Science & santé

En Californie, l’interdiction des téléphones portables au volant n'a pas réduit le nombre d'accidents de la route

Repéré par Mélissa Bounoua, mis à jour le 21.07.2014 à 11 h 46

Repéré sur The Washington Post

Une femme téléphone au volant en Californie, le 25 juin 2008. REUTERS/Fred Prouser.

Une femme téléphone au volant en Californie, le 25 juin 2008. REUTERS/Fred Prouser.

Des chercheurs américains de l’université de Boulder et de l’École des mines, dans le Colorado, n'y croyaient pas mais se sont rendus à l'évidence: l'interdiction des téléphones portables au volant n'a pas réduit le nombre d'accidents. En Californie, du moins, et pour l'année 2008. 

Daniel Kaffine, l'un des économistes à l'origine de l'étude, le confirme au Washington Post:

«Nous avons mis du temps à nous convaincre que c’était bien de cela qu’il s’agissait, parce que nous étions sûrs que cette mesure devait avoir réduit le nombre d’accidents.» 

Ces résultats sont le fruit de l'analyse d'un demi-million d’incidents survenus sur toute l’année 2008 en Californie dans neuf villes différentes. C'est en juillet de cette année-là que l'État avait fait interdire l’utilisation du téléphone portable pour appeler au volant –mais pas celle d’un kit mains libres ni l’envoi de SMS.

Daniel Kaffine et ses collègues ont comparé les deux périodes, avant et après l’interdiction, éliminant au passage d’autres facteurs qui auraient pu influencer les résultats sur le long terme –par exemple des progrès significatifs dans la sécurité des véhicules. Ils ont aussi veillé à tenir compte d’éléments ponctuels comme les fortes précipitations et les variations du prix de l’essence (qui influe sur la densité du trafic). Or, peu importe l’analyse qu’ils ont pu faire des données, ils en venaient toujours à la conclusion que l’interdiction du téléphone portable dans l'État (où la circulation est la plus dense aux Etats-Unis) n’avait pas fait diminuer le nombre d’accidents.

L’explication la plus simple, selon le Washington Post, consisterait à dire que les Californiens ne se sont pas souciés de la loi. Or, les conducteurs à risque seraient ceux qui ignorent la loi, souligne Daniel Kaffine:

«Un conducteur habitué à avoir des comportements risqués a pu simplement ignorer la loi. On pourrait voir une augmentation des comportements en conformité avec la loi, mais ce serait généralement ceux qui n’ont pas déjà une conduite à risque.»

Une autre explication pourrait être que beaucoup de gens sont passés au kit mains libres, qui n’est pas jugé moins dangereux. Plusieurs études démontrent en effet que c’est la conversation et pas la technologie qui est à l'origine de la distraction du conducteur. 

Pourtant, étant donné les centaines de milliers d’accidents qui se produisent dans l’État et les millions de kilomètres parcourus, les chercheurs s’attendaient à noter au moins un léger changement. «Une diminution de 5 à 10% ne nous aurait pas étonnés», continue Daniel Kaffine.

Si l’économiste ne veut pas dire que la loi n’est pas efficace, il préfère insister sur le fait que ce type d'interdiction devrait être adoptée après des études plus rigoureuses basées sur des données plus nombreuses.

En France, la Délégation à la sécurité et à la circulation routières concluait en 2012, après la publication d’une étude de l’Inserm et l’Iffstar, que l’utilisation d’un téléphone portable multiplie par trois le risque d’accident. Le téléphone portable a été interdit en voiture dès 2003 mais, depuis janvier 2012, son utilisation peut aussi coûter au conducteur 135 euros d’amende et trois points de permis. Le kit mains libres est toujours toléré, mais plusieurs associations demandent à ce qu’il soit aussi interdit.

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