Pourquoi des Israéliens acclament depuis les collines de Sderot les roquettes qui tombent sur Gaza

Israel and Gaza - 17 / Amir Farshad Ebrahimi via Flickr licence by

Israel and Gaza - 17 / Amir Farshad Ebrahimi via Flickr licence by

Une photo du reporter danois Allan Sørensen, correspondant en Israël du quotidien Kristeligt Dagblad, s’est propagée de manière très virale sur internet et dans la presse mondiale. A l’origine postée sur son compte Twitter le 9 juillet, elle a été retwittée 12.000 fois, et le New York Times, le Huffington Post, The Independent, The Jerusalem Post, Russia Today et Al Arabiya, entre autres, l'ont relayée.

Elle montre un groupe d’une dizaine de personnes (dans son reportage, il en dénombre «plus de cinquante»), installées sur des chaises en plastique au sommet d’une colline à Sderot, dans le sud d’Israël, qui regardent les bombes tomber sur Gaza, comme s’il s’agissait d’un spectacle, dans une ambiance détendue –voire festive. Depuis plusieurs années, cette ville de 25.000 habitants est régulièrement visée par les tirs du Hamas.

Sur Twitter, il commentait son cliché de la sorte:

«Cinéma à Sderot. Des Israéliens ont amené des chaises au sommet d’une colline pour regarder les événements de Gaza. Ils applaudissent quand des bombes explosent.»

Interrogé par le New York Times, il s’est déclaré surpris par les réactions que cette photo a suscitées. Pour lui, ce genre de rassemblement n’est pas nouveau: en période de guerre, «c’est ce qui arrive», civils et soldats «passent par un processus de déshumanisation de l’ennemi».

Dans son propre journal, il poursuit son raisonnement:

«De même qu’il n’est pas nouveau que des Arabes israéliens et des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie poussent des acclamations depuis les toits à chaque fois qu’une roquette tombe sur Israël, il n’est pas nouveau que des Israéliens applaudissent depuis leurs chaises de camping sur les collines aux alentours de Sderot. Ces deux phénomènes sont bien connus, et font partie intégrante du conflit.»

Le photographe a été accusé par des membres du camp pro-israélien de photomontage, mais le phénomène qu’il a capturé en image n'est pas isolé. Plusieurs photographes ont pris en photo les mêmes types de rassemblements conviviaux pour observer le spectacle macabre de la destruction.

Le 17 juillet, la journaliste de CNN Diana Magnay, en direct d'une colline à la frontière entre Israël et Gaza, témoignait d'ailleurs du même phénomène. 


Peu de temps après, elle twittait: «Des Israéliens sur une colline près de Sderot se réjouissent lorsqu'une bombe frappe Gaza; ils menacent de "détruire notre voiture si je dis quoi que ce soit de mal"». Vingt minutes plus tard, son tweet était supprimé. 

Difficile de savoir exactement qui sont ces spectateurs. Dans son article, Allan Sørensen cite seulement une Américaine de 22 ans qui vit en Israël, Eli Chone, qui déclare: «Nous sommes ici pour voir Israël détruire le Hamas.» Selon Tamar Hermann, professeur de sciences politiques à l’Univsersité de Tel-Aviv, «ce n’est pas que ces comportements doivent être défendus, mais ils reflètent cependant une vision de la guerre qui a de profonde racines historiques» –ils remontent jusqu’au Moyen-Âge. Le 21 juillet 1861, par exemple, des centaines de civils américains s'étaient déplacés sur les collines de Manassas, en Virginie, pour assister à la première bataille de Bull Run, qui inaugura la guerre de Sécession.

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