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L'Allemagne championne du monde battrait-elle le meilleur club du monde?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 14.07.2014 à 0 h 20

L'Allemagne célèbre sa victoire en finale de la Coupe du monde à Rio de Janeiro, le 13 juillet 2014. REUTERS/Damir Sagolj.

L'Allemagne célèbre sa victoire en finale de la Coupe du monde à Rio de Janeiro, le 13 juillet 2014. REUTERS/Damir Sagolj.

Tout amateur de football qui se respecte a déjà eu ce débat au moins une fois depuis le fin fond de son canapé ou le comptoir du bar du coin: si la meilleure équipe nationale du monde– c'est à dire l'Allemagne pour quatre ans après sa victoire contre l'Argentine (1-0 a.p.)– rencontrait le meilleur club du monde, qui gagnerait?

La question est purement théorique: les compétitions de football sont clairement divisées entre celles qui mettent aux prises des équipes représentant des pays, composées exclusivement de joueurs en ayant la nationalité, et celles qui voient s'affronter des clubs représentant des villes, et comportant souvent des joueurs venus de nombreux pays différents. Il serait d'ailleurs impossible de faire jouer l'équipe d'Allemagne contre le Bayern Munich, étant donné le nombre de joueurs qui évoluent pour les deux...

Si le débat est purement théorique, il ne manque pas d'intérêt et penche généralement en faveur des clubs, qui ont l'avantage de s'entraîner toute l'année ensemble et donc de pouvoir mettre au point des stratégies bien plus poussées que les équipes nationales, avec une meilleure entente entre leurs joueurs. Les plus riches peuvent aussi recruter les meilleurs joueurs du monde, quelle que soit leur nationalité, tandis que les équipes nationales ont un vivier limité par le passeport des joueurs.

Le site FiveThirtyEight a décidé se pencher sur la question à sa manière, c'est-à-dire avec une approche factuelle et statistique. Son journaliste Neil Paine a utilisé les notes du Soccer Power Index (SPI) d'ESPN, qui prennent en compte les résultats internationaux des équipes ainsi que le talent des joueurs qui la composent (leurs statistiques, les résultats de leur équipe lorsqu'ils sont sur le terrain, etc.)

Les notes individuelles des joueurs traduisent leur influence sur la capacité de leur équipe à mettre des buts et à ne pas en encaisser. Lionel Messi, par exemple, vaut 0,62 but de plus par 90 minutes jouées qu'un joueur moyen, et permet à son équipe d'en encaisser 0,03 de moins par 90 minutes, ce qui lui donne une valeur nette de 0,65 but par 90 minute, la plus élevée de tous les joueurs.

En additionnant le score SPI de chaque équipe, Neil Paine a établi un classement qui donne une idée de la quantité de talent dans chaque club ou sélection. Résultat, les trois meilleures équipes du monde, selon cette méthode, sont des clubs (le Real Madrid, le FC Barcelone et le Bayern Munich), assez loin devant le Brésil, l'Argentine, l'Allemagne et l'Espagne. Il faut bien souligner ici que ces chiffres prennent en compte les joueurs qui ont le plus de temps de jeu et incluent donc Neymar et Thiago Silva pour le Brésil, qui étaient tous deux absents lors de la déroute face à l'Allemagne.

 

Ces quatre équipes nationales ont une avance non négligeable sur un deuxième groupe de clubs composé de Manchester City, le Paris Saint-Germain et l'Atletico Madrid.

Selon ces chiffres, arrêtés après les quarts de finale du Mondial, le FC Barcelone de Lionel Messi gagnerait 56% du temps face à l'Argentine du même Messi, si celui-ci pouvait être dupliqué pour jouer contre lui-même. Mais l'Argentine gagnerait 56% de ses matchs contre Manchester City ou l'Atletico. «Les meilleurs équipes nationales seraient favorites (ou au moins partiraient sur un pied d'égalité) contre tous les clubs du monde à part les tous meilleurs», écrit Neil Paine.

En regardant la valeur marchande des équipes grâce aux chiffres du site Transfermarkt, le journaliste est arrivé à un classement à peu près similaire, à la différence notable que l'Espagne arrive en tête. «Une poignée de clubs domine la liste des équipes qui ont le plus de valeur, mais après cela il y a une distribution à peu près égale de clubs et d'équipes nationales qui complètent le top 20», écrit-il.

En dehors d'une dizaine d'équipes nationales capables de rivaliser en théorie avec les meilleurs clubs, les deux classements montrent que le reste des sélections n'est pas à la hauteur des clubs. 33 des 50 meilleures équipes, selon les estimations SPI, sont des clubs.

On peut en conclure que la Ligue des champions est sans doute, comme beaucoup le soupçonnaient déjà, une compétition plus relevée que la Coupe du monde. Le Cameroun, sans doute l'équipe la plus décevante de ce Mondial 2014, aurait sans doute beaucoup de mal à rivaliser avec la plupart des équipes présentes en phase de groupe de la compétition européenne. 

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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