Tech & internet

À quoi ressemble LeWeb berlinois?

Vincent Glad, mis à jour le 23.07.2014 à 18 h 23

Une usine désaffectée, un cimetière à vélos, un régime préhistorique, un barbecue géant. Le Tech Open Air, rendez-vous de la scène tech berlinoise, se tenait le 16 et le 17 juillet.

Berlin

On y entre par un grand cimetière à vélos, posés à même l’herbe. Le videur à l’entrée vient de décréter que plus aucun vélo ne rentrait dans l’enceinte du Tech Open Air (TOA) et les festivaliers sont obligés de laisser leur engin dans le fossé. Pour situer, un festival à Berlin sans parc à vélos, c’est un peu l’équivalent d’une conférence à Paris un jour de grève des taxis. Travis Kalanick avait eu l’idée de créer Uber un jour de décembre 2010, alors qu’il attendait désespérément un taxi sous la neige devant LeWeb, la grand-messe de l’Internet à Paris. Peut-être le Uber du parc à vélo était-il en discussion sous les arbres paisibles de la Alte Teppichfabrick, l’usine de tapis désaffectée qui accueille l’événement.

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Alors que la réputation de la «Silicon Allee» berlinoise ne cesse de grandir, la ville se devait d’avoir un grand festival de la tech. Tech Open Air, version plus modeste de LeWeb, célébrait cette année sa troisième édition avec environ 1.500 participants. Le Kater Holzig, le club qui accueillait le festival ayant fermé, le TOA s’est trouvé un nouveau lieu à l’esthétique berlinoise toute aussi parfaite.

Le plafond fuit certes un peu et l’on se retrouve parfois avec quelques gouttes de pluie rouillée sur le crâne, mais c’est nettement plus sexy qu’un hangar à la Plaine-Saint-Denis, comme pour LeWeb.

Un concert post-rock pour commencer

Le lieu n’est pas très connu. «Il y a juste eu un ou deux événements avant ici. C'est très important à Berlin de trouver un nouveau lieu», m’explique fièrement Niko Woischnik, le fondateur du TOA. Aux abords de la Spree, dans les quartiers de Friedrichshain, Kreuzberg et Treptow, de nombreux vestiges du passé industriel berlinois sont déjà squattés par des bars ou des clubs, à l'image du fameux Berghain. Cette Alte Teppichfabrick, inédite et parfaitement située, tient du miracle.

Davantage que de la manifestation parisienne, Tech Open Air s’inspire du South by Southwest d’Austin, et son côté interdisciplinaire. «Nous sommes un festival de tech, mais aussi de musique, de science, d’art, et même de food», plaide Niko Woischnik. 

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Effectivement: l’événement commence à 9h du mat’... par un concert post-rock en extérieur. Le lieu est typique de ces arrière-cours berlinoises où sont organisées les open air, des soirées électro en plein air, dont le climax se situe vers 10h du matin quand le soleil brûlant achève les pupilles dilatées des clubbers. Le festival, fidèle à son nom, démarre dans cette ambiance moite d’after.

«Et toi, t'as payé?»

Le public ressemble d’ailleurs davantage à celui du Pitchfork Festival que de LeWeb. Mais qui sont ces jeunes gens, parmi lesquels de nombreux stagiaires? Comment ont-ils pu aligner les tarifs exorbitants propres à ce genre de conférence (225€)? «Et toi t’as payé?», lance un startuper californien à un ami allemand, autour de la table de pique-nique. «Bien sûr que non, personne ne paye ici!». À Berlin, quand on veut vraiment aller à une soirée en club, il y a toujours moyen d’être sur la liste. C’est semble-t-il la même chose pour le Tech Open Air. Les seuls qui payent à tous les coups, ce sont les VC, les capital-risqueurs, venus sonder la créativité des jeunes startupeurs fauchés.

Ici, pas de badge avec son nom et son entreprise, comme à LeWeb. «Nous n'aimons pas ça, explique Niko Woischnik. Parce que les gens en deviennent obsédés et font la course aux personnes importantes. Nous préférons que tout le monde parle ensemble, peu importe sa condition». Les VC sont de toute façon facile à reconnaître, ils ont des chemises et 10 ans de plus que la moyenne.

Le Tech Open Air accueille aussi les inévitables concours de start-up, dont une version relookée de Tournez Manège entre créateurs d’entreprise et VC.

Tous les poncifs berlinois sont respectés au TOA: du café filtré avec une V60, des food-trucks, un barbecue géant et des tipis avec séances de méditation (WTF). Tous, sauf le Club-Mate, la boisson énergisante «naturelle» locale curieusement remplacé par un stand Red Bull. La boisson autrichienne au goût chimique est ici en terre de mission.

Pour l’ambiance tech, il y a évidemment pléthore de talks, ces moments un peu gênants où un conférencier nous invite à «hacker notre bonheur», nous explique comment «prévoir la disruption» ou monter une start-up à 14 ans. Deux spécificités locales dans ces talks qu’on croirait avoir déjà vu 100 fois: une parité respectée (une des interventions est d’ailleurs consacrés à la présence des femmes dans la tech) et une grosse insistance sur la nourriture.

À en croire le programme de Tech Open Air, bien manger semble être la base d’un projet réussi de start-up. Rien d’étonnant dans cette ville très saine où tout est vegan (même le kebab).

«Est-ce que les céréales sont Paleo?»

En ouverture, deux conférenciers nous expliquent comment «améliorer ses performances, son look et sa santé en se comportant comme nos ancêtres». Ces Dukan berlinois nous vantent les vertus du régime «Paleo», consistant à manger comme les hommes préhistoriques: plus de protéines, plus de fibres, plus de vitamines et moins de glucides. «Est-ce que les céréales sont Paleo?», balance un des conférenciers à l’assistance. Je lève la main, pour moi aussi gagner un kit Paleo. «Oui, monsieur?», «Oui, c’est Paleo!», «Eh non, perdu, dommage!». À ma décharge, la réponse était “oui” à chaque fois sur les 5 précédentes questions. N’ayant rien compris au régime Paléo, je me promets d’aller manger un soir au Sauvage, le restaurant hipstero-paléo de Neukölln.


 

Le Tech Open Air accueille aussi les inévitables concours de start-up, dont une version relookée de Tournez Manège entre créateurs d’entreprise et VC. Surprise: les projets sont vraiment cools et on aurait presque envie de lâcher 50 euros sur Kickstarter à chaque présentation. Luuv fait sensation avec son stabilisateur de Go-Pro permettant de filmer ses virées en skate avec une image parfaitement fixe.

De nombreux autres projets tournent autour de la musique, vraie spécificité de la scène tech locale. Ableton, célèbre logiciel pour DJs, est né ici. Le DJ berlinois Richie Hawtin a lancé sa propre start-up, Liine, qui édite des applis pour iPad.

Mais la star de la “Silicon Allee”, c’est Soundcloud, seule start-up berlinoise à avoir atteint une véritable audience internationale. Dans la Silicon Valley, on ne connaît que Soundcloud, m’explique un entrepreneur américain. Si Berlin manque encore de locomotives, elle est plein d’attraits aux yeux des Américains: «les deux villes européennes qui attirent les entrepreneurs de San Francisco sont Londres et Berlin», me raconte t-il. 

«Berlin a plusieurs avantages pour les start-ups, explique Niko Woischnik. C’est une ville très bien située, entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est, avec un coût de la vie abordable comparé à Londres et Paris, et avec un écosystème très créatif, avec de nombreux artistes, musiciens ou graphistes. Il nous manque juste de l’investissement!». La célèbre devise du maire de Berlin Klaus Wowereit, «poor but sexy», s’applique on ne peut mieux à la scène tech.

Au milieu de ces jeunes start-up en fleurs, la plus remarquée fut de loin Schleckdruff. Cette entreprise berlinoise est en phase de lancement de... sa glace à la vodka.

Vincent Glad
Vincent Glad (156 articles)
Journaliste
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