Culture

Une artiste japonaise arrêtée pour avoir enfreint une loi anti-obscénité avec son «bateau-chatte»

Repéré par Charlotte Pudlowski, mis à jour le 16.07.2014 à 13 h 03

Repéré sur Kotaku, The Guardian

Capture d'écran d'une vidéo de présentation du «bateau-chatte» de Megumi Igarashi

Capture d'écran d'une vidéo de présentation du «bateau-chatte» de Megumi Igarashi

Au Japon, où un livre sur le travail de Mapplethorpe a été interdit jusqu'en 2008 car jugé obscène, la justice tolère mal que l'art joue trop avec le sexe. Pas si surprenant donc, que la police ait arrêté cette semaine une artiste qui distribuait des données permettant d'imprimer en 3D des répliques de son vagin.

Comme l'explique le Guardian, Megumi Igarashi (pseudonyme: Rokudenashiko) avait eu recours au financement participatif pour l'un de ses projets: l'impression en 3D de son vagin, modèle pour la construction d'un kayak baptisé le "bateau-chatte".

Elle a été appréhendée après avoir envoyé par mail à 30 généreux contributeurs des données permettant de reproduire son vagin en 3D. Le Guardian précise:

«Si l'art d'Igarashi se place sur la tonalité joueuse et effrontée, sa situation est sérieuse au regard de la loi japonaise: si elle est condamnée, elle pourrait écoper de deux ans de prison ou d'une amende allant jusqu'à 2.5 millions de yen» (environ 18.000 euros). 

Citée par le journal britannique, la militante japonaise Minori Kitahara assure que «le Japon est encore une société où ceux qui tentent d'exprimer la sexualité des femmes sont réprimés, quand celle des hommes bénéficie au contraire d'une très grande tolérance». Mais ces lois anti-obscénité valent aussi pour les parties intimes des hommes, indique Kotaku.

Comme le rappelait un article de l'agence de presse IPS en 2013, le Japon est parmi les pays les plus riches celui qui connaît les plus grandes inégalités entre les sexes. Des inégalités très fortement validées par la société: 51.6% des Japonais considèrent par exemple que les épouses devraient rester à la maison plutôt que de travailler.

Et la sexualité des femmes est bel et bien la plus taboue au Japon. Jusqu'en juin dernier, c'était le seul pays du G7 où détenir des images pédopornographiques était légal —le Japon n'a fait que céder à la pression internationale en pénalisant enfin la possession.

L'artiste Megumi Igarashi voulait précisément repenser la perception du vagin à travers son œuvre: 

«La chatte, le vagin, ce sont de tels tabous dans la société japonaise. Le pénis, au contraire, a été utilisé dans quantité d'illustrations, c'est devenu un motif de la pop culture. Mais le vagin, lui, n'a jamais été vu comme joli. Il est perçu comme obscène parce qu'il est toujours caché; alors que c'est simplement une partie du corps féminin.»

Qu'a pensé la société japonaise en voyant, il y a quelques semaines, l'artiste Deborah de Robertis se poster au musée d'Orsay devant L'Origine du monde, jambes écartées, version vivante de la toile de Courbet?

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