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L'humiliante défaite du Brésil aura-t-elle des conséquences pour Dilma Rousseff?

Joshua Keating, traduit par Grégoire Fleurot, mis à jour le 09.07.2014 à 17 h 16

On dit que les victoires aident le pouvoir en place. Qu'en est-il quand une équipe perd?

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva  et l'actuelle présidente Dilma Rousseff lors du 10e anniversaire du programme de sécurité sociale Bolsa Familia à Brasilia le 30 octobre 2013, REUTERS/Ueslei Marcelino

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et l'actuelle présidente Dilma Rousseff lors du 10e anniversaire du programme de sécurité sociale Bolsa Familia à Brasilia le 30 octobre 2013, REUTERS/Ueslei Marcelino

A part les supporters de l'Allemagne, difficile d'imaginer quiconque se réjouir de la combustion spontanée de l'équipe nationale brésilienne de football à Belo Horizonte mardi 8 juillet. Mais j'imagine que regarder la défaite 7-1 face à l'Allemagne a été particulièrement douloureux pour la présidente du pays; déjà en difficulté, Dilma Rousseff.

De manière appropriée pour cette nation folle de football, les années d'élections brésiliennes correspondent avec la Coupe du monde. Fernando Henrique Cardoso a affirmé que l'euphorie qui avait entouré la victoire du pays à la Coupe du monde 1994 a contribué au succès du programme de libéralisation économique qu'il était en train de mettre en place en tant que ministre des Finances, et à son élection à la présidence un peu plus tard dans l'année.

L'effet n'est pas si clair que cela, et la victoire à la Coupe du monde 2002 n'a pas permis au successeur choisi par Cardozo d'éviter de se faire battre par le challenger de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, mais difficile d'imaginer que le résultat de mardi n'aura pas un minimum d'impact sur les prochaines élections dans le pays.

Lula et Rousseff ont sans doute imaginé il y a six ans que les bonnes ondes entourant le tournoi allaient les propulser vers la victoire. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu.

Une majorité de Brésiliens, en colère contre l'inflation galopante, la corruption du secteur public et le coût de l'évènement, était opposée à la Coupe du monde. Si l'intérêt pour les manifestations de masse contre l'évènement s'est progressivement éteint, elles ont continué. Rousseff n'a plus assisté aux matchs de l'équipe nationale après avoir été insultée par les supporters lors du match d'ouverture contre la Croatie.

D'un autre côté, des signaux montraient que l'humeur du pays s'améliorait, tout comme la courbe de Rousseff dans les sondages.

Si le Brésil avait gagné le tournoi, cela aurait pu changer complètement la portée politique de l'évènement. Si le pays avait fait une sortie digne, cela n'aurait sans doute pas eu tant d'impact que cela non plus.

Mais une défaite aussi humiliante rappellera à de nombreux électeurs les raisons pour lesquelles ils étaient fâchés avec la Coupe du monde. Des chants anti-Dilma auraient déjà été entendus au stade mardi.

Comme le prédisait le spécialiste en sciences politiques Francisco Fonseca, de la fondation Vargas à São Paulo, au L.A. Times le 28 juin:

«S'il se passe une catastrophe qui humilie le Brésil devant le monde entier, cela aurait clairement des conséquences négatives pour le gouvernement aux élections.»

Je ne crois pas qu'il pensait à des évènements sur le terrain, et l'organisation elle-même de la Coupe du monde s'est plutôt bien passée vu les prévisions pessimistes d'avant-tournoi.

Mais si Aécio Neves, le candidat centriste qui recueille actuellement 20% dans les sondages contes 38% à Dilma Rousseff, arrive à créer la surprise quand les Brésiliens se rendront aux urnes en octobre, il pourra probablement remercier en silence Müller, Klose, Kroos, Khedira et Schürrle pour leurs passes décisives.  

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
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