EconomieTech & internet

Microsoft vire 18.000 salariés et l'explique de la pire manière

Repéré par Mélissa Bounoua, mis à jour le 18.07.2014 à 17 h 27

Repéré sur New York Magazine, Ars Technica

Stephen Elop, vice-président de Microsoft et Satya Nadella, PDG le 20 mai 2014 à New York. REUTERS/Brendan McDermid

Stephen Elop, vice-président de Microsoft et Satya Nadella, PDG le 20 mai 2014 à New York. REUTERS/Brendan McDermid

Microsoft se sépare de 14% de ses employés, ce n’était jamais arrivé depuis la création de la compagnie il y a 39 ans. Le PDG Satya Nadella a annoncé le départ de 18.000 personnes. Cette restructuration arrive à un moment où le groupe est pourtant toujours extrêmement rentable, avec plus 22 milliards de profits attendus pour les six premiers mois de l'année. La plupart de ceux qui devront partir dépendent de Nokia que Microsoft avait racheté cette année. 

Un bonne partie des licenciements (12.500) concernent en effet la division qui crée les téléphones, les tablettes, les ordinateurs portables, tout le «matériel». Et ce plan de licenciement a été expliqué aux employés via un mémo envoyé par email. Un très long mémo de Stephen Elop le vice-président chargé des produits et ex PDG de Nokia. Où les salariés ne comprennent vraiment leur sort qu'à partir du 11e paragraphe.

Il suffit de lire le premier pour comprendre que cela va durer longtemps et que les salariés n’ont pas dû apprécier :

«La stratégie de Microsoft est de se concentrer sur la productivité et notre désir est d’aider nos clients à 'faire plus'. Au sein de la division qui fabrique les produits de Microsoft, notre rôle est d’apporter cette lumière aux gens. Nous sommes l’équipe qui crée les logiciels qui mettent en avant le meilleur du travail de Microsoft sur le numérique et qui créent les meilleurs expériences utilisateur (…) Nous sommes à la croisée des meilleurs applications, systèmes d’exploitation et services apportés par le cloud.»

Une présentation du travail et de la stratégie de son équipe donc.

Il continue :

«Pour s’inscrire dans la stratégie globale de Microsoft, nous comptons concentrer nos efforts. Etant donné toutes les expériences possibles offertes par nos outils, nous devons veiller à rester sur des projets sur lesquels nous apportons le plus de valeur ajoutée. Les racines de l’entreprise et notre futur résident dans la productivité et notre capacité à aider les gens.»

Ceci a déjà été dit et nous en sommes au début du deuxième paragraphe.

S’en suit un paragraphe sur Nokia. Et enfin: «Notre stratégie doit refléter celle de Microsoft et doit être accomplie grâce à une enveloppe financière définie. Nous envisageons de faire des changements.»

Les salariés pensaient enfin en savoir plus, sauf que non. A la place, ce sont trois paragraphes sur Nokia et les windows phone qui suivent.

Puis un passage business plan et un passage pour détailler les pays dans lesquels chaque produit sera fabriqué. Les expressions «business continuity» (s’inscrire dans la continuité de nos activités) et «market dynamics» (dynamiques du marché) sont employées. Viennent alors quelques lignes sur la stratégie pour trouver de nouveaux clients.

Et enfin le 11e paragraphe.

«Nous en sommes venus à la conclusion que nous devions diminuer de 12.500 le nombre d'employés et professionnels dans nos usines et ailleurs dans l’année à venir. Ces décisions sont difficiles pour l’équipe et nous avons l’intention de faire en sorte que les départs se fassent avec des indemnités pour les membres de l’équipe.» 

Beaucoup de vocabulaire d’école de commerce, s’agace un journaliste du New York magazine.

En guise de conclusion :

«Aussi difficile que soient certains de nos changements aujourd'hui, ce plan vient s’inscrire dans le travail global et les efforts de la société que Satya [Nadella] a décrit dans ses récents emails. Tous ensemble, en agissant dans la transparence, en restant concentré et en cohérence au sein de l'entreprise, nous aurons la possibilité de livrer les résultats de notre travail aux clients pour que notre succès soit encore plus grand à l'avenir.»

En 1.100 mots, Stephen Elop n'aura donc dédié que deux phrases aux employés qui seront priés de partir. Pas un «désolé», aucunes excuses, pas de remerciements.

L’email du PDG n’était pas beaucoup plus convaincant. Ars Technica l’a fait lire à un retraité de l’aviation, ex-salarié de Boeing, qui a connu plusieurs plans de licenciements. Voici ce qu’il en dit :

«Eh bien bravo à Satya Nadella, aux services de ressources humaines et de communication de Microsoft parce que vous vous inspirez [des méthodes] des meilleurs – ou, plutôt, vous avez tous suivi les même programmes de langue de bois et de fausses vérités en école de commerce. Microsoft a annoncé ce matin le plus important plan de licenciement de son histoire et les emails de Nadella mélangent des familiarités, de la fausse sympathie et un non-information caractéristiques d’une communication de groupe trop précautionneuse.»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte