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Les finales de Coupe du monde de l'Allemagne, une histoire de penaltys

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.07.2014 à 11 h 11

Siffler un penalty est une rareté lors de l’ultime match d’une Coupe du monde. Lors des 19 précédentes finales, il n’y en a eu que cinq, dont quatre réussis. Quatre ont concerné un match avec l’Allemagne, le plus controversé d’entre tous ayant scellé le destin de la finale de 1990 entre… l’Allemagne et l’Argentine.

Le gardien argentin Goycoechea encaisse le penalty de l'allemand Brehme en finale de la Coupe du monde 1990. REUTERS/Herbert Knosowski.

Le gardien argentin Goycoechea encaisse le penalty de l'allemand Brehme en finale de la Coupe du monde 1990. REUTERS/Herbert Knosowski.

Pour la troisième fois en vingt finales du Coupe du monde, un Italien arbitrera l’ultime rencontre de la compétition planétaire de football. Après Sergio Gonella, au sifflet à Buenos Aires en 1978 pour Argentine-Pays-Bas, et Pierluigi Collina, à la manœuvre à Yokohama en 2002 pour Brésil-Allemagne, Nicola Rizzoli, âgé de 42 ans, a hérité de cette lourde charge à Rio, pour cet Argentine-Allemagne pendant lequel il n’aura pas le droit à l’erreur sous peine de se retrouver désigné comme coupable pour l’éternité par l’un des deux camps si l’une de ses décisions venait à faire basculer le sort de la rencontre.

La pression est tellement forte que jamais un arbitre n’a officié deux fois à ce stade de la compétition: vingt finales, vingt arbitres différents. Quatre ans après avoir raté sa finale en Afrique du Sud en se montrant trop souple face à l’agressivité des Néerlandais contre les Espagnols, le Britannique Howard Webb, dont le nom circulait à nouveau ces derniers jours pour ce sommet brésilien, a finalement été recalé.

Plus de mésaventure comme en 1966

Au moins Nicola Rizzoli sait-il déjà qu’il ne pourra pas revivre la mésaventure vécue par le Suisse Gottfried Dienst, qui avait dirigé la finale de 1966 à Londres entre l’Angleterre et l’Allemagne et avait accordé le but le plus contesté des 19 précédentes finales de Coupe du monde. En effet, la technologie mise en place à l’occasion de ce Mondial brésilien, et qui permet à l’arbitre de savoir si le ballon a franchi ou pas la ligne, lui évitera de commettre la probable bévue de Dienst il y a 48 ans.

Rappel des faits, survenus à la 100e minute alors que le score était de 2-2. Après un centre d’Alan Ball, le ballon de l'attaquant anglais Geoff Hurst heurta la barre transversale et rebondit au sol. Sur, devant ou derrière la ligne? «J'étais assez loin du but, à 20 mètres environ, raconta Gottfried Dienst à l’époque. Il m'a semblé que la balle franchissait la ligne, mais je doutais. Je n'aurais sans doute pas accordé le but si je n'avais pas vu mon juge de touche de droite [un Soviétique nommé Tofik Bachramov, ndlr] esquisser un pas vers le centre du terrain. Je l'ai donc consulté et il a été affirmatif. Il m'a montré avec ses deux mains que le ballon avait rebondi au sol vingt centimètres environ derrière la ligne de but. Je ne pouvais plus hésiter.»

Ce jour-là, les Allemands eurent le sentiment d’avoir été clairement volés à cause de ce but probablement imaginaire. Une étude scientifique menée en 1996 par deux chercheurs de l’université d’Oxford avait prouvé qu’il s’en était vraisemblablement fallu d’au moins six centimètres pour que le tir de Geoffrey Hurst puisse être qualifié de but.

Moins de 6% des buts

Pour Nicola Rizzoli, le nouveau soutien technologique est donc une aide importante dans un contexte aussi tendu, mais elle ne l’exonèrera pas d’autres décisions importantes, à commencer peut-être par celle de devoir siffler un penalty. C’est une statistique presque surprenante mais, en 19 finales de Coupe du monde, au cours desquelles 70 buts ont été marqués (29 en première mi-temps, 35 en deuxième, 6 en prolongation), il n’y a eu que cinq penalties sifflés, dont quatre réussis (5,7% du total des buts marqués en finale): seul Antonio Cabrini a manqué le sien, lors de la finale 1982 entre l’Italie et l’Allemagne à Madrid.

Avant 1974, les neuf premières finales de Coupe du monde avaient toutes été bizarrement épargnées par ce type de décision extrême. Mais lors de la finale entre l’Allemagne et les Pays-Bas à Munich, histoire peut-être de se «rattraper», il y eut carrément deux penaltys sifflés par le Britannique Jack Taylor, boucher à Wolverhampton, qui n’hésita pas à désigner le point de penalty après seulement… 70 secondes de jeu et, de surcroît, en faveur des Néerlandais devant 80.000 Allemands médusés. 


En slalomant dans la défense allemande, Johan Cruijff venait d’être fauché par Uli Hoeness. Johan Neeskens devenait ainsi le premier joueur à inscrire un penalty en finale d’une Coupe du monde. Vingt-trois minutes plus tard, il était suivi par l’Allemand Paul Breitner après une faute commise sur Bernd Hölzenbein. Les Allemands arracheront la décision à la 43e minute grâce à Gerd Müller, dans une attitude typique de buteur.

En 1982, l’arbitre brésilien Arnaldo Coelho, lors de la finale Italie-Allemagne à Madrid, ne mollit pas non plus à la 24e minute quand Bruno Conti fut envoyé au sol par Hans-Peter Briegel dans la surface allemande. Hélas pour lui, avec un tableau de score à 0-0, Antonio Cabrini tira à côté du but de Harald Schumacher. Au final, un raté sans trop de dommages puisque les Transalpins triomphèrent 3-1.


La chute de Rudi Völler

Il fallut attendre 1990 pour voir un nouveau penalty réussi en finale, à Rome, lors d’un affrontement entre… l’Allemagne et l’Argentine. Un penalty que les Argentins n’ont pas oublié tant il était contestable, et tant surtout il a scellé le sort du match puisqu’il a été sifflé à la 85e minute quand le score était de 0-0. L’homme en noir était Mexicain et s’appelait Edgardo Codesal.


Lancé par une ouverture de Lothar Matthäus, Rudi Völler était à la lutte, au coude à coude, avec Roberto Sensini et tomba lourdement dans la surface. L’Argentin avait seulement joué le ballon mais l’Allemand trouva grâce auprès de l’arbitre, qui siffla ce penalty transformé par Andreas Brehme. Edgardo Codesal, héros involontaire de cette finale au cours de laquelle il expulsa deux Argentins: Pedro Monzon, dès la 65e minute –jamais un joueur n’avait été expulsé en finale de Coupe du monde– puis Gustavo Dezotti à la 87e, dans l’énervement général de la fin de la rencontre.

«L’arbitre était un incapable, il n’avait pas le sang-froid nécessaire pour une finale de Coupe du monde, se lamenta Diego Maradona. Il doit être satisfait. Il a rendu heureux les Italiens et les Allemands. Ces derniers ont mieux joué, mais ils n’arrivaient pas à marquer. Alors, ils ont pensé à Codesal. Il n’y avait pas penalty sur Völler. Je suis triste, amer et furieux. J’aurais préféré perdre 4-0 que de cette manière.»

Le dernier à Berlin

En 2006, à Berlin, l’arbitre argentin Horacio Elizondo fut, comme Jack Taylor en 1974, très prompt à siffler un penalty lors de la finale entre l’Italie et la France. Dès la 7e minute, lors d’un contact entre Florent Malouda et Marco Materazzi dans la surface italienne, il prit ses responsabilités, même si le ralenti ne permettait pas de se faire une idée sur l’impact réel du défenseur italien. Les quelques secondes suivantes appartiennent à la légende de Zinedine Zidane avec son penalty «à la Panenka», plein de panache compte tenu de la prise de risque ahurissante en ces circonstances écrasantes (la technologie aurait pu ne pas être inutile dans ce cas précis, car le ballon avait franchi la ligne d’assez peu). 


A la 110e minute, Horacio Elizondo adressa un carton rouge au même Zidane pour le tout aussi célèbre coup de boule qui mit Materazzi au tapis. Mais là, il n’y avait pas de discussion possible…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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