JO de Pékin: la flamme est bien éteinte

Reporters sans frontières, mis à jour le 10.08.2009 à 6 h 33

La chronique hebdomadaire de Reporters sans frontières.

Un an après la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin, que reste-t-il de l'esprit d'ouverture tant vanté par les organisateurs et le Comité international olympique? Pas grand-chose. Certes les journalistes étrangers bénéficient toujours des règles libérales adoptées pendant les olympiades. Ils sont censés pouvoir se déplacer librement dans le pays et interviewer qui ils veulent. Ces règles sont toujours en vigueur, mais leur application est à géométrie variable. Elles ne s'appliquent pas au Tibet et aux régions tibétaines où des dizaines de journalistes étrangers ont été empêchés de travailler en mars 2008, puis en mars 2009. Si le gouvernement a laissé la presse étrangère se rendre au Xinjiang, juste après les émeutes de juillet 2009, des correspondants ont été interpellés quand ils s'intéressaient de trop près au sort des Ouïghours détenus par la police. Les entraves à la liberté de travail se sont également multipliées à l'approche du vingtième anniversaire du massacre de la place Tiananmen. Plusieurs interlocuteurs de correspondants étrangers, notamment des dissidents, ont été arrêtés ou menacés par la police politique. Les autorités centrales tentent également de mieux contrôler les collaborateurs chinois de médias étrangers, en les forçant à s'enregistrer auprès d'organismes officiels ou semi-officiels. Enfin, de nombreux médias étrangers, radios et sites Internet, sont toujours censurés, sans aucune explication officielle.

Dans les autres domaines qui concernent la liberté d'expression et le travail de la presse, un retour en arrière est en train de s'opérer.

Des dizaines de dissidents et de citoyens chinois payent encore de leur liberté le fait de s'être exprimé dans la presse étrangère sur les Jeux olympiques ou d'avoir critiqué le gouvernement alors que l'attention internationale était tournée vers Pékin. Le plus connu d'entre eux est le militant des droits de l'homme Hu Jia, qui purge une peine de trois ans et demi de prison à Pékin.

De son côté, Yang Chunlin, principal initiateur de la campagne «Nous voulons les droits de l'homme, pas les Jeux olympiques», a été maltraité en détention. Il a été condamné, le 24 mars 2008, à une peine de cinq ans de prison suivie de deux années de privation de ses droits civiques par le tribunal intermédiaire de Jiamusi (nord-est), pour «incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat». Zheng Mingfang, militante des droits de l'homme, n'est pas mieux traitée puisqu'elle a été envoyée pour deux ans dans un camp de rééducation par le travail, début avril 2008. Elle avait publié une lettre ouverte aux autorités avant les Jeux olympiques. C'est également de s'en être pris aux JO qui a valu au militant démocrate Zhang Wenhe d'être interné de force dans un hôpital psychiatrique. Enfin, Dhondup Wangchen, réalisateur d'un documentaire sur le Tibet, est détenu depuis mars 2008 pour avoir recueilli des témoignages de Tibétains, notamment dans la région de l'Amdo. Son documentaire, intitulé Leaving Fear Behind, a été diffusé clandestinement pendant les Jeux olympiques de Pékin.

Nouvelle stratégie de communication

Si les autorités semblent avoir retenu les leçons de la contestation qui a entouré les derniers JO en investissant des sommes colossales pour mieux diffuser la vision officielle, le Département de la propagande continue d'imposer ses diktats. L'organe de contrôle du PCC ne semble pas avoir tiré les enseignements du scandale du lait contaminé qui avait été occulté en raison des JO. La censure s'impose toujours sur des affaires de santé publique ou d'intérêt général.

Le gouvernement a en tout cas tiré certaines leçons de la crise de ces JO mouvementés. En mettant en place une nouvelle stratégie de communication par exemple. Pendant les événements de mars 2008 au Tibet, puis lors du parcours de la flamme olympique, les autorités chinoises ont dénoncé la presse étrangère, jugée anti-chinoise. Une campagne nationaliste a été lancée pour intimider les médias étrangers et certains pays, accusés de diaboliser la politique de Pékin au Tibet dans le domaine des droits de l'homme. Pour contrer cette «influence occidentale», les autorités chinoises ont déployé de nouveaux moyens pour fournir au niveau international une information qui leur serait plus favorable. Des dizaines de millions d'euros sont investis pour mettre en place une version internationale de la chaîne gouvernementale CCTV et les principaux médias d'Etat sont incités à mieux occuper le terrain. Lors des soulèvements au Tibet et au Xinjiang, les médias chinois ont été contraints de ne reprendre que la version officielle des événements. L'incitation à la haine contre les minorités a été orchestrée par les organismes d'Etat afin de mieux occulter les victimes tibétaines et ouighoures. Le débat sur l'échec des politiques actuelles dans ces provinces rebelles a été vite circonscrit à de trop rares publications libérales.

Le Web toujours plus censuré

Pour ce qui est de la liberté d'expression sur Internet, on assiste à un renoncement systématique des maigres acquis liés aux olympiades. Les internautes chinois avaient bénéficié, grâce à la présence de milliers de journalistes étrangers aux JO, d'une accalmie de la censure au moment des épreuves sportives. Les sites débloqués à l'époque ont pratiquement tous été rendus inaccessibles depuis. Depuis le 5 janvier 2009, une grande campagne de filtrage a été lancée par le ministère de l'Information, afin de lutter contre la pornographie. Les autorités ont demandé aux acteurs de l'Internet de redoubler de vigilance quant au contenu des sites. Ce que les entreprises d'Etat ont fait. Parmi les sites bloqués figure celui du portail de blogs politiques Bullog, car ce dernier «publiait un grand nombre d'informations négatives dans le domaine politique» selon le ministère de l'Information. Celui du New York Times a été lui aussi bloqué à plusieurs reprises. Afin de redoubler d'efficacité dans cette campagne, le gouvernement a également ordonné aux fabricants d'ordinateurs chinois et étrangers d'installer sur leurs produits un logiciel de filtrage appelé Green Dam Youth Escort, destiné à protéger les jeunes internautes des contenus «néfastes» rencontrés sur Internet. Toutefois, les options de filtrage incluent la possibilité de bloquer des contenus politiques et religieux, notamment ceux liés au mouvement Falungong. Face au tollé international, les autorités ont repoussé l'installation obligatoire du logiciel. Mais toute la cybercensure ne se fait pas au nom de la lutte contre la pornographie. Les autorités ont par exemple censuré tous les sites en langue ouïghoure lors des manifestations qui ont eu lieu au Xinjiang en juillet 2009. Ils sont toujours inaccessibles. Le site de partage de vidéos en ligne YouTube est également bloqué depuis le mois de mars, sans motif officiel. Les blogueurs et les internautes continuent leur travail de dénonciation des travers de la société et de l'Etat. Ce qui oblige de plus en plus fréquemment les médias officiels à couvrir ces affaires gênantes. Mais la répression n'a pas cessé, notamment de la part des autorités locales. Entre le 8 août 2008 et le 8 août 2009, au moins dix blogueurs ont été arrêtés en raison de leur activité en ligne.

Un an après l'ouverture en grande pompe des Jeux dans le stade olympique de Pékin, les autorités chinoises ont cessé de vanter l'esprit d'ouverture qui leur avait permis d'obtenir ces olympiades en 2001. Les bénéfices pour la liberté de la presse sont si maigres que le CIO et les chefs d'Etat présents le 8 août 2008 à Pékin devraient se demander comment enfin faire respecter la parole promise.

Vincent Brossel travaille au bureau Asie de Reporters sans Frontières.

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