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Pourquoi Manuel Neuer doit avoir le Ballon d'or

Mathieu Grégoire, mis à jour le 15.07.2014 à 10 h 21

Dans une épreuve où les gardiens ont brillé, il a survolé l'épreuve en première classe. La Fifa, qui s'entête avant tout à promouvoir des joueurs offensifs, le comprendra-t-elle?

Le gardien de but allemand Manuel Neuer pendant la finale de la Coupe du monde, le 13 juillet 2014 à Rio de Janeiro. REUTERS/Dylan Martinez.

Le gardien de but allemand Manuel Neuer pendant la finale de la Coupe du monde, le 13 juillet 2014 à Rio de Janeiro. REUTERS/Dylan Martinez.

Son envergure immense a enveloppé le Mondial du début à la fin. À 28 ans, Manuel Neuer a reçu dimanche soir, à l’issue d’une finale impeccable, le Golden Glove, le titre de meilleur gardien du tournoi, et non celui de boxeur le plus percutant.

Ses sorties tous poings dehors auront pourtant marqué les esprits, voire les joueurs adverses. Surtout, Neuer aurait largement mérité le titre de meilleur joueur de la compétition si la Fifa, désireuse de multiplier les catégories, ne cantonnait pas les portiers à un classement annexe, réservant vivats et lauriers à un joueur de champ, le pâle Lionel Messi en l’occurrence. La Fifa s’entête décidément à promouvoir des stars offensives, mi-joueurs de Playstation, mi-têtes de gondole d’équipementiers.

Êtres décidément à part, solitaires jusqu’au bout, les gardiens sont exclus de la liste du Ballon d’Or depuis… 1963 et la récompense glanée par le Soviétique Lev Yachine, seul membre de cette confrérie à avoir remporté le plus prestigieux trophée individuel. Neuer, pourtant auteur d’une année 2013 remarquable et remarquée avec le Bayern Munich, n’a ainsi terminé que 23e de la dernière cuvée, après avoir récolté 0,08% des suffrages, loin derrière Cristiano Ronaldo, Lionel Messi et Franck Ribéry. 

Il avait pris la place d’Iker Casillas dans l’équipe-type des meilleurs joueurs du monde. En 2012, l’Allemand avait recueilli 0,21% des votes, quand Casillas, sixième du classement et alors au sommet de son art, grattait 3,18% des voix.

De Schalke à Münich

Au vu de sa Coupe du monde et de ses prestations en club avec les ogres bavarois, Neuer postule largement au Ballon d’Or 2014. Une récompense qui validerait un parcours linéaire, un long apprentissage du plus haut niveau.


 

Lancé très tôt dans le grand bain à Schalke 04, Neuer a vite épaté par ses réflexes supersoniques et ses aptitudes sur sa ligne, s’inspirant des techniques des gardiens de handball. Il avait ainsi dégoûté toute l’équipe de Porto lors d’un huitième de finale de Ligue des Champions rocambolesque conclu aux tirs au but, en mars 2008. Lisandro et consorts étaient ressortis complètement lessivés par la grande asperge blonde.

Mais Neuer a mis du temps à confirmer. Là où un joueur de champ peut tripler sa valeur marchande en dix bons matches, un gardien peut voir sa saison remise en cause sur trois mauvaises sorties.

Remise en question

Il leur est plus dur de confirmer une période faste. On a pu voir avec nos meilleurs gardiens français, Hugo Lloris et Steve Mandanda, apparaître le terme maudit, accolé par des critiques qui ne veulent pas (trop) blesser: stagnation. Dix lettres pour un échec.

Neuer a connu une grande remise en question à l’été 2011, lors de son transfert au FC Hollywood, le Bayern Munich, pour la somme record de 25 millions d'euros. Trop cher, trop tendre, trop inconstant, trop loin de sa ligne sur certaines actions. 

Une offrande à son adversaire Marco Reus lui vaut des remarques acides. «Le problème de Neuer, c’est qu’il veut relancer trop vite. Il a besoin de jouer plus calmement et libéré», explique au printemps 2012 le vénérable Jupp Heynckes, son entraîneur en Bavière, qui le défend alors en rappelant un fait d’armes: un record d’invincibilité de 1.018 minutes dans sa cage fin 2011, chipé au beaucoup plus véhément Oliver Kahn.

Un Mondial étincelant

Deux ans plus tard, Neuer arrive au Brésil avec une panoplie beaucoup plus complète mais un dos abîmé. Ça ne se verra pas une seconde pendant ce Mondial.

Il prendra bien quatre buts, dont deux des Ghanéens lors du premier tour, mais il marquera les esprits en livrant une prestation stratosphérique face à l’Algérie lors du plus beau match du Mondial à notre goût. Libero, latéral gauche, latéral droit, il joue parfois à 40 mètres de sa ligne, éponge les bévues de la charnière centrale Boateng-Mertesacker, deux colosses très souvent pris dans leur dos et qui mettent un temps fou à se retourner.

«Quand il sort, il n’y va pas n’importe comment. Il a toujours un temps d’avance. C’est une question de placement, il voit loin», estime après la rencontre Nicolas Dehon, l’entraîneur des gardiens du PSG, dans les colonnes de l’Equipe. Très attentif à l’aspect mental, Dehon, qui fait progresser Salvatore Sirigu après avoir poli Steve Mandanda au Havre et à l’OM, apprécie aussi la zen attitude de ce gardien qui n’a rien d’un casse-cou façon Olmeta ou Higuita.

Rationnel, Neuer ne fait pas des parades «pour les photographes», une expression qui s’applique plutôt au spectaculaire Raïs M’Bolhi, le portier de l’Algérie à la trajectoire plus chaotique. Ça ne l’empêche pas de proposer des arrêts marquant les esprits, à l’image de ce poing de cyborg sur le tir de Benzema dans les arrêts de jeu du quart de finale France-Allemagne.

Le gardien parfait?

Bien meilleur qu’avant dans ses dégagements, capable de passer du pied gauche au pied droit (le naturel) sans qu’on s’en aperçoive, Neuer sait décontenancer l’attaquant par sa carrure (1,93m, 92 kg), à l’image de Rodrigo Palacio en finale: l’Argentin force trop son lob quand il le voit fondre sur lui.

«Il doit faire un gros travail d’appuis parce qu’il est très bien sur ses jambes, jamais sur les talons», appréciait encore Dehon dans l’Equipe. Lionel Letizi, entraîneur des gardiens de l'OGC Nice et ancien portier du PSG, abonde:

«Tous les gardiens et entraîneurs de gardien sont bouche bée devant ce qu'il arrive à réaliser. Je n'ai pas vu jouer Yachine, évidemment, mais on m'a dit qu'il avait révolutionné le poste. Et bien, Neuer, qui fait progresser le job de gardien, mérite de lui succéder au palmarès du Ballon d'Or.

 

Iker Casillas excellait dans son style, multipliant les parades sur sa ligne ou les penalty arrêtés. Neuer est encore plus fort, plus complet. C'est simple, il a tout. Il dégage une énorme confiance en lui et a l'air très serein en dehors du terrain. Depuis l'arrivée de Pep Guardiola au Bayern, il évolue très haut sur le terrain comme premier joueur de champ et il me fascine avec sa répétition des sprints et son placement.»

Trêve de louanges. Vous avez compris l’essentiel vous-mêmes, pendant cette Coupe du monde où les gardiens ont brillé. Claudio Bravo, Tim Howard, Kaylor Navas, Rais M'Bolhi ou Sergio Romero se sont illustrés mais Neuer a survolé l'épreuve, en première classe. Die Deutsche Qualität, diront quelques blagueurs. La Qualität tout court, et cela mérite bien un Ballon d’Or.

Mathieu Grégoire
Mathieu Grégoire (29 articles)
Journaliste
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