Culture

La romancière sud-africaine Nadine Gordimer est morte: relisez son hommage à Mandela et son discours de remise du Nobel

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 14.07.2014 à 16 h 37

Repéré sur AFP, Nobel Prize, The New Yorker

Nadine Gordimer, en 1986, dans un township près de Johannesburg. REUTERS.

Nadine Gordimer, en 1986, dans un township près de Johannesburg. REUTERS.

La romancière sud-africaine Nadine Gordimer est morte, dimanche 13 juillet à Johannesburg, à l'âge de 90 ans. Son décès a été annoncé lundi par sa famille dans un communiqué transmis par le cabinet d'avocats Edward Nathan Sonnerbergs, indique l'AFP.

«Ses plus grandes fiertés n'était pas seulement d'avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1991, mais aussi d'avoir témoigné [à un procès] en 1986, contribuant à sauver la vie de 22 membres de l'ANC, tous accusés de trahison», affirme le communiqué. Comme l'explique l'AFP, «elle laisse quinze romans (La fille de Burger, Histoire de mon fils, Personne pour m'accompagner...) et de nombreuses nouvelles (L'Etreinte d'un soldat, Quelque chose là bas...), dont certains ont été interdits sous l'apartheid».

Il est notamment possible de relire en ligne un des derniers textes qu'elle ait écrit, pour le New Yorker, son hommage à Nelson Mandela, en décembre dernier, au moment de la mort de l'ancien président sud-africain:

«Avoir vécu à la même époque et dans le même pays que Nelson Rolihlahla Mandela a été une chance et un privilège pour tous les Sud-Africains. [...] Même quand il n'y avait pas de nouvelles publiques de son état, ou d'indications de ce qu'il devait penser ou prévoir pour poursuivre la lutte pour mettre fin à l'apartheid, il nous restait les déclarations, les discours qu'il avait prononcés quand il était encore présent parmi nous. Pour un esprit comme le sien, "quatre murs ne font pas une prison": l'apartheid ne pouvait être le geôlier de son esprit.»

Ainsi que le discours qu'elle avait prononcé en 1991 pour la remise du prix Nobel. Dans ce texte tissé de références (Borges, Barthes, Lévi-Strauss, Burgess...), elle rendait notamment hommage aux écrivains sud-africains emprisonnés sous l'apartheid ainsi qu'à Salman Rushdie, victime d'une fatwa lancée trois ans plus tôt après la publication de son roman Les Versets sataniques. Extraits:

«L'écriture est toujours et simultanément une exploration de soi et du monde, de l'existence individuelle et collective.»

 

«En ce qui me concerne, j'ai déjà dit que rien de ce que je dis ou écris de factuel ne sera aussi sincère que ma fiction. [...] Je suis ce qu'on appelle, je suppose, un écrivain-né. Je n'ai pas décidé de le devenir. Je ne m'attendais pas, au début, à gagner ma vie en étant lue. J'écrivais, étant enfant, pour le plaisir d'appréhender la vie à travers mes sens [...]

«L'écrivain ne rend service à l'humanité que tant qu'il utilise le Verbe même contre ses propres loyautés; croit que l'existence, telle qu'elle lui est révélée, peut se dresser quelque part, ses filaments complexes de vérité attachés ensembles, ça et là, par l'art; croit que l'existence peut produire quelque part des fragments exprimés avec vérité, le Verbe entre tous, jamais altéré par nos efforts malhabiles pour le formuler et le coucher par écrit, jamais modifié par des mensonges, des sophismes, par des mots salis dans un but raciste, sexiste, de préjugés ou de domination, de glorification de la destruction, d'hymnes ou de malédictions.»

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