Ne vous trompez pas: à Gaza, Israël fait tout pour minimiser les pertes civiles

Une frappe à Rafah, le 10 juillet 2014. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Une frappe à Rafah, le 10 juillet 2014. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Et on ne peut pas en dire autant du Hamas.

Selon bon nombre de ses détracteurs, Israël serait en train de massacrer des civils à Gaza. Pour un membre arabe du parlement israélien, son armée «élimine délibérément des familles entières». Pour Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, Israël est en train de commettre un «génocide –le meurtre de familles entières». Et selon l'Iran, il s'agit de «massacres contre des Palestiniens sans défense».

De telles accusations sont fausses. Selon les standards de la guerre, les efforts que déploie Israël pour épargner les civils sont exemplaires.

Ce combat n'a pas été décidé par Israël. Selon le Hamas et le Djihad Islamique, les deux organisations terroristes qui contrôlent Gaza, Israël aurait provoqué ces hostilités en arrêtant en Cisjordanie des membres du Hamas. Mais des arrestations sur un territoire ne justifient pas des bombardements aériens sur un autre. Israël ne s'en est pris à Gaza qu'après le tir de plus de 150 roquettes sur son territoire et le refus par les terroristes d'un cessez-le-feu.

Plusieurs images publiées ces derniers jours et censées prouver le carnage des bombes israéliennes sont des faux, empruntés à d'autres guerres. Mercredi après-midi, le bilan humain oscillait entre 30 et 50 personnes, voire davantage, une fourchette dépendant du moment choisi pour marquer le début de ce conflit.

La moindre mort est tragique, et plus les hostilités dureront, plus le bilan s'alourdira. Pour autant, en sachant qu'Israël a lancé plus de 500 raids aériens, vous pouvez en tirer deux conclusions.

La première, c'est que l'armée israélienne est misérablement nulle pour tuer des gens. La seconde, et la plus plausible, c'est qu'elle fait au contraire tout son possible pour ne pas en tuer.

La moindre mort est tragique, et plus les hostilités dureront, plus le bilan s'alourdira

 

Le ministre israélien de la Défense a admis que ses offensives avaient ciblé des «domiciles de terroristes», mais aussi des «armes, des infrastructures terroristes, des systèmes de commandements, des institutions du Hamas [et] des bâtiments officiels». Les logements étaient ceux de chefs militaires du Hamas. Selon les dires d'un officiel israélien, «au Hamas, le moindre petit commandant de brigade n'a désormais plus de maison où rentrer chez lui».

En termes légaux, Israël justifie ces attaques en affirmant que ces maisons étaient des «centres de commandement terroristes», impliqués dans des tirs de roquette et autres «activités terroristes». Mais si Israël a parfois tenté (et réussi) de tuer des leaders du Hamas dans leurs voitures, son armée a toujours évité de se prendre sans sommation à leurs maisons.

La dernière fois qu'Israël a tiré sur des bâtiments civils à Gaza, voici un an et demi, ses habitants ont été au préalable prévenus par téléphone ou par le parachutage de tracts pour qu'ils quittent les lieux. L'armée israélienne se sert aussi de fusées éclairantes ou de mortiers à faibles charges explosives (la consigne dite du «toquer au toit») pour signaler la survenue de bombardements.

Selon les groupes de défense des droits de l'homme, ces mesures ne déchargent pas Israël de ses responsabilités légales, mais ils les ont néanmoins saluées comme un progrès. Aujourd'hui, Israël affirme appliquer ce même genre de mesures. Et le Hamas, comme d'autres sources palestiniennes, ont confirmé que l'armée israélienne avait en effet prévenu par téléphone les familles vivant dans les maisons bombardées. 

Le problème des boucliers humains

Le bilan civil le plus grave –sept morts, selon les informations les plus récentes– est survenu dans le bombardement d'une maison située dans la ville de Khan Younès et appartenant à un leader terroriste. Pour le Hamas, il s'agit d'un «massacre contre des femmes et des enfants». Mais selon des voisins, la famille a été prévenue à la fois par téléphone et par un tir de mortier léger sur le toit.

Selon un membre des services de sécurité israéliens, les forces israéliennes ont attendu que la famille quitte le bâtiment pour tirer leur missile. Il ne comprend pas pourquoi des membres de cette famille, avec visiblement certains de leurs voisins, sont retournés à l'intérieur. Pour des personnes vivant sur place, c'est parce qu'ils ont voulu «former un bouclier humain».     

Les boucliers humains sont un problème des plus ardus. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a déclaré que le Hamas était responsable des civils tués à Gaza, parce qu'il installait délibérément ses lance-roquettes et autres infrastructures militaires dans des zones résidentielles. C'est une excuse trop générique.

Cette semaine, le bilan humain limité des raids aériens –et les explications fournies par des officiels israéliens sur la minimisation délibérée d'un tel bilan– montre qu'il est possible de détériorer les ressources militaires du Hamas sans tuer des centaines de personnes.

A Khan Younès, le scénario est différent. Le bouclier humain y était volontaire. Mercredi matin, selon le quotidien Haaretz, un officier israélien a insisté sur le fait que si d'autres civils suivaient cet exemple –en répondant aux sommations en montant sur les toits et en formant des boucliers humains– Israël ne retiendrait pas ses missiles.

C'est peut-être du bluff.

Et si le scénario se répète? Si de putatifs martyrs montent sur le toit et qu'Israël a encore le temps de rappeler ses bombes, contrairement à ce qui s'est passé à Khan Younès? Leurs morts relèveront-elles de l'homicide? Du suicide?

Difficile, très difficile à dire. Mais, dans ce conflit, quiconque se préoccupe des civils tués délibérément devrait d'abord se tourner vers le Hamas. Les tirs de roquettes de Gaza vers Israël ont commencé bien avant l'offensive israélienne sur Gaza. Au départ, les roquettes sont une idée du Djihad Islamique. Mais, ces derniers jours, le Hamas ne s'est pas fait prier pour la reprendre, et a revendiqué plusieurs tirs de missiles, tombés entre autres sur Tel Aviv, Jérusalem et Haïfa.

Les chantres du Hamas soulignent que ses armes sont moins précises que celles d'Israël et que les dégâts collatéraux sont inévitables. Ce n'est pas tolérable. Aujourd'hui, le Hamas est doté de missiles à longue-portée, les M-302 ou les R-160, qui sont bien plus précis que leurs vieilles roquettes Grad. Et ce sont ces missiles qui ont été tirés sur les villes israéliennes. Par ailleurs, le Hamas s'est catégoriquement opposé au principe d'épargner les civils. Selon le porte-parole du Hamas, «tous les Israéliens sont désormais des cibles légitimes».

J'ai critiqué Israël pour avoir démoli, en Cisjordanie, les maisons d'arabes suspectés de terrorisme. C'est une politique tout bonnement indéfendable. Mais dans la guerre de Gaza, l'armée israélienne fait à l'évidence tout ce qu'elle peut pour minimiser les pertes civiles. Et on ne peut pas en dire autant du Hamas. 

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