Sports

Tour de France: ne dronez pas au-dessus des coureurs!

Yannick Cochennec, mis à jour le 20.07.2014 à 9 h 40

Ces objets volants sont entrés en action sur l'épreuve depuis 2013 pour filmer des images en différé. Pour l’instant, les retransmissions en direct ne sont pas concernées en raison du danger représenté, mais rien n’est figé pour l’avenir.

Sur le Tour de France, le 18 juillet 2014. REUTERS/Jacky Naegelen.

Sur le Tour de France, le 18 juillet 2014. REUTERS/Jacky Naegelen.

Le Tour de France est une compétition sportive, mais aussi une sorte d’interlude sur les plus beaux paysages des régions traversées par les coureurs. Parmi les millions de téléspectateurs qui regardent chaque jour la course cycliste pendant des heures devant leur écran, beaucoup sont plus intéressés par la carte postale que par les coups de pédales des champions.

Comme le traceur de la Grande Boucle obligé de vérifier mètre après mètre l’état de la route, Jean-Maurice Ooghe, le réalisateur du Tour de France, fait le parcours avant les coureurs, au printemps, histoire de scénariser, en quelque sorte, sa retransmission à venir par le biais d’un repérage scrupuleux, non seulement des villes étapes, mais aussi des campagnes sillonnées. «Depuis une quinzaine d’années, nous avons développé et mis en valeur l’aspect patrimonial des paysages à travers les images, indiquait-il l’an dernier. Car je suis réalisateur du Tour de France, mais aussi du Tour de la France.»

Des images mixées avec celles du direct

Depuis 2013, en plus des hélicoptères qui tournoient dans le ciel pour relayer les images et offrir des vues souvent à couper le souffle, France Télévisions dispose d’une «arme» supplémentaire dans ses moyens de diffusion avec des drones désormais au service du Tour de France.

La société de production Freeway Drone est à la tête de cette petite patrouille d’objets volants qui filment des images en amont du Tour de France, celles-ci étant ensuite mixées avec celles du direct sans que le téléspectateur s’en aperçoive. «Nous avons songé à instiller du direct cette année, mais nous y avons finalement renoncé, admet Michaël Gisselere, l’un des responsables de cette boîte de production spécialisée dans la prise de vue aérienne. Le dernier jour du Tour de France, il aurait été notamment intéressant d’utiliser les drones pour filmer au plus près des images des monuments de Paris, ce que ne permet pas l’hélicoptère. Mais techniquement, c’était trop compliqué à mettre au point.»

Dimanche 27 juillet, lorsque les coureurs aborderont les Champs-Elysées, les téléspectateurs se contenteront donc d’images en différé du Grand Palais ayant été enregistrées voilà quelques jours par des drones, dont l’un d’entre eux a pu pénétrer et papillonner dans l’enceinte du monument.

«Un direct n'est pas forcément inenvisageable»

Pour cette édition 2014, Freeway Drone, qui possède dans son «garage» quatorze drones dont la valeur oscille de 3.000 à 30.000 euros, a filmé depuis le printemps 17 lieux hautement touristiques frôlés par le Tour de France et sélectionnés par France Télévisions en les survolant ou, parfois même donc, en les visitant de l’intérieur avec à chaque fois deux personnes «derrière» la machine: un «pilote» et un cadreur.

«Pour des mesures de sécurité et en raison de la législation en vigueur, nous ne pouvions pas filmer en présence de public, explique Michaël Gisselere. Les drones pèsent de 4 jusqu’à 12 kilos et ont une autonomie énergétique de 12 minutes. Si l’un d’entre eux tombe sur une foule, c’est évidemment très dangereux. Mais un direct n’est pas complètement inenvisageable avec ce type d’engin si l’on sait à rester à distance du public, et c’est la raison pour laquelle nous y avions songé pour l’arrivée de ce Tour de France avant d’y renoncer.»

Lors des derniers Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, un drone a été utilisé justement pour filmer en direct des images des épreuves de snowboard et c’est encore une société française qui était à la manœuvre, XD Motion, par le truchement d’un engin ressemblant à une araignée. Mais si le drone peut être facilement envisageable en direct lors de compétitions où le public n’est pas massivement concentré à certains endroits, comme au ski alpin (et à condition que les sportifs soient d’accord), il est forcément moins évident d’usage dans des stades (parfois fermés) comme les grandes enceintes de football, de rugby ou d’athlétisme ou des arènes plus petites comme Roland-Garros.

Les spidercams comme substituts

En 2011, lors d’un match amical de football entre la France et les États-Unis au Stade de France, TF1 avait voulu tenter l’option d’un drone en direct, mais l’expérimentation avait avorté selon Philippe Kieffer, des Productions du colibri, en charge de cette opération ce jour-là. «Nous avions fait des essais avant le match, mais l’effet de chaudron de stade avec la multiplication des ondes qui circulent dans une enceinte pareille quand il y a 80.000 personnes nous avait fait reculer, raconte-t-il. Et comme la législation française est très stricte avec l’interdiction du survol d’une foule, l’usage d’un drone dans un stade n’est pas utile pour le moment sauf éventuellement, lorsqu’il s’agit de filmer l’arrivée d’une équipe sur le terrain où cela reste possible.»

Les cablecams ou les spidercams, ces caméras aériennes installées sur des filins au-dessus d’un stade comme à Roland-Garros, sont, il est vrai, des technologies de remplacement tout aussi valables, même si elles sont moins souples que des drones. «Dans ce domaine, on progresse aussi, constate Philippe Kieffer. Lors de la Coupe du monde au Brésil, des évolutions notoires assez bluffantes ont pu être constatées avec ces caméras sur câbles.»

Cyril Linette, le directeur des sports du groupe Canal+, ne ferme pas cependant la porte aux drones, si fascinants, il faut bien l’avouer: «On ne l’a jamais fait, même si on l’envisage», nous a-t-il indiqué sachant que le documentaire, mieux que le direct, profite donc pour le moment mieux de cette nouvelle technologie. S’il franchit le Rubicon, il n’aura que l’embarras de choix tant le nombre des sociétés de production proposant des images avec des drones a explosé dans la période récente. «Il y a trois ou quatre ans, nous étions moins de cinq en France, sourit Christelle Bozzer, autre responsable chez Freeway Drone. Aujourd’hui, nous sommes plus de 600 même si le champ d’activité des drones est très large avec des images liées à la surveillance, au militaire, au tourisme et à tant d’autres activités.»

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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