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Crash du Malaysia Airlines: et le conflit ukrainien changea de visage...

Un journaliste prend des photos du lieu du crash de l'avion de la Malaysia Airlines près de Donetsk, le 18 juillet 2014. REUTERS/Maxim Zmeyev

Un journaliste prend des photos du lieu du crash de l'avion de la Malaysia Airlines près de Donetsk, le 18 juillet 2014. REUTERS/Maxim Zmeyev

Le crash sera-t-il pour l'Ukraine ce que la mort de l'archiduc François-Ferdinand fut à la Grande guerre? Ou au contraire sera-t-il le dernier signal d’alarme qui provoquera une prise de conscience avant qu’il ne soit trop tard?

 «Les somnambules», c’est le titre du livre le plus vendu dans le monde sur les origines de la guerre de 1914. L’historien d’origine australienne Christopher Clark explique comment les dirigeants des principales puissances européennes ont marché vers la Première guerre mondiale, sans s’en rendre compte et sans vraiment le vouloir.

Un politologue allemand vient de se référer lui aussi au somnambulisme pour qualifier la lente montée de la tension entre les occidentaux et la Russie. Le crash du Boeing 777 de la Malaisyan Airlines sera-t-il au conflit ukrainien ce que l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo fut à la Grande guerre? Ou au contraire sera-t-il le dernier signal d’alarme qui provoquera une prise de conscience avant qu’il ne soit trop tard?

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Il est trop tôt pour affirmer quels sont les responsables directs et immédiats de la catastrophe du vol MH 17 – les séparatistes prorusses? la Russie? Les autorités de Kiev? – mais la responsabilité politique de Vladimir Poutine est clairement engagée.

Certes, les Européens ont commis de graves erreurs d’appréciation dans leur politique de «partenariat oriental» destinée à amarrer d’anciennes républiques soviétiques à l’Union européenne, sans pour autant leur proposer une adhésion pleine et entière. L’UE est à juste titre soucieuse de stabiliser son environnement oriental (et méridional).

Le problème est que son «étranger proche», pour reprendre une expression de Moscou, est aussi «l’étranger proche» de la Russie. Le Kremlin n’entend pas renoncer à cette zone d’influence au profit des Européens alors qu’il a déjà perdu son glacis en Europe centrale après la dissolution de l’URSS en 1991.

La confrontation était inévitable. Elle s’est concentrée sur l’Ukraine qui est le pays le plus peuplé de la zone et où les tendances populaires pro-européennes sont les plus importantes. Les dirigeants de l’UE ne s’étaient préparés ni au refus de l’ancien président Viktor Ianoukovitch de signer l’accord d’association, ni aux manifestations de masse que ce refus provoquerait à Kiev, ni à la réaction agressive de Vladimir Poutine.

Jusqu’à la fuite de Ianoukovitch en février, le conflit était resté une affaire intérieure ukrainienne même si les occidentaux et les Russes n’étaient pas de simples spectateurs. Le point de départ de la crise internationale a été la décision de Vladimir Poutine de profiter du chaos politique à Kiev pour annexer la Crimée.

Le conflit armé a commencé après que les forces prorusses, encouragées par Moscou, ont échoué à mobiliser les foules dans l’est de l’Ukraine en faveur d’une «fédéralisation» du pays voire la sécession des régions russophones et leur rattachement à la «mère patrie». Sans le soutien politique et logistique, les rebelles prorusses n’auraient pas pu prendre le contrôle des villes de Donetsk, de Louhansk ou de Slaviansk. Ils ne pourraient pas tenir contre l’armée ukrainienne, certes mal entrainée mais un peu plus motivée depuis l’élection dès le premier tour du président Petro Porochenko.

Des Russes, pour ne pas dire la Russie officielle, ont livré de l’armement lourd, des chars, des missiles, etc., aux séparatistes. Moscou a refusé de contrôler sa frontière avec l’Ukraine qui laisse passer matériels et combattants. Les commandants des séparatistes sont le plus souvent des citoyens russes, comme le «ministre de la Défense» de la République autoproclamée de Donetsk, Igor Guirkine, dit «Strelkov» (le guerrier).

Celui-ci a reconnu être un ancien membre des services de renseignements de l’armée russe, arrivé de Moscou. Strelkov avait lancé un avertissement sur son compte VK.com, le Facebook russe : «Nous avons averti tout le monde – ne volez pas dans notre ciel!» La phrase a été effacée après qu’a été connu le crash du Boeing malaysien.

Ses troupes sont à son image: des anciens combattants, des demi-soldes des services secrets russes, des «Afghantsi», ces soldats soviétiques qui ont combattu en Afghanistan dans les années 1980 et ont été démobilisés et démoralisés. Se sont joints à eux des mafieux de toutes sortes et des petits voyous désœuvrés, comme on en a vu dans les guerres yougoslaves dans les années 1990. 

Des habitants de la région participent aussi au combat mais les témoignages des journalistes comme des «commandants» font état d’un enthousiasme modéré. Ces soldats de fortune tiennent quelques postes de contrôle et ont hâte de rentrer chez eux à la nuit tombée.

Vladimir Poutine a eu une expression ambiguë après avoir pris connaissance de la catastrophe du vol MH 17. «Le drame ne se serait pas produit si Kiev n’avait pas relancé la guerre dans l’est de l’Ukraine», a-t-il dit. En d’autres termes, il fait porter la responsabilité politique aux autorités ukrainiennes, quels que soient les auteurs du tir de missile, sans reprendre formellement les accusations portées immédiatement par Moscou contre Kiev, et en laissant implicitement ouverte la possibilité que ces auteurs soient des prorusses. La presse officielle russe reprend ce thème. C’est une manière de se dédouaner en toutes circonstances.

Toutefois il sera difficile pour les responsables russes de convaincre de leur totale innocence dans la détérioration de la situation dans l’est de l’Ukraine. Le président Porochenko a certes décidé de reprendre par la force les villes occupées par les séparatistes.

Il a refusé de prolonger les divers cessez-le-feu parce qu’il craignait, non sans raison, que les rebelles n’en profitent pour se renforcer. Mais de son côté la Russie n’a rien entrepris pour obliger ces mêmes rebelles à négocier. Comme si elle avait intérêt à entretenir le désordre afin de poursuivre la déstabilisation du gouvernement de Kiev.

Pendant qu’il est occupé les opérations militaires dans l’est, Petro Porochenko ne lance pas les réformes structurelles indispensables pour ranimer l’économie ukrainienne. Il n’entreprend pas la lutte contre la corruption qui était une des revendications essentielles des manifestants de la place Maïdan.

La déception populaire risque de se manifester très rapidement. L’occasion sera offerte par les élections parlementaires de l’automne qui pourraient provoquer une nouvelle instabilité politique.

Vladimir Poutine a raison. La catastrophe de la Malaisyan Airlines montre l’urgence de trouver une solution politique rapide. Mais pas nécessairement selon les termes de Moscou.

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