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PreP: il existe un moyen de stopper l’épidémie de sida, et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les gays

L'acteur Remy Mars et Pierre Lynch lors d'une visite au Swag (Sexy with a Goal), un centre d'aide aux malades du sida à New York qui lutte contre les discriminations contre les gays. REUTERS/Mike Segar

L'acteur Remy Mars et Pierre Lynch lors d'une visite au Swag (Sexy with a Goal), un centre d'aide aux malades du sida à New York qui lutte contre les discriminations contre les gays. REUTERS/Mike Segar

Après des années de découplage de la question LGBT du sida, les gays sont clairement revenus à la case départ: le sida est une maladie de pédés.

On le voyait venir, ce n'est pas une surprise, c'est même devenu un feuilleton. L'Organisation Mondiale de la Santé préconise désormais le traitement pré-exposition (PreP) pour les hommes ayant des relations avec les hommes et symboliquement, cela met fin à des années de bagarres fratricides sur le front de la prévention gay. Que cela marche ou pas n'est plus la question: les homosexuels sont plus que jamais associés à la propagation du VIH, et en première ligne s'il vous plait, avec les autres groupes à risques (les transgenres, les minorités ethniques, les travailleurs du sexe et les usagers de drogue).

Après des années de découplage de la question LGBT du sida, les gays sont clairement revenus à la case départ: le sida est une maladie de pédés. Et c’est en partie à cause d’eux : plus la recherche avance et moins les gays se protègent. Les prises de risques n'ont jamais été aussi déculpabilisées. Les gays savent que les séropositifs sont moins contaminants quand ils sont exempts d'IST et qu'ils ont une charge virale indétectable. En France, le nombre de personnes nouvellement contaminées a augmenté de 14% en 2012.

Ce «bruit» virologique est suffisant pour nourrir une épidémie qui, normalement, avec les outils dont on dispose —avant la transmission (PreP et TasP), pendant la contamination (le traitement d'urgence), sur le court et long terme (des multithérapies efficaces) et des génériques de plus en plus abordables pour les pays pauvres, devrait s'assécher d'elle-même.

Le noyau dur de l'épidémiologie sida se situe donc désormais dans les groupes à risques: les personnes fragilisées (transgenres, minorités ethniques, usagers de drogue, prostitué(e)s) et les gays qui, eux, c'est vérifié par des études, prennent d'autant plus de risques qu'ils appartiennent à des classes sociales élevées.

Quand les CDC d'Atlanta entérinent la prophylaxie pré-exposition pour les Etats-Unis, quand l'OMS la généralise au monde entier, la logique impose de faire pression pour l'obtenir au niveau national. C'est ce que demande l'association Aides car, finalement, le Truvada des laboratoires Gilead Sciences, il faudra bien en assumer le coût en ces temps de rigueur budgétaire.

La prochaine conférence internationale sur le sida de Melbourne sera peut-être le moment de cette prise de décision par Marisol Touraine, ministre de la santé. Il en coûtera 13.000$ par an par personne. Un peu cher pour une personne séronégative.

Car pour la première fois, la pression s'exerce non pas sur les personnes séropositives qui vivent déjà avec le VIH et qui, depuis trente ans, ont fait tant d'effort pour protéger leurs partenaires. Depuis que l'annonce de l'OMS est connue, les séronégatifs se sentent floués. Pourquoi donc faudrait-il qu'ils avalent un traitement alors qu'ils sont en bonne santé? C'est le monde à l'envers non?

On peut tout de suite les rassurer, en partie. L'Etat va sûrement autoriser la commercialisation du Truvada pour les personnes séronégatives, mais seulement selon des critères très restrictifs. Grosso modo, pourront avoir accès à ce «vaccin thérapeutique» celles et ceux qui sont très exposées au risque ou qui n'arrivent tout simplement plus à porter la capote. C'est loin d'être le profil lambda du gay d'aujourd'hui.

Et puis, on acceptera probablement l'administration du Truvada pour les personnes séronégatives qui tiennent absolument à le prendre de peur de contracter le VIH (ça existe et il faut respecter ce choix). Donc la collectivité ne va pas assumer le coût de la mise sous traitement de l'ensemble des hommes ayant des relations avec des hommes. L'accès restera limité et probablement très sélectif, au cas par cas.

Politiquement, sociologiquement, symboliquement, cette succession de recommandations provenant du CDC d'Atlanta et de l'OMS aura des répercutions immenses. Si la PreP permet de réduire jusqu'à 92% le risque d'infection, le discours autour de la prévention va se caler officiellement sur les pratiques des gays les plus à risque. Il est aussi évident que l'OMS prend aussi cette décision pour contrer les foyers de propagation du VIH dans les pays en voie de développement. Cette révolution s'adresse donc aux fronts les plus têtus de l'épidémie et les marges de l'infection qui sont devenues, en 2014, les noyaux du VIH.

Mais les questions éthiques fourmillent autour de ces décisions. Aides demande au gouvernement de «sortir de l'immobilisme». Mais ce ne serait pas plutôt les gays, justement, qui sont dans l'immobilisme? La question de la prévention gay n'intéresse plus personne, c'est un fait.

Malgré les nouveaux dispositifs de prévention comme le dépistage rapide (dont Aides a pratiquement l'exclusivité de la pratique) n'est toujours pas généralisé aux grandes villes de province —et ne parlons pas des départements d'outre-mer— les gays ne se dépistent pas plus souvent. Le VIH est redevenu un sujet tabou. Donc si les gays les plus hardcore sont particulièrement visés par la décision historique de l'OMS, c'est l'ensemble de l'homosexualité des pays riches qui se trouve confrontée à une ironie inimaginable il y a encore dix ans: traiter des personnes non infectées. Ubuesque, non?

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