté des tombes qu’elles ont elles-mêmes été forcées de creuser. Cela fait gagner du temps, du travail et des transports.»

Varian Fry, journaliste engagé dans la lutte antifasciste, a été fait chevalier de la Légion d’honneur par la France peu avant sa mort en 1967, pour avoir aidé entre 2.000 et 4.000 Juifs et militants antinazis à fuir l’Europe et le régime de Vichy depuis Marseille entre 1940 et 1942.

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