Smart Cités

Contre la crise, les immeubles haussmanniens convertis en bureaux doivent redevenir des logements

Jacques Kossowski, mis à jour le 17.07.2014 à 13 h 09

Le député-maire de Courbevoie estime que la crise du logement à Paris pourrait être en partie résolue en réduisant le nombre d'immeubles haussmanniens utilisés pour des bureaux. Tribune.

Vue sur Paris / FlickR CC Giovanibr

Vue sur Paris / FlickR CC Giovanibr

Au risque de rappeler une évidence, si le logement est la préoccupation numéro un de Franciliens c’est d’abord parce que Paris ne propose pas une offre suffisante. Le projet de taxation des bureaux et des appartements vacants par Anne Hidalgo n’y changera rien, ou en tout cas pas grand chose. Il n’est du reste pas évident que ce soit l’objectif prioritaire de ces mesures, tant la municipalité semble avoir besoin de recettes urgentes. 

Pour desserrer l’étau du marché immobilier, il faut frapper plus fort et inverser la tendance qui par cercles concentriques a contaminé toute la banlieue. 

La solution? Redonner leur vocation aux appartements haussmanniens qui ont été transformés en bureau. Seule cette mesure peut recréer une offre significative de logements sur la capitale et engager une baisse des prix. Au grand soulagement des Parisiens, des Franciliens et de leurs élus quotidiennement confrontés à la «galère» qu’est devenue la recherche d’un appartement.

Le problème du logement en Ile-de-France part de Paris

 

Chacun sait que la densité urbaine est déjà extrêmement forte à Paris et qu’il est difficile de trouver de l’espace pour de nouveaux immeubles. Cette faiblesse des constructions n’explique cependant pas à elle seule le haut niveau des prix du logement rencontrés au sein de la capitale. Au déséquilibre chronique entre l’offre et la demande de logement, s’ajoute une appétence prononcée des investisseurs pour les bureaux, jugés plus rentables.

Très clairement, un surinvestissement dans l’immobilier de bureaux est entretenu de fait par des investisseurs soucieux de placer leur argent dans une valeur refuge en temps de crise. Au point que ces investisseurs se spécialisent même dans la reconversion ou la rénovation d’anciens logements en bureaux. Un calcul micro-économique logique, mais une aberration macro-économique au regard des besoins en logement des Franciliens. A ce jour plus d’un million de mètres carré de bureaux sont inoccupés à Paris et participent au maintien de prix très élevés sur le marché immobilier, qui se répercutent sur l’ensemble de la région francilienne.

Ne pas se contenter d’opérations de préemption symboliques

 

Pour rendre le logement plus accessible pour tous, il faut donc percer cette bulle.

Anne Hidalgo a proposé au cours de sa campagne de reconvertir 200.000 m² de bureaux en logement au cours des six prochaines années. Une annonce intéressante, mais qui prend pour le moment la forme de mesures symboliques, menées à coup d’opérations de préemption coûteuses pour la municipalité et donc difficilement généralisables. A cela s’ajoute que ces réalisations visent systématiquement à augmenter l’offre de logements sociaux et ne permettent donc pas de satisfaire la demande des familles de classe moyenne qui ne répondent pas aux critères fixés par les bailleurs sociaux.

Pour espérer obtenir des résultats probants, la ville de Paris doit aller au-delà des ces expériences ponctuelles et enclencher un véritable mouvement de reconversion, porté par les acteurs du marché de l’immobilier. La bataille sera véritablement gagnée le jour où les investisseurs auront compris qu’il n’y plus d’intérêt à spéculer sur l’immobilier de bureaux.

Refuser la reconduction des baux d’anciens logements haussmanniens convertis en bureaux

 

Pour enclencher ce renversement de tendance il faut donc envoyer un signal puissant au marché. Surtout, il faut concentrer l’effort sur les anciens appartements haussmanniens transformés en bureaux, plus facilement reconvertibles et donc moins couteux pour les investisseurs. Pour y arriver, la ville de Paris doit annoncer clairement qu’elle refusera à l’avenir de reconduire les baux concernant d’anciens logements convertis en bureaux, sauf en cas de réhabilitation en logement.

Cette innovation juridique est un choix politique fort, qui demande de faire preuve de volonté et de détermination, mais qui est également la seule à même d’obtenir un changement de comportement notable de la part des investisseurs. Parce que la situation est aujourd’hui particulièrement tendue et parce qu’il n’est plus possible de permettre le maintien de bureaux vides dans une capitale en pénurie de logements, il est légitime d’envisager une mesure contraignante dès lors qu’elle répond à une logique d’intérêt général. Cela d’autant plus que cette proposition présente l’avantage de ne pas engendrer de coût direct pour la collectivité.

Se loger correctement

 

En 2013, Anne Hidalgo indiquait dans son livre-programme Mon combat pour Paris

«Je veux faire le Grand Paris. […] Certes il est encore possible de construire dans la capitale mais les possibilités se réduisent. En revanche, enjamber le périphérique et mutualiser les politiques de logement dans la Métropole permettraient d'aller plus vite et de construire plus en ne repoussant pas les habitants vers la deuxième couronne.»

Enjamber le périphérique pour construire plus: lorsqu’on sait qu’en 2013, Paris et ses 2,2 millions d’habitants a autorisé la construction de 3148 logements, contre le double pour les Hauts-de-Seine, qui compte 600.000 habitants de moins, on est en droit de renvoyer Anne Hidalgo à ses responsabilités. 

A ce jour, c’est bien parce que notre capitale ne propose que trop peu de logements que le prix du mètre carré atteint 8500 euros en moyenne, se répercute sur les villes voisines et empêche l’immense majorité des Franciliens de se loger correctement.

Face au problème majeur du logement francilien, la future métropole du Grand Paris constitue une expérience inédite et ambitieuse. Chacun doit assumer sa part de l’effort et c’est bien en agissant en priorité à Paris, en refusant la reconduction des baux commerciaux dans les anciens appartements haussmannien, que des résultats pourront être obtenus sans engendrer de coûts pour la collectivité. Souhaitons donc que le futur conseil de métropole soit le garant d’un juste équilibre, au service des Franciliens.

 

Jacques Kossowski
Jacques Kossowski (1 article)
Député-maire de Courbevoie
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte