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Parler de manière abstraite est un signe de pouvoir

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 21.07.2014 à 14 h 15

Repéré sur Journal of Personality and Social Psychology, BloombergBusinessweek

Microphone / drestwn via Flickr CC License by

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Prétendre avoir la science infuse et étaler votre savoir à longueur de conversations n’augmentera pas votre aura de leader naturel aux yeux de vos collègues ou de vos proches. Une étude menée par trois chercheurs de l’Université de Californie et de Californie du Sud, publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, montre que plus vous utilisez un langage concret et bourré de détails, moins vous paraissez puissant. A l’inverse, utilisez des concepts abstraits et formulez des jugements en privilégiant les adjectifs aux verbes d’action, et l’on reconnaîtra en vous l’âme d’un chef.

Cet article, intitulé «Utiliser un langage abstrait est un signe de pouvoir», a mesuré au cours de six expériences empiriques le pouvoir projeté dans un orateur en fonction du degré d’abstraction de son discours:

«Par exemple, un orateur qui commente un important séisme pourrait déclarer qu’il y a eu 120 morts et 400 blessés (une déclaration concrète qui recourt à des détails spécifiques), ou que ce séisme est une tragédie nationale (une déclaration abstraite qui recourt à des niveaux de signification plus élevés).»

D’après ses conclusions, plus on est abstrait, plus on a de pouvoir aux yeux du public. La caractéristique connexe, mise en évidence dans l’étude, du discours d’un dirigeant, c’est sa subjectivité. «Le pouvoir est aussi associé au fait d’être subjectif, écrivent les chercheurs. Les personnes d’influence sont plus susceptibles d’exprimer leurs opinions, et se sentent plus autorisées à juger les autres, que les individus sans influence.» Cela se traduit par un degré d’abstraction renforcé de leur langage.

Le leader n’est donc pas seulement «en haut» dans la hiérarchie: il surplombe aussi les autres grâce aux mots qu’il utilise. «On attend des personnes puissantes qu’elles soient en dehors et au-dessus des choses, plutôt qu’au milieu d’elles», notent les chercheurs.

Est-ce à dire que la langue de bois, pourtant si négativement connotée, est l’irréductible attribut du leader? Les chercheurs nuancent leurs conclusions à cet égard, car lors de leurs sessions expérimentales, les discours évalués étaient brefs :

«Les personnes puissantes qui ne parlent qu’en termes abstraits et ne sont jamais capables de transmettre des informations concrètes, détaillées, pourraient finir par être considérées comme superficielles et manquant de profondeur.»

Interrogée par Bloomsberg Business Week, Cheryl Wakslak, professeur à l’Université de Californie du Sud, qui a dirigé cette étude, précise également que l’excès de jargon entrepreneurial est nuisible: «Être complètement vague vous rendra juste stupide.» Lors d’un discours, plutôt que d’assommer votre auditoire avec des quantités de données, le secret consisterait donc à «transformer toutes ces données en une histoire simple».

Pour parfaire votre réputation de leader et peut-être –qui sait?– détrôner votre chef, pas la peine non plus de hausser le ton, bien au contraire. Des études ont montré que les dirigeants tendent à parler doucement, et que c’est aussi un signe de pouvoir pour les autres.

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