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Pourquoi il ne faut pas s'acharner sur l'adolescente qui a fait un selfie à Auschwitz

Repéré par Grégoire Fleurot, mis à jour le 23.07.2014 à 9 h 39

Repéré sur The Washington Post

Capture d'écran du Daily Mail

Capture d'écran du Daily Mail

Le selfie, cette pratique qui consiste à se prendre soi-même en photo à bout de bras, souvent avec un smartphone, pour la partager avec un cercle plus ou moins élargi de personnes, est sans doute un des phénomènes culturels les plus commentés de ces dernières années. Beaucoup y voient le reflet de la dérive narcissique de nos sociétés, surtout quand il est effectué dans un lieu ou une situation qui semblent totalement déplacés.

En 2013, une vague de réprobation médiatique avait frappé les Etats-Unis quand le pays découvrait que certains adolescents se prenaient en photo, tout sourire, aux enterrements de leurs proches, souvent des grands-parents.

Quelques mois plus tard, c'était la mode des selfies après l'acte sexuel, dont l'ampleur réelle a fait débat et qui a été qualifiée de «trahison ultime de l'intimité».

Depuis quelques semaines, les médias ont trouvé un nouveau selfie à vilipender: le selfie en camp de concentration. Comme nous le rapportions fin juin, le New Yorker s'est penché sur ce phénomène déconcertant: des adolescents et des jeunes adultes, pour beaucoup Israéliens, postent des selfies lors de leurs voyages sur les sites des camps de concentration nazis.

Mais cette fois-ci, l'opprobre  des internautes et des médias s'est concentrée sur une lycéenne de l'Alabama, Breanna, qui a posté le 20 juin un selfie souriant, un écouteur dans les oreilles, accompagné sur Twitter d'un message contenant un smiley «rougissant» et suivi par des dizaines de tweets défendant la photo ou se réjouissant d'être devenue célèbre.

En 24 heures, elle a reçu plus de 6.000 réponses haineuses pour son message (depuis effacé) sur Twitter, sans compter les innombrables articles qui ont associé à jamais son nom à cette photo dans les résultats de recherche de Google.

Caitlin Dewey, du Washington Post, développe un point de vue intéressant et souligne que le cas de Breanna n'est pas aussi scandaleux que beaucoup de médias ont bien voulu le dire. Son père, qui l'aidait à étudier l'histoire, est mort un an jour pour jour avant le cliché. Le dernier sujet sur lequel ils avaient travaillé ensemble était l'Holocauste.

«Cela ne rend pas la chose "OK", pour reprendre une expression sans nuance du Web», écrit Caitlin Dewey. Mais Breanna n'est ni la première, ni la dernière à le faire:

«Et pourtant, cette image en particulier, qui est vieille d'un mois et était enfouie dans le fil Twitter de Breanna, est la seule qui soit "devenue virale", parce que c'est la seule que Business Insider (et Buzzfeed et Gawker et le Daily Mail et toutes les autres machines à s'indigner habituelles d'Internet) ait choisi de booster. Il y a des pages vues et de l'argent à faire en couvrant de honte des adolescents ayant des comptes Twitter. [...]

 

Il aurait peut-être été plus productif de discuter le fait que, beaucoup, beaucoup de gens font des selfies dans des endroits très déplacés, pourquoi ils le font et qu'est-ce que cela signifie.»

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