Monde

La mort de quatre enfants à Gaza ouvre-t-elle la voie à une intervention israélienne au sol?

Jacques Benillouche, mis à jour le 17.07.2014 à 11 h 09

Tsahal enquête sur la mort de quatre jeunes Palestiniens sur une plage de la bande de Gaza et parle d'erreur de tir. Tout en regrettant l'intransigeance de l'aile militaire du Hamas.

Le corps d'un jeune Palestinien touché par un obus israélien, mercredi, sur une plage de Gaza. REUTERS/Mohammed Talatene

Le corps d'un jeune Palestinien touché par un obus israélien, mercredi, sur une plage de Gaza. REUTERS/Mohammed Talatene

Tsahal a décidé de mener une enquête sur le drame qui a coûté la vie mercredi à quatre jeunes palestiniens qui jouaient sur une plage de Gaza. Le porte-parole de l’armée a précisé que «ses premiers résultats montrent que des militants étaient dans la zone attaquée qui a servi de point de départ pour des activités terroristes de lancement de missiles. C’est un évènement tragique mais il est important de rappeler que l'utilisation cynique de résidents de la bande de Gaza par le Hamas, qui les détient en otages, a provoqué l'annulation des attaques sur des cibles terroristes, comme nous l’avons prouvé au cours des derniers jours».

De nombreuses vidéos diffusées par les militaires montrent des pilotes qui informent leurs supérieurs que leur cible est occupée par des civils. L’ordre fuse immédiatement de surseoir à la frappe. Alors que l’aviation dispose de moyens de vision précise, de nuit comme de jour, sur la zone à bombarder, les quatre enfants pourraient avoir été tués par un obus tiré par une vedette de la marine israélienne alors qu’ils jouaient au football, d’où l’imprécision du tir. Le porte-parole de Tsahal, le général de brigade Moti Almoz, hésite sur l’origine du tir: «d’après ce que l'armée israélienne sait jusqu'ici, le tir n’a pas été déclenché par la marine, mais probablement par une frappe de l’aviation».

Un jeune témoin palestinien, blessé lui aussi, a expliqué que les enfants se sont enfuis dès qu’un premier obus est tombé à terre mais qu’un deuxième les avait fauchés. D’autres enfants ont réussi à se réfugier à 200 mètres, dans l'hôtel Deira où logeaient les journalistes. Tsahal se justifie en expliquant que de nombreux tirs de roquettes étaient effectués depuis la plage et qu’il a dû intervenir pour y mettre fin. Il reconnait cependant une «erreur d’identification» des enfants assimilés à des combattants du Hamas en fuite.

Le correspondant de The Guardian à Londres, Peter Beaumont, présent à la terrasse de l’hôtel au moment du tir, témoigne: «Vous ne pouviez pas les confondre, même à travers la fumée, il était évident qu'il s’agissait d’enfants dont le plus âgé avait 13 ans. C’était des enfants en haillons, en short de pêcheur».

Le doute subsiste sur la cible qui était visée sur cette plage qui ne comportait aucun bâtiment suspect à l’exception d’une cahute de pêcheurs qui, selon Israël, pourrait avoir abrité quelque temps auparavant une rampe mobile de lancement de missiles.

Cet incident grave a incité l'armée israélienne à cesser ses bombardements pendant cinq heures, le 17 juillet, en ouvrant une «fenêtre humanitaire» pour permettre aux habitants de se ravitailler en toute sécurité. Ce drame n’a toujours pas convaincu le Hamas d’accepter un cessez-le-feu car il réclame l’ouverture permanente des points de passage avec Gaza et la libération des dizaines de Palestiniens arrêtés récemment en Cisjordanie.

Les Israéliens donnent une explication à cette intransigeance. Cachés dans les sous-sols du plus grand hôpital de Gaza pour éviter une élimination ciblée, les dirigeants politiques ont perdu tout contact avec la population et surtout avec leurs militants armés. L’explication du refus des islamistes est à présent claire. Les politiques ont été écartés au profit de l’aile militaire du Hamas qui a pris les choses en main justifiant qu’aucune discussion n’est possible. La perméabilité du Dôme de fer —entre 20 à 30% des missiles arrivent à passer la frontière— les a enhardis.

Avec les militaires au pouvoir, les cartes sont rebattues et le conflit se transforme en combat d’une armée contre une autre armée, plus destructeur, avec au centre des populations civiles palestiniennes peu protégées. C’est dans ce seul cadre qu’Israël pourrait décider d’une intervention terrestre pour éradiquer le danger des brigades Ezzedine Al-Qassam, l’aile militaire du Hamas. La mort des quatre enfants donne aussi des arguments aux tenants israéliens d’une entrée à Gaza qui estiment que pareille erreur ne pourrait intervenir avec des troupes au sol.

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte