Parents & enfants

Les longues semaines de vacances ne doivent pas devenir une école bis mais...

Thomas Messias, mis à jour le 12.07.2014 à 8 h 51

...Il existe quelques trucs à faire pour que vos enfants s'entretiennent.

Andernos, en juillet 2013. REUTERS/Regis Duvignau

Andernos, en juillet 2013. REUTERS/Regis Duvignau

La reconquête du mois de juin n’a pas vraiment eu lieu. Officiellement, les vacances d’été ont démarré samedi 5 juillet, mais les examens divers et variés ont souvent raison de la fin de l’année scolaire. Les collégiens dont l’établissement sert à faire passer le brevet sont généralement congédiés avant la date de l’examen (c’était le cas le 25 juin cette année), sans compter le fait que les conseils de classe du troisième trimestre ont généralement lieu en début de mois. Grâce à l’accord de certains parents jugeant l’année close à partir du moment où le dernier bulletin a été édité, une partie des élèves s’est donc sentie libre dès les premiers jours du mois de juin.

Du côté des élèves de seconde, c’est presque pire: seule classe de lycée à ne passer aucun examen en fin d’année, elle est officiellement libérée fin mai - début juin, pour mieux laisser le champ libre aux différents examens se déroulant généralement au sein de l’établissement.

De ce fait, beaucoup d’élèves se retrouvent avec une dizaine, voire une douzaine, de semaines de vacances d’été. Un véritable tunnel loin d’être désagréable mais qui, placé sous le signe de la totale oisiveté, a de quoi effrayer les parents: et si leurs chers petits prodiges se transformaient peu à peu en gros ramollis du bulbe sous l’effet de trois longs mois d’inactivité?

On entend déjà certains parents dire qu’une heure quotidienne de cahier de vacances permettra d’éviter toute déconfiture ou qu’un stage chez Acadomia les fera démarrer sur les chapeaux de roue en septembre.

La vérité, c’est que nos jeunes ont d’abord besoin de se reposer. Sortant éreintés d’une année scolaire marathon (quel qu’ait été leur rythme de travail), il leur faut changer d’air, que ce soit en zonant devant la télé ou en multipliant les activités avec leurs amis. C’est primordial pour éviter le burnout et la déprime. Même un job d’été (pour les plus âgés) vaut mieux que de continuer les cours: l’essentiel, c’est de se couper de l’univers scolaire. Au moins pour un temps.

Pour autant, cela ne signifie pas qu’il faille priver les jeunes vacanciers de toute activité intellectuelle. Mais leur faire retravailler en intégralité le programme de chaque discipline étudiée au cours de l’année écoulée n’est pas forcément l’idéal. D’abord parce que les parents ne doivent pas se prendre pour des enseignants: ils peuvent aider à faire les devoirs et à réviser les leçons, mais ne disposent pas de toutes les compétences pour se substituer aux profs (le CAPES et l’agrégation ne sont pas des diplômes en carton). Ensuite parce que l’essentiel n’est pas de noyer les élèves sous une avalanche de connaissances, mais plutôt de continuer à stimuler leur matière grise.

Point fondamental: la lecture. Leur faire choisir les romans qui les attirent, même si c’est de l’ultra easy reading, et ne pas proscrire bandes dessinées, magazines ou sites Internet (l’occasion de leur faire découvrir Slate.fr si ça n’est pas déjà fait). Ne pas avoir l’air de les évaluer, mais vérifier en toute bienveillance qu’ils ont bien lu ce qu’ils disent avoir lu.

Profiter d’un livre de cuisine ou d’une carte routière pour les forcer à chercher l’info. De plus en plus, les professeurs attendent des élèves qu’ils allient un certain nombre de connaissances (enseignées dans l’année) à une foule d’autres qualités (intuition, logique, culture). Les vacances d’été doivent avant tout servir à entretenir ces dernières.

Parents de collégiens, rassurez-vous: les professeurs les plus humains (et ils sont nombreux) tiennent généralement compte des mois d’inactivité qui ont précédé la rentrée. Sans pour autant commencer par de longues semaines de remise à niveau (la longueur du programme les en empêche), ils n’hésiteront pas, surtout en début d’année, à revenir brièvement sur une notion utile.

En revanche, certains fondamentaux ne doivent pas être négligés. Côté mathématiques par exemple, un professeur de quatrième tolèrera difficilement que ses élèves balbutient leurs tables de multiplications ou ne sachent pas effectuer un produit en croix (la fameuse règle de trois). Des aptitudes pratiques qui peuvent être travaillées à l’improviste.

Et pour les booster en calcul mental, pourquoi ne pas utiliser smartphone ou tablette en utilisant par exemple la très bonne appli gratuite Roi des maths (disponible pour iOS et Android), où il s’agit de gravir les niveaux en répondant aussi vite que possible à des questions de calcul mental.

Dans le même ordre d’idée — c’est fou comme certains gamins sont beaucoup plus motivés dès qu’il s’agit de travailler sur support numérique —, les applis Brevet des collèges 2014, Bac L, Bac ES, Bac S et Bac STMG éditées par Digischool, sont franchement recommandables, puisqu’efficaces, gratuites, et disponibles sur les différents stores.

Même la Coupe du monde de football peut servir de base. Calculer la différence de buts de chaque équipe, le nombre moyen de buts et de cartons par match, le pourcentage de passes réussies par Lionel Messi… tous les prétextes sont bons pour faire des maths pendant quelques minutes.

Reste le travail des langues vivantes. Là, l’idéal serait de faire lire et écouter la ou les langues en question. Pourquoi pas en proposant une énième projection du film fétiche de votre ado, mais en VO sous-titrée (en français ou même en anglais) à la place de la VF qu’il/elle connaît par cœur. C’est certes plus facile pour l’anglais que pour l’allemand…

Le dernier point capital concerne l’écriture. Trois mois sans utiliser un stylo, ça peut être fatal (j’en ai fait l’expérience). Ecriture moins lisible, plus lente… L’air de rien, c’est assez handicapant. On se sent comme un footballeur qui devrait jouer un match de haute importance sans s’être entraîné lors des trois derniers mois. Qu’ils écrivent un journal intime ou des cartes postales à leur mamie, arrangez-vous pour qu’ils sachent encore écrire le jour de la rentrée.

Pour le reste, laissez-les tranquilles et aidez-les à aller bien. Un enfant épanoui et ouvert au débat, c’est un élève qui participera en classe, posera des questions, s’intéressera de plus en plus au monde qui l’entoure. Il ne faut en aucun cas transformer les grandes vacances en école bis : c’est anti-constructif et cela risque principalement de faire naître le conflit.

Thomas Messias
Thomas Messias (139 articles)
Prof de maths et journaliste
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