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Pour les États-Unis, espionner l'Allemagne est une «nécessité»

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 13.07.2014 à 10 h 50

Repéré sur Frankfurter Allgemeine Zeitung, Die Zeit

L'ancienne base de la NSA près de Munich. REUTERS/Michaela Rehle.

L'ancienne base de la NSA près de Munich. REUTERS/Michaela Rehle.

Alors que la NSA est au cœur d'un nouveau scandale en Allemagne avec la découverte d'un agent double au sein des services de renseignements allemands, le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung publie une tribune signée du journaliste américain James Kirchick, spécialiste de la politique étrangère des États-Unis, qui tente d'expliquer pourquoi la NSA a tout intérêt à tendre ses grandes oreilles vers Berlin. Selon lui, l'Allemagne représente un danger potentiel pour les États-Unis en raison de ses liens étroits avec deux de ses grands ennemis, la Russie et l'Iran:

«Si l'on tient compte des relations économiques et politiques intensives qu'entretient l'Allemagne avec la Russie et l'Iran et que l'on prend en considération le fait que Moscou, durant des décennies, depuis le début de la Guerre froide jusqu'à nos jours, a formé sur place les employés de ses services secrets, alors les services secrets américains seraient fous s'ils ne conduisaient pas d'opérations d'espionnage intensif en Allemagne.»

Le journaliste américain rappelle que Berlin, du temps de la Guerre froide, était un véritable «nid d'espions», le «Ground zero de l'espionnage», et que même un quart de siècle après la chute du Mur, la ville n'a pas perdu son pouvoir d'attraction vis-à-vis des services secrets russes, ce qui rendrait indispensable la présence sur place des services secrets américains.

Tout en condamnant fermement la mise sur écoute du téléphone portable d'Angela Merkel, James Kirchick estime que la réserve dont a fait montre le gouvernement allemand vis-à-vis de la crise ukrainienne ces derniers mois donne aujourd'hui aux États-Unis toutes les raisons de s'inquiéter au sujet de l'Allemagne et de garder un œil sur leur «partenaire» européen:

«Au vu de l'indignation péremptoire [de l'Allemagne vis-à-vis du scandale de la NSA, ndlr], on pourrait supposer que les Allemands étaient également en colère contre la Russie, un pays qui a commis la première annexion territoriale sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Comparée à sa réponse hystérique à l'espionnage américain, sa réaction mesurée vis-à-vis du comportement insolent de la Russie montre pourquoi les États-Unis considèrent comme nécessaire de mener des opérations d'espionnage en Allemagne: Berlin est devenu un partenaire qui inspire moins de confiance.»

Le gouvernement allemand a sommé cette semaine le représentant de la CIA à l'ambassade américaine à Berlin de faire ses valises, comme le rapportait jeudi Die Zeit, qui juge cette décision bien trop symbolique à l'égard de l'affront que représente pour son pays ce nouveau scandale d'espionnage. Selon l'hebdomadaire, ce n'est pas un diplomate mais les centaines d'espions de la NSA déployés sur le territoire allemand qui devraient être expulsés.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (342 articles)
Journaliste
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