Economie

La récession est finie mais... par Eric Le Boucher

Eric Le Boucher, mis à jour le 10.08.2009 à 6 h 27

Il reste de sérieux doutes sur la solidité et l'ampleur de la reprise.

La récession est passée. La production industrielle connaît une hausse sensible, en particulier dans les pays les plus heurtés, Allemagne, Japon, Corée. Le PIB (Produit intérieur brut) américain n'a reculé que de 1% au deuxième trimestre laissant croire fermement à un retournement dès le troisième trimestre. La Chine qui a commencé à rebondir dès le début de l'année commence déjà à restreindre le crédit pour éviter une surchauffe. L'Europe, en retard, est encore dans la période d'une météo variable; chez elle, les indices se suivent et ne se ressemblent pas, tantôt positifs tantôt négatifs. Mais les nouvelles sont néanmoins globalement encourageantes.

Anticipant le mouvement, la planète Finance rayonne. Les banques font des profits record à commencer par celles qui furent les plus touchées par la crise, les banques d'investissement. Au deuxième trimestre Goldman Sachs a enregistré 13,1 milliards de dollars de revenus (+51%), JP Morgan 8,4 milliards (+8,6%), Barclays 5,6 milliards (+17,2%), Morgan Stanley 5,3 milliards (+60,4%).
L'origine de ce regain est connue: la chute de la production a été considérable, on le lit dans les statistiques de cet hiver qui sont révisée à la baisse, le PIB américain a reculé de 4,1% au premier trimestre. Les industriels ont arrêté net les usines et licencié en masse. Or, dans le même temps la consommation a moins régressé, soutenue qu'elle était par les plans de relance des Etats (par exemple les primes à la casse automobile). Il faut donc regarnir les stocks et remettre les chaines en route.

Ce schéma positif d'une sortie de crise ne date pas de cet été. Il remonte à mars, mois au cours duquel sont apparues les premières «pousses vertes», laissant croire que si la récession était forte, très forte comme cela se confirme, le scénario dramatique de la Dépression allait pouvoir être évité. Les courbes de Barry Eichengreen et Kevin H. O'Rourke sont frappantes à cet égard: nous étions sur une pente exactement semblable à la chute vertigineuse des années 30, une vraie dépression s'annonçait. Mais l'histoire de la crise de 1929 a été retenue: les autorités politiques et monétaires ont réagit en sens inverse d'il y a 80 ans, avec des plans de sauvetage des banques et les plans de relance absolument massifs, sans précédents. Les taux d'intérêt ont été mis à zéro partout par les banques centrales et les Etats ont versé des centaines de milliards dans la relance. Les effets de ces plans ne sont pas épuisés, ils vont se faire sentir dans la deuxième moitié de l'année.

Les statistiques de l'été confirment ce scénario positif d'une reprise mondiale progressive. Les Bourses qui y avaient cru ont connu une forte ascension depuis le printemps. Mais si la dépression est bien évitée, si même les courbes remontent assez pour nous sortir de la récession, l'avenir est loin d'être dégagé.

Nous en sommes à ce moment de la crise où, deux ans après son début,  nait une nouvelle interrogation sur la solidité de cette reprise, comme le dénotent les hésitations des boursiers ces derniers jours. La route risque d'être «chaotique», a reconnu Jean-Claude Trichet jeudi 6 août. Les «fondamentaux» de l'économie mondiale restent en effet trop porteurs de facteurs négatifs.

Premier de ces facteurs: l'immobilier américain qui continue d'être mal orienté. Il pèse sur les revenus des ménages donc sur leur consommation. D'où un débat ouvert outre-Atlantique pour savoir s'il ne faut pas un nouveau plan de relance. Dans les autres pays, l'incertitude plane encore pour savoir si les marchés immobiliers ont touché le fond ou pas.

Deuxième facteur: le chômage qui explose partout. Il remonte vers les 11% de la population active aux Etats-Unis, il va dépasser 10% en Europe. La conséquence est réelle et psychologique: beaucoup de ménages voient leurs ressources se rétrécir voire se tarir. Les indicateurs sont hélas négatifs, la reprise ne sera pas porteuse d'emplois. Les statistiques du chômage vont continuer de noircir le moral des consommateurs.

Troisième facteur: l'endettement des Etats. La dette publique va dépasser les 80% du PIB en Europe, posant un immense problème pour demain de remontée de l'inflation et des taux d'intérêt et un problème pour après-demain de remboursement. Il sera impossible d'éviter d'augmenter les impôts et/ou de couper dans les dépenses publiques.

Enfin, dernier facteur dépressif et non des moindres: les prix des matières premières. Les producteurs sont comme au coin du bois, prêts à bondir pour remonter les prix dès que l'économie se portera mieux. On en voit des signes sur le pétrole qui est descendu à 32 dollars le baril cet hiver avant de remonter à 70 dollars aujourd'hui et qui menace de repartir vers ses sommets (147 dollars) de l'été 2008 parce que les marges de manœuvre sont faibles, l'offre est structurellement insuffisante au niveau mondial. «La route sera difficile, confirme Nouriel Roubini, la reprise sera anémique, le risque d'une fausse reprise, en forme de W est croissant».

Eric Le Boucher

Image de Une: Raffinerie  Reuters

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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