SportsCoupe du monde 2014

Cinq bonnes raisons de regarder le match pour la troisième place de la Coupe du monde

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 12.07.2014 à 16 h 02

Ou pourquoi ce match qui ne sert à rien sert parfois à quelque chose.

La médaille de bronze de la Coupe du monde 2010. REUTERS/Carlos Barria.

La médaille de bronze de la Coupe du monde 2010. REUTERS/Carlos Barria.

C'est apparemment entendu: le match pour la troisième place ne sert à rien. «Un spectacle annexe sans intérêt auquel il faut mettre fin», tranche l'influent journaliste britannique Henry Winter. «Je pense que ce match ne devrait pas avoir lieu, je le dis depuis dix ans», s'est plaint le sélectionneur néerlandais Louis Van Gaal après la cruelle défaite de son équipe en demi-finale.

Le Los Angeles Times note lui que ce genre de match est en voie de disparition du sport américain (de même que de l'Euro, depuis 1984) et le New York Times que «la dernière chose à laquelle veulent penser» les battus des demi-finales, c'est le football.

La critique n'est pas nouvelle. Déjà, en 1986, L'Équipe écrivait, dans son compte-rendu du match France-Belgique (4-2 a.p.):

«C'est certainement un match qui n'a pas grande raison d'être [...] et ce serait sans doute une bonne chose d'envisager sa suppression. [...] Un match de trop, un match amical, un match d'avant ou de fin de saison.»

Vous voulez encore une preuve que le match pour la troisième place, c'est le mal? Il a commencé sous le signe du point Godwin: le premier jamais organisé a été remporté par l'Allemagne nazie.

Souvent organisée dans des villes «secondaires» de la compétition (celui de cette année a lieu à Brasilia mais, lors d'éditions précédentes, on en a vu à Bordeaux, Puebla, Alicante, Daegu, Port Elizabeth...), cette rencontre vaut pourtant mieux que sa réputation. Voici donc cinq raisons plus ou moins bonnes d'allumer votre téléviseur, ce soir, sur les coups de 22 heures pour déguster, en attendant la grande finale, ce qui est un peu le trou normand de la Coupe du monde.

1.Il y aura des buts...

Depuis 1934, le match pour la troisième place a produit en moyenne près de 3,8 buts par match, contre 3,7 pour la grande finale. Mais ces moyennes assez proches dissimulent en fait des tendances opposées: après un creux dans les années 70, les matchs pour la troisième place sont plutôt fertiles, avec au minimum trois buts par match depuis 1978. À l'inverse, depuis 1990, aucune finale de Coupe du monde n'a produit plus de trois buts. 

En 2010, l'Allemagne avait battu l'Uruguay pour la troisième place (3-2)

Bref, si vous voulez voir des buts, zappez dimanche soir et réservez votre samedi. Le match pour la troisième place, c'est l'anti-calcul, c'est la rencontre qu'on veut gagner le plus vite possible en prenant des risques: seulement une édition s'est terminée en prolongation, et aucune aux tirs au but.

2..... et peut-être même de beaux buts

Sans le match pour la troisième place, on n'aurait jamais eu le droit à cette percée du Polonais Lato, en 1974 contre le Brésil.


Ou à cette merveille de frappe à effet du Brésilien Nelinho en 1978.


Ou encore à ces frappes canon du Néerlandais Zenden, en 1998, et de l'Allemand Schweinsteiger, en 2006.




 

3.Et pourquoi pas un nouveau meilleur buteur?

La petite finale est l'endroit idéal, pour les joueurs bien placés au classement des buteurs, pour tenter d'ajouter quelques unités à leur compteur en prenant souvent leur chance, ou en récupérant les penaltys généralement attribués à leurs collègues en temps normal. Leonidas en 1938, Toto Schillaci en 1990, Davor Suker en 1998 et Müller en 2010 ont ainsi conquis leur couronne lors de cette dernière rencontre.

En 1990, Toto Schillacci avait conquis le titre de meilleur buteur en marquant un penalty à cinq minutes de la fin contre l'Angleterre (2-1).

Avant le match de samedi soir, le mieux placé est le Néerlandais Robben (trois buts, une passe décisive). Pour dépasser le Colombien James Rodriguez (six buts, deux passes décisives), il lui faudra marquer quatre buts, ou trois buts et faire deux passes décisives. Ça vous paraît totalement impossible? Mais voyons, c'est la défense brésilienne en face! (et puis, après tout, Just Fontaine en avait bien collé quatre à la RFA en 1958 pour atteindre son total historique de treize buts).

4.Cela va être un spectacle sadique

Le match pour la troisième place a souvent été une récompense pour des outsiders ayant fait un beau parcours: la Pologne 1974 et 1982, la Suède et la Bulgarie en 1994, la Croatie en 1998, la Corée du Sud et la Turquie en 2002, l'Uruguay en 2010… Parfois, elle a aussi offert l'occasion d'une sortie en beauté pour l'équipe hôte battue en demi-finale: le Chili en 1962, l'Italie en 1990, l'Allemagne en 2006.

Rien de tel ici: programmé pour gagner «sa» Coupe du monde, le Brésil sort totalement traumatisé de sa déroute en demi-finale à domicile contre l'Allemagne; les Pays-Bas, qui collectionnent les places d'honneur depuis quarante ans (finalistes en 1974, 1978 et 2010, quatrièmes en 1998), n'ont pas grand-chose à gagner à une médaille de bronze au fort goût de chocolat. Bref, ce match de classement va être a priori l'occasion d'un spectacle rare, celui de regarder deux équipes qui n'ont vraiment pas très envie de jouer.

5.Cela va être un match de foot (et tout peut se produire)

Rappel des épisodes précédents. C'est une Coupe du monde qui a commencé par un but contre son camp, qui s'est poursuivie par une déroute historique du champion en titre, un but au bout de 25 secondes de jeu, un 0-0 attendu qui se transforme en match à sept buts, une morsure, un tir sur la barre qui reste gravé dans la peau, un goal volant et un autre qui bat le record d'arrêts, un gardien qui rentre seulement pour les tirs au but, un record absolu de buts dans l'histoire du Mondial pour un attaquant, le pays organisateur et plus grande nation de l'histoire du foot qui prend 1-7 en demi-finale à domicile et un tir au but à effet rétro. Et vous voudriez rater une minute de ce spectacle?


En 2002, pourquoi donc aurait-il fallu regarder, à l'heure du déjeuner en Europe, l'opposition entre les outsiders coréens et turcs, après une compétition globalement décevante? Au bout de onze secondes de jeu, grâce à Sukur, on avait la réponse: pour voir le but le plus rapide de l'histoire de la compétition. La preuve que l'histoire du foot peut frapper n'importe où, même dans un match qui ne sert à rien.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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