SportsCoupe du monde 2014

Les Allemands vont-ils enfin commencer à aimer Löw?

Annabelle Georgen, mis à jour le 14.07.2014 à 0 h 57

Véritable défouloir national en Allemagne, le sélectionneur était tenu pour personnellement responsable à chaque défaite de la Mannschaft. La victoire magistrale de son équipe au Brésil sera-t-elle célébrée comme étant la sienne? Pas si sûr...

Bastian Schweinsteiger et Joachim Löw après la victoire de l'Allemagne. REUTERS/Michael Dalder.

Bastian Schweinsteiger et Joachim Löw après la victoire de l'Allemagne. REUTERS/Michael Dalder.

Il l'a fait. Joachim Löw a rempli son contrat. Après huit ans à la tête de la Nationalmannschaft, le sélectionneur allemand est enfin parvenu à hisser son pays au firmament du football mondial, dimanche 13 juillet au Maracana face à l'Argentine (1-0 a.p.).

Cette victoire, les Allemands la convoitaient ardemment depuis la grande déception de la demi-finale de Coupe du monde perdue face à l'Italie en 2006 (0-2 a.p.). C'est sous ces cieux moroses que «Jogi» Löw, comme le surnomment les Allemands, prit du galon: suite au départ précipité de Jürgen Klinsmann, qu'il secondait jusque là, c'est lui qui fut choisi pour prendre la suite.

Obnubilé par l'esthétique

Lors des compétitions suivantes, comme un fait exprès, la Mannschaft est toujours parvenue à se hisser très haut avant d'échouer une nouvelle fois dans la dernière ligne droite. Le coupable était tout trouvé... Les supporters allemands se sont même mis à regretter l'efficacité du football martial du Nationalelf des années 1990, en dépit de la beauté du jeu des «Jogi Jungs», les gars de Jogi, en reprochant à Löw d'être un mauvais stratège, obnubilé qu'il serait par l'esthétique.

Ces dernières semaines, les journalistes sportifs allemands accrédités au Mondial n'avaient d'ailleurs cessé de contester les choix du sélectionneur, en particulier sa décision de repositionner le défenseur Philip Lahm en milieu de terrain, avant de le replacer en latéral droit à partir du quart de finale contre la France. Anecdote truculente de l'envoyé spécial au Brésil de l'hebdomadaire Der Spiegel dans le numéro de la semaine dernière:

«Sur une terrasse du village des journalistes Toko Village, situé dans les environs du camp de base allemand pendant la Coupe du monde, trois confrères d'une chaîne de sport s'assoient tous les matins devant un palmier et expliquent à une présentatrice télé en Allemagne que premièrement, Philipp Lahm serait plus mis en valeur en défense qu'au milieu de terrain, et que deuxièmement, ils l'avaient dit dès le début. C'est vraiment la même chose tous les matins.»

Hypothétique départ

Une des questions qui a d'ailleurs le plus occupé la presse allemande durant le Mondial a été celle d'un possible départ de Joachim Löw à l'issue de la compétition: en cas de défaite car ce dernier ne serait définitivement pas à la hauteur, en cas de victoire car ce serait enfin l'occasion pour lui de partir dignement... Ce alors que Löw, dont le contrat a été prolongé par le Deutscher Fussball-Bund, la fédération allemande, jusqu'en 2016, n'a eu de cesse de répéter dans la presse ces derniers mois qu'il resterait à son poste quoiqu'il arrive...

Il faut dire que huit ans passés à entraîner la Nationalmannschaft, c'est long, au regard de la durée des missions de ses prédécesseurs immédiats: à peine deux ans pour Jürgen Klinsmann (2004-2006), quatre pour Rudi Völler (2000-2004), deux également pour Erich Ribbeck (1998-2000). C'est d'ailleurs la première fois de sa carrière d'entraîneur que l'ex-footballeur fait preuve d'une telle longévité.

À voir les grandes lignes de son parcours en zigzag, entrecoupé de plusieurs périodes de chômage, c'est peu dire que Löw semblait avoir la poisse: quatre ans au VfB Stuttgart, à peine une saison à Fenerbahçe, même pas une à Karlsruhe (où il se fait virer en raison des mauvais résultats de son équipe), un passage éclair au Adanaspor, moins d'une année au FC Tirol Innsbruck, qui s'achève par la mise en faillite du club, puis quelques mois à l'Austria Vienne, avant de se faire une nouvelle fois remercier à la suite d'une défaite cuisante.

Mannequin pour Nivea

En plus de mettre en doute ses qualités de sélectionneur, les journalistes sportifs et les passionnés de foot allemands ont tendance à se moquer de Löw à toutes les sauces. Bel homme, extrêmement photogénique, le sélectionneur à l'allure de mannequin –il prête d'ailleurs son sourire au fabricant de cosmétiques Nivea– est un fantasme pour beaucoup de supportrices allemandes, mais attise les rancoeurs chez la gent masculine.

Les Allemands adorent se moquer de ses cheveux teints –à 54 ans, «Jogi» affiche en effet une belle coupe au bol noir de jais, qui jure pas mal avec ses tempes grisonnantes – et de sa sale manie de se curer le nez pendant les matches et de serrer la main aux joueurs juste après. Il est aussi critiqué pour l'air sordide qu'il affiche en permanence durant les matches: même lorsque la Mannschaft marque un but, ses traits restent crispés par la nervosité qui l'habite. Par dessus le marché, il ne mettrait donc pas assez de cœur à l'ouvrage!

Un accent souabe à couper au couteau

Autre motif de raillerie: sa voix. Löw est originaire d'un petit village de la Forêt Noire, dans le Bade-Wurtemberg, dans lequel il habite d'ailleurs toujours. Fatalement, il est affligé d'un accent souabe à couper au couteau, équivalent allemand de l'accent auvergnat, qui horrifie particulièrement les Berlinois.

Autre bassesse qui ressort régulièrement dans les conversations entre supporters: il serait difficile de comprendre ce qui le retient près de Daniela, la femme qui partage sa vie depuis 36 ans, tant elle détonne dans le cercle lissé et bistourisé des femmes de footballeurs.

Même en rentrant en Allemagne avec la Coupe du monde, Löw risque fort de passer au second plan aux yeux du monde du foot allemand, derrière la Mannschaft victorieuse, et devoir attendre encore quelques années avant de pouvoir rejoindre le panthéon des entraîneurs de légende dans l'imaginaire collectif des Allemands... Le temps que ses concitoyens se trouvent un autre bouc émissaire.

Annabelle Georgen
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