La Fifa peut résoudre le problème des blessures à la tête en un changement de règle

L'Allemand Kramer à la lutte avec l'Argentin Biglia durant la finale de la Coupe du monde 2014. REUTERS/David Gray.

L'Allemand Kramer à la lutte avec l'Argentin Biglia durant la finale de la Coupe du monde 2014. REUTERS/David Gray.

L'Allemand Christoph Kramer est sorti à la 31e minute de la finale contre l'Argentine, dimanche 13 juillet au Maracana, après avoir subi un choc à la tête dans la surface quinze minutes plus tôt dans un duel avec Ezequiel Garay.


Pendant la première mi-temps de la demi-finale de l'Argentine, quelques jours plus tôt, c'est Javier Mascherano qui avait chancelé et semblé souffrir d'une blessure à la tête quand celle-ci s'est heurtée à celle d'un joueur néerlandais alors que les deux joueurs tentaient de gagner un ballon aérien. Mascherano a quitté le terrain un moment, puis est vite revenu.

Une scène similaire s'est déroulée pendant la victoire de l'Uruguay face à l'Angleterre. Le milieu de terrain Alvaro Pereira s'est blessé après que sa tête a percuté le genou d'un joueur anglais.

Même s'il a semblé perdre connaissance pendant quelques instants, Pereira est resté en jeu, et ce en grande partie parce que les règles de remplacement désuètes de la Fifa ne donnent pas aux équipes assez de temps pour évaluer l’état de santé des joueurs potentiellement victimes de commotions cérébrales.

Le médecin ne peut rien

Le cas Pereira est le parfait exemple du caractère désuet de ces règles. Tous ceux qui ont regardé les ralentis quelques instants après la collision ont vu que le contact avec sa tête a été violent, mais aussi qu'il était totalement dans les choux quand il est resté au sol sur le terrain.

Pereira a réussi à se lever et à sortir du terrain en marchant, mais il était clairement dans les vapes et une personne qui semblait être le médecin de l'équipe a indiqué au banc de touche qu'il fallait le remplacer.

Mais dès que Pereira a vu la volonté du médecin de le remplacer, il a tout de suite insisté pour revenir sur le terrain, prenant le contrepied du médecin et des entraîneurs.

Après le match, le médecin de l'équipe a signé une déclaration affirmant qu'il avait effectué un examen neurologique complet avant de laisser Pereira retourner sur le terrain.

Les trois options de l'entraîneur

C'est ici que se situe le plus gros problème du football: les blessures à la tête. L'entraîneur doit prendre une décision immédiate, et il n'a que trois options:

1. Il peut faire rentrer un remplaçant et perdre un de ses meilleurs joueurs pour le reste du match.

2. Il peut faire examiner son joueur pour voir s'il a souffert d'une commotion cérébrale. Mais cela oblige son équipe à jouer à 10 jusqu'à ce que l'examen soit terminé. Pour être bien fait, un tel examen prend environ huit minutes et nécessite notamment de demander au joueur de retenir un mot dont il doit se souvenir cinq minutes plus tard.

3. Il peut simplement faire confiance à son joueur et le faire revenir dans le match au prochain arrêt de jeu.

L'entraîneur uruguayen a opté pour la troisième option, faisant rentrer Pereira sans vraiment vérifier s'il avait subi une commotion cérébrale. La plupart des entraîneurs auraient pris la même décision.

Prise de conscience

L'ancien joueur de la sélection américaine et aujourd'hui commentateur sur ESPN Taylor Twellman fait partie de ceux qui ont exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la manière dont la Fifa gère les blessures de la tête, déclarant:

«Aucune question sur le fait que Pereira a perdu connaissance? Dites la Fifa, cela doit cesser.»

Quand Mascherano a titubé avant de tomber au sol, de nombreux journalistes et observateurs du football ont exprimé leur inquiétude pour le joueur et leur incompréhension face aux règles inadaptées de la Fifa.

Les blessures à la tête ne sont pas rares au football. Les commotions cérébrales sont en fait un énorme problème, à cause des têtes en général et plus particulièrement des situations, très fréquentes, où deux joueurs adverses essayent de prendre le ballon de la tête en même temps.

Changer la règle des remplacements

La Fifa va devoir permettre des remplacements temporaires quand on soupçonne une blessure à la tête, une mesure déjà testée au rugby. Permettre aux équipes de faire rentrer un remplaçant pendant que le joueur blessé est examiné avec une limite de temps pour le retour du joueur (par exemple, si le joueur n'a pas la permission de revenir au bout de 12 minutes, il ne peut plus revenir du tout).

Pour minimiser les abus, ces remplacements pourraient être inclus dans les trois remplacements possibles. Une autre possibilité serait de donner à chaque équipe un remplacement pour commotion cérébrale par match. Les équipes abuseront sans doute quand même de la règle, mais c'est un risque que la Fifa doit prendre pour la sécurité des joueurs.

Comme en NFL, une affaire des commotions cérébrales attend la Fifa et le football. Des changements qui vont affecter la tradition du sport vont devoir être faits. Mais ces changements sont nécessaires.

Dans l’éditorial de sa prochaine livraison, la revue médicale spécialisée The Lancet Neurology revient sur le cas d'Alvaro Pereira et appelle les autorités sportives internationale à prendre en considération les problèmes neurologiques à long terme que les commotions cérébrales répétées peuvent causer. Elle rappelle que la commotion cérébrale est la plus fréquente des lésions cérébrales traumatiques liées au sport et que les effets à long terme des commotions cérébrales répétées sont la démence précoce, la sclérose latérale amyotrophique ainsi d'autres troubles neurologiques graves. La revue estime que la décision pour les joueurs de revenir à un jeu après avoir subi une commotion cérébrale ne doit être prise que par des professionnels de santé en non par ceux «qui ont un intérêt dans la performance du joueur». Jean-Yves Nau

 

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