Le golf a besoin d'une perf de Woods

Tiger Woods au practice du British Open, le 15 juillet 2014. REUTERS/Stefan Wermuth

Tiger Woods au practice du British Open, le 15 juillet 2014. REUTERS/Stefan Wermuth

Au British Open, Tiger Woods dispute son premier tournoi majeur de la saison sur le parcours du Royal Liverpool où il s’était imposé en 2006. Et le golf mondial lui ordonne (presque) une seule chose: gagner!

A 38 ans, Tiger Woods se désespère moins de sa propre situation que le golf mondial qui fait un vœu en cette semaine du British Open: qu’il gagne enfin ce 15e titre majeur qui le fuit depuis juin 2008, date de son dernier triomphe en Grand Chelem, et qu’il «sauve» du même coup la planète golf toute entière si tant est qu’elle soit vraiment en danger.

Forfait au Masters, en avril, et à l’US Open, en juin, le désormais n°7 mondial a dû prendre son mal en patience ces derniers mois en raison d’une opération au dos survenue le 31 mars dernier. Il a disputé son tournoi de reprise, fin juin, près de Washington, mais n’a pas franchi le cut. Et voilà donc déjà le British Open à son programme sur le parcours du Royal Liverpool où il avait triomphé en 2006 pour s’adjuger le troisième de ses trois British Opens.

Comme d’habitude, Tiger Woods est imperméable à l’agitation qui accompagne sa venue même s’il sait très bien qu’il est le golfeur le plus observé à l’image de l’initiative de la chaîne américaine ESPN qui propose à ses abonnés, par le biais de l’un de ses canaux, de suivre son seul parcours du 1er au 18e trou. Ses soucis de santé et son niveau de jeu occupent davantage son esprit que l’état général de son sport qui a tant souffert en son absence.

Aucun autre sport que le golf n’est aussi dépendant d’un seul homme. Il doit à Tiger Woods son succès, notamment aux Etats-Unis, depuis son avènement au plus haut niveau en 1997 et le même Woods est désormais responsable la petite déprime qui touche la discipline.

Jouons le drapeau pour employer un langage golfique: les audiences du dernier Masters, pourtant remporté par un Américain, Bubba Watson, et celles du dernier US Open, gagné par un Allemand, Martin Kaymer, ont été très décevantes si ce n’est catastrophiques aux Etats-Unis (mais ailleurs aussi, comme en Grande-Bretagne). A Augusta, la dernière journée de compétition a délivré son audience la plus basse depuis 2004.

A Pinehurst, où se déroulait l’US Open, le dernier tour a été littéralement déserté par les téléspectateurs puisque jamais un score aussi bas n’avait été atteint le dimanche. En plus du forfait de Tiger Woods, d’autres éléments ont concouru à ces petits naufrages cathodiques (Phil Mickelson en forme insuffisante, Martin Kaymer trop dominateur à l’US Open…), mais le fantôme du champion aux 14 titres majeurs est le principal épouvantail qui a fait fuir les amateurs devant leur écran de télévision.

Tiger Woods a changé la donne pour ce sport comme l’a résumé, à sa manière, Phil Mickelson, son rival, le seul autre joueur capable de capter l’intérêt du public outre-Atlantique. «Lorsque j’ai gagné mon premier tournoi professionnel à Tucson en 1991, la dotation générale était d’un million de dollars et le premier prix de 180.000 dollars, a-t-il rappelé en avril. Désormais, tous les week-ends, celui qui gagne un tournoi du PGA Tour empoche un million de dollars. Tiger a été à l’origine de tout cela. Parce qu’il a engendré des audiences, attiré des sponsors, suscité l’intérêt des fans, nous lui sommes tous redevables

Tiger Woods a été de surcroît le lien qui manquait au golf avec les jeunes générations. Il a non seulement captivé les mordus purs et durs, mais il a également fasciné ceux qui n’auraient jamais eu l’idée de regarder une image de golf à la télévision.

Mais en dépit de son immense palmarès, le costume qu’on veut lui faire porter est peut-être trop large: les déboires physiques de Tiger Woods et ses forfaits à répétition depuis plus de cinq ans ne sont pas les seuls responsables du petit (vrai?) déclin que subit la petite balle blanche à travers le monde et qui va au-delà de taux d’audiences en recul.

Comme le tennis en son temps, le boom du golf a vécu et la discipline peine à recruter à nouveau sur le terrain. Là où hier certains clubs prestigieux, y compris en France, se vantaient d’avoir de longues listes d’attente de postulants souhaitant devenir membres, le client aurait plutôt tendance aujourd’hui à se faire désirer et même carrément rare.

Selon la National Golf Foundation, 400.000 joueurs ont mis un terme à leur histoire golfique en 2013 aux Etats-Unis dans un pays où 160 golfs ont encore fermé l’an passé (pour la huitième année, le solde est négatif) et où les joueurs ont joué un total de 462 millions de parties, soit le plus bas niveau depuis 1995. Quelque 20% des 25 millions de joueurs américains se disent même prêts à remiser leur matériel dans les années qui viennent. Les chiffres ne sont pas plus optimistes en Grande-Bretagne où l’élitisme lié au golf continue d’être, de l’Ecosse à l’Angleterre, un frein à son développement.

Comme l’a dit Jack Nicklaus il y a quelques semaines, le golf a trois problèmes: «C’est trop long, trop dur et trop cher.» Il a ajouté ailleurs: «De mon temps, un dernier tour du British Open était accompli en 3h-3h30 environ. Aujourd’hui, les joueurs ont besoin de 5h-5h30 parce que les parcours ont été rallongés à cause de ces balles qui vont désormais trop loin. Je sais qu’il est difficile de revenir en arrière. Mais un parcours plus court, c’est moins de maintenance, donc des prix plus bas pour le joueur, c’est du jeu forcément plus rapide, c’est moins de terrain, donc moins de fertilisants, et le jeu n’en devient que plus économique à tous les points de vue. La balle va-t-elle trop loin pour l’intérêt du jeu? C’est vraiment ce qui doit être étudié.»

Pour tenter de rameuter la jeune clientèle de moins de 35 ans qui n’a pas autant de temps à donner (ou à perdre) au golf, de nombreuses expériences sont tentées comme le retour aux golfs à neuf trous qui constituaient la moitié des parcours il y a 30 ans aux Etats-Unis avant l’explosion des 18 trous dans les années 90. Il existe aussi la création de parcours compacts plus ludiques comme en France dans le cadre de l’organisation de la Ryder Cup au Golf National en 2018. Pour l’apprentissage aux plus jeunes, des formules avec des trous élargis sont même envisagées. Le footgolf essaie aussi de tracer son sillon et de séduire des adolescents qui pourraient avoir envie plus tard d’empoigner quelques clubs.

Dans ce paysage inquiétant que le retour du golf aux Jeux olympiques en 2016 contribuera peut-être à réenchanter, une victoire de Tiger Woods au British Open, ou dans un mois au PGA Championship, le quatrième majeur de la saison, ne serait donc pas du luxe, histoire de redonner une visibilité de premier plan à la discipline qui devra, de toute façon, vivre un jour sans son joueur le plus célèbre.

Car malgré ses difficultés, Tiger Woods continue d’électriser les foules comme l’a prouvé son premier entraînement, au Royal Liverpool, suivi par 3.000 personnes quand Adam Scott, le n°1 mondial australien, évoluait dans un désert tranquille. Jack Nicklaus a remporté son 18e et dernier majeur à 46 ans. Pour rester optimistes, Tiger Woods et le golf ont, en conséquence, encore de belles années devant eux…