Quelles options militaires pour Israël à Gaza?

Des chars israéliens en position à l'extérieur de la bande de Gaza, le 10 juillet 2014. REUTERS/Baz Ratner.

Des chars israéliens en position à l'extérieur de la bande de Gaza, le 10 juillet 2014. REUTERS/Baz Ratner.

Il fait face à une guerre asymétrique qu’il peut difficilement gagner sans l’utilisation d’autres stratégies militaires que le bombardement.

Que va faire l’armée israélienne? Le bombardement des hangars de matériel militaire, des rampes de lancement de missiles et des usines de fabrication locale de roquettes a été la stratégie de Tsahal lors des premiers jours de l’opération Barrière de Protection.

Malgré la qualité du renseignement et la précision des tirs de l’aviation, rien ne pouvait empêcher les dégâts collatéraux. Il est légitime de se poser la question: pourquoi les frappes ciblées de l’armée israélienne arrivent à réduire un véhicule en cendres en visant des chefs terroristes, sans occasionner la mort collatérale de civils, alors que la destruction d’une rampe de lancement de roquettes peut détruire une famille?

Tsahal explique ces morts par l’inconscience des dirigeants militaires islamistes, qui utilisent intentionnellement des civils comme boucliers humains. Il donne pour preuve irréfutable le fait que le QG opérationnel du chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, est installé au sous-sol du plus grand hôpital de Gaza. L’armée se justifie en diffusant auprès de la presse des vidéos de frappes sur des bâtiments civils qui abritaient sur leurs toits des rampes de lancement de roquettes.

Les frappes ne pouvant pas être précises quand le Hamas place les centres de commandement et de stockage d'armement dans les zones civiles, les populations civiles sont prévenues à l’avance des tirs que l’aviation a planifiés sur des habitations. Mais cela ne suffit pas. Surtout quand, selon l’armée israélienne, le Hamas demande aux résidents de ne pas quitter leurs habitations.

Une guerre asymétrique

Israël fait donc face à une guerre asymétrique qu’il peut difficilement gagner sans l’utilisation d’autres stratégies militaires.

L’opération terrestre est certes la plus efficace en termes de ciblage des terroristes mais elle est hautement dangereuse pour les soldats israéliens. Les combattants du Hamas ont montré aux journalistes comment ils avaient piégé des rues en construisant des souterrains remplis d’explosifs, en enterrant des missiles dans des égouts pour les activer rapidement et en créant des hangars pour stocker les armes et les munitions accessibles par l’entrée de certains immeubles.

Cela explique l’hésitation du gouvernement israélien à lancer une opération terrestre. Comme durant la guerre du Liban en 2006, l’armée est attendue de pied ferme par les membres du Hamas, qui veulent la faire tomber dans le piège d’un combat de rues truffées d’explosifs. La seule issue de Tsahal pour limiter ses pertes humaines serait alors de nettoyer le terrain en détruisant massivement les bâtiments civils au moyen de bulldozers et d’explosifs afin d’ouvrir un chemin à ses tanks.

Mais l’opération terrestre sera difficile car le Hamas a amassé des milliers de fusées introduites par les tunnels de contrebande entre Gaza et l’Egypte, du temps où ils fonctionnaient. De nombreuses armes en provenance d’Iran étaient acheminées et stockées à Gaza, et le Hamas est loin de les avoir épuisées malgré les coups de l’aviation israélienne.

Avantages de l'opération terrestre

L’opération terrestre, si dangereuse soit-elle parce qu’elle occasionnerait beaucoup de pertes humaines, dispose pourtant de plusieurs avantages. Les troupes au sol permettent une collecte d’informations de haut niveau permettant à l’aviation d’améliorer ses capacités de destruction. Elles limitent, sinon interdisent, les déplacements des combattants du Hamas, dont les actions seraient alors terriblement réduites. Elles peuvent concentrer leurs opérations sur la recherche de lanceurs de roquettes.

Les missiles israéliens sont inefficaces contre les tunnels où sont enfouies des tonnes d’explosifs. Seules des troupes au sol peuvent les détecter et les détruire.

À noter cependant un élément nouveau par rapport aux opérations précédentes: l’opération terrestre ne serait pas entravée par les tunnels de contrebande. En effet, la fermeture de la frontière avec l’Égypte empêcherait le réapprovisionnement en matériel en provenance du Sinaï.

Enfin, les troupes au sol pourraient occuper le fameux corridor de Philadelphie. Le contrôle de cette route, qui longe la frontière avec l’Égypte, assècherait les approvisionnements en provenance du Sinaï et bloquerait le passage de terroristes dans les deux sens.

Opérations de commandos

Le lancement d’opérations ponctuelles de commandos est la troisième option du haut commandement militaire israélien, qui dispose d’unités aguerries et très entraînées.

Le Sayeret Matkal, commando d’état-major, désigne l'unité des forces spéciales de Tsahal. Elle est composée des meilleurs soldats d’Israël, étant une des rares unités à avoir un entrainement pluridisciplinaire. Ses principales fonctions sont la lutte contre le terrorisme, la reconnaissance et le renseignement militaire. Cette unité est d'abord et avant tout un moyen de collecte de renseignements, notamment derrière les lignes ennemies. Ses missions sont classées confidentielles.

Un autre commando est réputé: le Shayetet 13, unité d'élite des forces spéciales navales de l'Armée de défense d'Israël. Elle intègre des nageurs de combat spécialisés dans les incursions terrestres par la mer.

C’est ce commando qui a effectué une mission la nuit dernière, dont le but était de repérer les sites de lancement de fusées à longue portée du Hamas destinées au centre du pays, Tel-Aviv en particulier. Il a attaqué et détruit un bâtiment à Gaza, d'où des dizaines de roquettes à longue portée ont été tirées sur Israël pour atteindre le ciel de Tel-Aviv.

Normalement, ses missions sont secrètes et l’on ignore si d’autres commandos ne sont pas déjà intervenus dans la bande de Gaza. On a appris l'existence de sa dernière mission que parce que quatre membres du commando ont été blessés et hospitalisés à l’hôpital d’Ashkelon.

Les conditions de la mort de certains soldats israéliens au Liban en 2006 montrent que ces missions restent peu médiatisées et dangereuses pour les militaires israéliens. Mais elles semblent les plus adaptées et les moins meurtrières pour les populations civiles de Gaza.

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