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Test: Etes-vous un whisky snob?

Christine Lambert, mis à jour le 19.07.2014 à 9 h 11

Le malt est un pur plaisir, doublé d’un authentique snobisme. Petit test imparable pour vérifier que le second ne l’emporte pas sur le premier.

REUTERS/Suzanne Plunkett

REUTERS/Suzanne Plunkett

Il n’apprécie que les single malts, cela va de soi, qu’il se vante de choisir chez les embouteilleurs indépendants, des bruts de fût exclusivement, et vous bassine avec ses bonnes adresses de cavistes à Londres, Edimbourg ou Tokyo. A l’heure de l’apéro entre amis, il soupire, vaguement apitoyé, si vous ne détectez pas les notes de ju hua (un chrysanthème chinois, ne cherchez pas) en rétro-olfaction.

Allez, avouez que cette description à peine esquissée vous fait irrésistiblement penser à quelqu’un – à vous-même, peut-être. Car, bien que la France se classe parmi les trois plus gros pays consommateurs de whisky (les premiers pour le made in Scotland), et bien qu’au top 5 des meilleures ventes ne trônent que des blends consensuels, ce marché de masse a fabriqué un produit dérivé qui contribue à ériger d’intimidantes barrières autour du malt : le whisky snob.

Il sévit dans une aimable diversité – sous ses versions connaisseur raffiné, ignare invétéré, trendy pointu, apprenti vaniteux, vantard risible ou mythomane magnifique (le seul à avoir jamais goûté un single malt de Mongolie) – mais vous n’aurez aucune peine à le débusquer s’il cumule au moins 10 des tics suivants:

1. Il prend un air un peu pincé pour vous faire remarquer que la bouteille servie n’est pas un single cask. Les assemblages ? Limite faute de goût.

2. «Pas mal, pas mal», lâche-t-il en savourant son single malt. Pour aussitôt préciser qu’à 46°, il aurait été parfait. Dans le whisky, les fameux «six degrés de séparation» creusent un gouffre entre les bouteilles de la plèbe et celles du wannabe snob.

3. D’ailleurs, lui-même préfère les bruts de fût.

4. Non filtrés à froid, cela va sans dire.

5. Il passe (beaucoup, beaucoup, beaucoup) plus de temps à renifler son verre qu’à le siroter.

6. Si le bouchon se visse sur la bouteille, il préfère passer son tour en pestant. Le liège, coco, la plus belle création de la nature – après l’orge.

7. Il détecte au nez les notes de cuir vieilli patiné de sueur typiques de la selle d’un cheval lancé au galop – par opposition à celle d’un canasson au trot, qui dégagent de tout autres arômes.

8. Il pourrait faire des alexandrins sur cette finale de poussière sèche, ces notes de térébenthine, de poudre à canon humide, de feuilles mortes d’automne… Toutes choses que le commun des mortels a l’habitude de lécher, n’est-ce pas.

9. Il jure que Glen*** n’a plus rien produit de bon depuis trente-deux ans. Date à laquelle ils ont échangé leurs cuves de fermentation en pin d’Oregon contre de l’inox.

10. Il comprend la différence fondamentale entre un whisky «moyen» noté 89,5 point/100 et un autre «superbe», valorisé à 90,5/100. «Parce qu’à moins de 90, c’est dégueu, et au-delà, ça vaut 21/20.»

11. Il ne boit qu’écossais, of course. Et encore, les Lowlands sont suspects, et les distilleries post-XIXe siècle, no way. Il accepte de faire une exception pour les japonais, quoique…

12.… quoique dans sa version ultra-trendy, le whisky snob de mid-2014 pense que les Ecossais ne produisent plus que des trucs sans âge et sans intérêt, que les Japonais sont sooooo 2010, les Taïwanais sooooo last year. Et ne jure que par les micro-distilleries de bourbon et les séries limitées de rye canadien. D’ailleurs, si vous partez aux US cet été, vous ne pourriez pas lui rapporter…

13. Il est convaincu que le whisky dans un cocktail, bien plus que le mariage pour tous, signe la fin de la civilisation.

14. Les seules fois où il s’est servi un Johnnie Walker ou un Chivas Regal, c’était pour se rincer les dents lors d’un trek au Guatemala, «l’eau n’était pas potable».

15. Tant qu’on ne trouvera pas de sacs Vuitton et de montres Cartier à Carrefour ou à Auchan, jamais il n’y achètera son single malt.

16. Il ne vous invitera plus si vous réclamez un glaçon pour rafraîchir votre scotch. Même si le scotch a 12 ans «seulement». Même si la température extérieure grimpe à 38° «seulement».

17. Il balaie d’un geste bref le caviste qui lui conseille un Yamazaki mizunara édition limitée : «Je l’ai déjà».

18. Il ne se fournit que chez les négociants. «Les embouteillages officiels, j’évite. Que veux-tu, j’aime les comptes d’âge impairs.» Imparable.

19. Franchement, les Macallan à moins de 1000 € la bouteille, les GlenGrant de moins de 30 ans, les Ardbeg post-1974, les Glenfarclas de ces vingt dernières années, les Karuizawa qui traînent encore sur le marché [……… je vous laisse compléter], c’est très « bof, bof ».

20. Les whiskies sans âge ? Pas dans cette vie, pas sur cette planète. Le whisky snob aime les malts plus âgés que lui. C’est sans doute pourquoi passé 50 ans, tout snobisme doit se renégocier.

NB. Toutes les occurrences qui précèdent ont été patiemment glanées auprès de vrais amateurs. Certaines ont été (à peine) embellies à la rédaction, aucune n’a été inventée. (Non, je ne donnerai pas mon score. #J’aiUnPeuHonte).

Christine Lambert
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Journaliste
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