France

Pourquoi la Normandie symbolise les difficultés du redécoupage des régions

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 15.07.2014 à 19 h 03

Repéré sur L'Espace politique

Détail d'une carte du Calvados de 1852 dessinée par le géographe Victor Levasseur. Via Wikimédia Commons.

Détail d'une carte du Calvados de 1852 dessinée par le géographe Victor Levasseur. Via Wikimédia Commons.

Voilà une lecture utile alors que l’Assemblée nationale entame l’examen du redécoupage des régions ce mardi 15 juillet: dans le dernier numéro de la revue L’Espace politique, codirigé par notre collaborateur Joël Gombin, les géographes Arnaud Brennetot et Sophie de Ruffray, de l’université de Rouen, consacrent un article à la réunification des régions Basse-Normandie et Haute-Normandie où ils montrent que même cette fusion, pourtant loin d’être la plus polémique dans les médias, présente des difficultés qui symbolisent celle de la réforme tout entière.

Selon les deux auteurs, il existe des «risques […] à dessiner des périmètres institutionnels sans tenir suffisamment compte du poids des imaginaires collectifs et des sentiments d’appartenance, au point de générer des tensions géopolitiques difficiles à surmonter par la suite». En résumé, la région administrative (que ce soient les deux Normandie séparées ou la «Grande Normandie» réunifiée) ne coïncident pas forcément avec les régions tels que ses habitants et ses acteurs les vivent.

Les auteurs citent l’exemple d’une enquête de 2010 menée auprès d’élus normands auxquels ont demandait de circonscrire la «région» dans laquelle ils se voyaient mener leur action. Résultat: en majorité, ils avaient tendance à raisonner dans le cadre d’une Normandie réunifiée, mais de manière inégale (c'était plus le cas chez les Bas-Normands que chez les Hauts-Normands, qui voient leurs voisins comme «plus ruraux, moins industriels, moins prospères» alors qu’il s’agit d’une «réalité en partie révolue»). Et les régions vues par les élus débordaient dans deux sens différents, les Bas-Normands lorgnant vers l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire) et les Hauts-Normands vers le Bassin Parisien (Picardie, Île-de-France). 

Les auteurs notent que la proposition faite par certains élus hauts-normands d’une fusion des deux Normandie et de la Picardie est d'ailleurs très intéressée, puisque cela permettrait de «positionner Rouen au centre de la future Région et de faciliter son choix comme capitale, contre Caen et Amiens». Car une fois la nouvelle carte des régions adoptées, un nouveau sujet de polémique inépuisable se présentera, le choix des capitales: or, dans le cas normand, «la métropole […] reste à inventer puisqu’aucune des trois principales agglomérations (Caen, Le Havre ou Rouen), prise isolément, ne constitue une métropole en tant que telle».

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