Slatissime

Saint-Tropez, le mythe est préservé en dépit de la crise

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 13.07.2014 à 15 h 59

La cité du Bailli de Suffren s’apprête à accueillir cet été près de 4 millions de touristes pour 5.000 résidents en basse saison. Comment ce petit port de pêche varois peut-il gérer une telle affluence avec 30 hôtels et 2.000 lits, sans compter les maisons d’hôtes, l’hôtellerie de plein air, et les villas à louer?

Saint-Tropez, juillet 2010.  REUTERS/Charles Platiau

Saint-Tropez, juillet 2010. REUTERS/Charles Platiau

Après les années bling bling, les folles soirées de l’époque Bardot, Barclay et Sagan, les magnums de champagne arrosant les baigneurs des plages, les parties de pétanque des stars place des Lices, Saint-Tropez, le village azuréen cher à Signac, Colette et Boris Vian, a pu résister à l’invasion immobilière et au tout béton, maintenant son cachet de port de pêche au charme provençal en dépit des hordes de badauds arpentant le quai aux yachts immobiles loués 1.500 euros la journée.

Les fidèles, vacanciers réguliers ou visiteurs d’un jour ou d’un week-end, retrouvent chaque année une destination à nulle autre pareille dans la France du Midi, et un art de bien vivre sous le soleil méditerranéen que le temps n’a pas estompé. Le refus du gigantisme a payé.

Sur la côte varoise, sous les pins parasols et les plages de sable fin (20 kilomètres), Saint-Tropez a conservé l’esprit village, les flâneries dans les rues piétonnes, le lèche-vitrines, la noria des 800 boutiques (Chanel tout un immeuble), les glaces à 4 euros le cornet, et la salade de tomates (hors sol) mozzarella à 15 euros au Bistrot du Port, sans parler de l’immuable tarte tropézienne bien crémeuse, l’icône pâtissière du village.

Oui, la cité du Musée d’Histoire Maritime de la Citadelle, le deuxième lieu de culture le plus visité du Var, a réussi en un demi-siècle à s’inscrire sur le globe comme une excitante adresse de vacances méditerranéennes pour la plupart des pays développés.

D’après l’Office du Tourisme, logé dans une jolie villa place des Lices (1.500.000 euros de budget), il y aura cette année des représentants de 85 nationalités à Saint-Tropez répartis sur la presqu’île.

Avec le temps, l’appui de la presse mondiale, des célébrités en nombre plus restreint, du cinéma (120 films évoquent Saint-Tropez), du buzz permanent, le village cher au peintre Dunoyer de Segonzac s’est installé dans l’imaginaire des voyageurs comme une marque forte dotée d’une image prégnante de loisirs, de farniente, de bains de mer, de fun, d’euphorie, de fêtes où les boîtes de nuit à 20.000 euros la bouteille de champagne n’ont plus les faveurs d’antan.

En fait, il y a de multiples façons de vivre la magie tropézienne, selon la saison –en juillet et août, c’est la foule–, selon le lieu de vie, de séjour dans le Var si vaste, une île verte aux innombrables points de chute, des plages de Pampelonne aux villages reculés, des bastides provençales aux hôtels cinq étoiles: à chacun son Saint-Tropez.

Il y a eu dans ce village méditerranéen une stratégie de promotion de la marque pilotée par le maire réélu, Jean-Pierre Tuveri, et par l’Office du Tourisme mus par une incroyable dynamique –600 professionnels de l’hôtellerie, de la restauration, des professions libérales agissent tout au long de l’année, présents dans des voyages, des conférences, des workshops aux quatre coins de la planète: la Chine s’éveille place des Lices!

Sur la Riviera, la concurrence des grandes villes, Cannes, Nice, Menton, Monaco reste un singulier challenge pour la municipalité tropézienne. Ici, les élus de tous bords n’ont cessé de se soucier de la pérennité du village, entraînés par la devise locale: Ad usque fidelis (fidèle jusqu’au bout). Pour preuve, les manifestations culturelles de l’été: l’univers d’Hugo Pratt et Corto Maltese à la Bibliothèque municipale, l’exposition Maurice de Vlaminck au musée de l’Annonciade, le festival de musique les Nuits du Château de la Moutte, du 5 au 13 août 2014, la 30e édition du festival de Ramatuelle et Nuits Classiques (directeur artistique Michel Boujenah), du 27 juillet au 12 août 2014, et le 15 août le concert gratuit de Natalie Dessay et Michel Legrand à la Citadelle, une séduisante affiche.

Mais l’événement attendu pour 2015 sera l’ouverture d’un «musée de la gendarmerie et du cinéma tropézien» dans l’ancienne gendarmerie entrée dans l’histoire de la cité du Bailli grâce à Louis de Funès, Michel Galabru, Grosso et Modo, Henri Guybet, personnages de la mythologie du grand écran. Cela dit, la saison estivale se présente mieux que prévu, surtout dans les quatre et cinq étoiles de notoriété internationale comme la Messardière.

Hôtels et restaurants à Saint-Tropez

Le Michelin 2014 répertorie 35 adresses résidentielles dans le village et dans la périphérie immédiate, certaines très connues comme l’Hôtel de la Ponche, la Ferme d’Augustin, le Yaca, la Mandarine, le Mas de Chastelas. Voici onze recommandations de qualité.

Le Château de la Messardière

Route de Tahiti. Tél. : 04 94 56 76 00.

Menus à 65, 80 et 120 euros. Carte de 130 à 180 euros. Chambres à partir de 300 euros selon la saison, spa Valmont, piscine couverte. Navettes gratuites pour le Village et Tropézina Plage

Ancienne demeure aristocratique du XIXe siècle, nichée sur une colline dominant un superbe parc de dix hectares, la mer à l’horizon, ce château à tourelles, coupoles et colonnades de style méditerranéen, est un oasis de sérénité et de bien-être, promu palace à cause des 55 suites à terrasses et jardins.

C’est le joyau de l’hôtellerie tropézienne dont la fréquentation croît d’année en année –plus de 15% en 2014. On déjeune autour de la piscine turquoise d’assiettes rafraîchissantes du chef David Millet, élève de Pierre Gagnaire, huit ans aux Airelles de Courchevel, créateur de préparations originales à l’Acacia, la table élégante du dîner dans la douceur de la nuit.

Rougets de roche, volaille des Landes, cabillaud à l’unilatérale, veau de lait poêlé accompagnés de multiples garnitures: une créativité ébouriffante. Bonne carte des vins provençaux.

Le Byblos

20 avenue Paul Signac. Tél.: 04 94 56 68 00.

Carte de 60 à 90 euros. Chambres à partir de 450 euros, 45 suites.

Le seul palace tropézien avec la Messardière. Un ensemble de maisons provençales construites dans le village autour de la piscine, des patios, des salons. Beau spa et les Caves du Roy, night-club bondé en août. Table italienne sous les platanes, le Rivea at Byblos, supervisée par Alain Ducasse à des prix raisonnables pour Saint-Tropez.

Hôtel de Paris

1 Traverse de la gendarmerie. Tél. : 04 83 09 60 00.

Carte de 70 à 100 euros. 58 chambres à partir de 360 euros, 32 suites.

Au cœur de la cité, presqu’en face de l’ancienne gendarmerie, le dernier-né des cinq étoiles: un building design aux vastes espaces, bar à la mode, piscine au Roof du 4e étage, vue panoramique et le Suffren Café by Georges (Blanc).

Cuisine soignée, de bon aloi de Philippe Guérin, chef étoilé à Vence: tapas, sushis et grands plats de tradition, pasta de homard aux épices douces (54 euros), loup de ligne aux aromates (56 euros), pomme de ris de veau au beurre noisette (40 euros), baba au rhum (12 euros).

Une des meilleures adresses gourmandes de Saint-Tropez. Vaut le voyage et le dîner dans le ciel.

La Bastide de Saint-Tropez

25 route des Carles. Tél.: 04 94 55 82 55.

26 chambres et suites à partir de 300 euros.

Le seul Relais & Châteaux tropézien avec la Villa Belrose. Cette maison de maître comprend quatre mas provençaux répartis dans le parc autour de la piscine, calme et sérénité, loin de la foule. Deux restaurants et un yacht de 22 mètres.

La Bastide d'Antoine

Domaine du Treizain 83580 Gassin Saint-Tropez. Tél.: 04 94 97 70 08.

Chambres à partir de 235 euros.

Sur les hauteurs tropéziennes, une demeure provençale dirigée par un jeune couple, Nicolas et Chloé. Belle vue sur la mer, calme absolu. Piscine en lisière d’un beau jardin. Petite restauration. Ambiance amicale. Délicieux rosé du Domaine de la Rouillère.

Sénéquier

Quai Jean Jaurès. Tél. : 04 94 97 20 20.

Pas de fermeture.

La fameuse terrasse, ancienne pâtisserie inventée en 1887, a été reprise par Thierry Bourdoncle, heureux propriétaire de brasseries parisiennes (la Palette, Paris-London, le Hibou, le Scossa…) qui a transformé la cuisine et la carte en restaurant plutôt chic et cher: 50 grammes de caviar (130 euros), omelette aux truffes (39 euros), tartare de bar de ligne (40 euros), homard et pâtes à la tomate (46 euros), le nougat spécialité de Sénéquier (21 euros) comme la tarte tropézienne (14 euros) et les deux boules de glace Berthillon (15 euros) sont servis aussi au dîner dans un cadre élégant.

Mais rien ne vaut les fauteuils rouges sur le quai et le coup d’œil sur les yachts et les flâneurs. Sénéquier reste un passage obligé à l’ombre.

Le Girelier

Quai Jean Jaurès. Tél.: 04 94 97 03 87.

Menus à 27 et 34 euros. Carte de 70 à 100 euros. Pas de fermeture.

Sur le port, un des rares restaurants de qualité irréprochable. Poissons entiers et crustacés de petite pêche à la plancha, bouillabaisse et paella d’Aimé Stoesser, le patron toujours présent. Deux fourchettes dans le Michelin.

Le Sporting

42 place des Lices. Tél.: 04 94 97 00 65.

Pas de fermeture.

Une bonne brasserie place des Lices tenue par Stéphane Gachet (ancien marin pêcheur) fréquentée par les Tropéziens.

Tartare de bœuf, moules marinière, pasta, pizzas et le hamburger au foie gras. De 15 à 35 euros.

White 1921

Place des Lices. Tél.: 04 94 45 50 50.

Chambres à partir de 320 euros.

L’ancienne Maison Blanche a été acquise par LVMH et aménagée en petit hôtel de charme. Bar et terrasse pour les fous des champagnes du groupe de Bernard Arnault, accompagnés d’accords gourmands. Une adresse pour happy few au cœur de Saint-Tropez.

Le Colombier

Impasse des Coquettes. Tél. : 04 94 97 05 31.

Une modeste demeure hôtelière, à deux pas de la place des Lices. Des prix aimables.

10 chambres confortables à partir de 95 euros (basse saison), 105 euros (haute saison) et une suite.

Les Palmiers

34 boulevard Vasserot. Tél. : 04 94 97 01 61.

Très belle maison de maître, trois étoiles, sur la place des Lices. Jardin. 25 chambres à partir de 85 euros (basse saison) et 140 euros (haute saison).

 

Nicolas de Rabaudy
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