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Brésil-Allemagne: les six minutes les plus folles de l'histoire de la Coupe du monde décortiquées

Grégoire Fleurot, mis à jour le 09.07.2014 à 20 h 00

L'Allemagne a marqué quatre buts au Brésil, chez lui, en l'espace de 6 minutes et 41 secondes. Voici comment se sont déroulées ces quelques centaines de secondes qui sont immédiatement entrées dans l'histoire de la compétition.

Sami Khedira inscrit le 5e but de l'Allemagne face au Brésil le 8 juillet 2014 à Belo Horizonte, REUTERS/Felipe Dana

Sami Khedira inscrit le 5e but de l'Allemagne face au Brésil le 8 juillet 2014 à Belo Horizonte, REUTERS/Felipe Dana

Ce mardi 8 juillet à Belo Horizonte, à 17h23, ont commencé les 6 minutes et 41 secondes les plus folles de l'histoire de la Coupe du monde. En l'espace de 401 secondes, l'équipe d'Allemagne, qui menait déjà 1-0 après un but sur corner de Thomas Müller, a marqué quatre buts au Brésil, chez lui, en demi-finale d'une Coupe du monde dont il était le grand favori.

Alors, bien sûr, le Brésil n'a jamais réussi au cours du tournoi à élever son niveau de jeu à la hauteur des espérances et était privé de sa superstar Neymar et de son capitaine Thiago Silva. Mais les bookmakers lui donnaient tout de même presque 50% de chances de l'emporter avant le match, et personne ne pouvait prédire qu'il allait s'incliner sur le score inédit de 7-1.

6 minutes 41 secondes, 5 tirs, 4 buts

Il n'y a pas d'équivalent à ce qu'il s'est passé mardi dans l'histoire de la Coupe du monde. Ce qui s'en rapproche le plus, c'est un match entre la Suisse et l'Autriche gagné 7-5 par les Autrichiens en 1954. Après avoir encaissé trois buts en trois minutes, ces derniers en avaient inscrit quatre entre la 24e et la 31e minute. Mais il ne s'agissait «que» d'un quart de finale, et il n'opposait pas deux des favoris à la victoire finale.

Dans leur portée historique et l'empreinte qu'elles vont laisser sur les esprits, on peut comparer les 6 minutes 41 de folie de ce Brésil-Allemagne au miracle d'Istanbul, cette finale de Ligue des Champions de 2005 au cours de laquelle Liverpool, mené 3-0 à la mi-temps mais emmené par un Steven Gerrard au sommet de son art, avait marqué trois buts en six minutes pour revenir à égalité avec le Milan AC avant de s'imposer aux tirs au but. Ou encore aux sept minutes qu'avait mis la légendaire équipe de Hongrie à assommer les Anglais en 1953 à Wembley, faisant passer le score final de 1-1 à 4-1 au cours de ce qui est sans doute le match amical le plus célèbre de tous les temps (score final 6-3).

Qu'a-t-il bien pu se passer pendant ce «trou noir», comme l'a qualifié le gardien brésilien Julio César, ces quelques centaines de secondes sur la pelouse de Belo Horizonte? Comment une équipe, certes moins talentueuse que ses prédécesseures, mais qui compte quand même dans ses rangs certains des meilleurs joueurs de la planète, a-t-elle pu couler en si peu de temps? 

La réponse est double, et a autant à voir avec une terrible démonstration d'efficacité de la part des Allemands qu'avec une avalanche d'erreurs défensives brésiliennes.

De la 23e à la 29e minute, soit à partir de l'action du deuxième but allemand jusqu'au cinquième but, l'Allemagne a tiré cinq fois et a marqué quatre buts (le premier but ayant été marqué par Klose après que son premier tir a été repoussé). Le tout en 6'41'' qui représentent un temps de jeu effectif bien inférieur: en démarrant le décompte une quinzaine de secondes avant le deuxième but, sur la touche qui en est à l'origine, et en enlevant les arrêts de jeu (célébrations des buts, deux sorties de balle en touche et une en 6 mètres), on arrive à environ 3'30''-3'40'' de jeu effectif. Durant toute cette période, le Brésil n'a fait aucune tentative, sa seule action vaguement dangereuse consistant en une percée de Hulk sur le côté de la surface conclue par... une simulation.

Pour mieux comprendre ce moment inédit, décortiquons chacun des quatre buts allemands.

Tirs de l'Allemagne entre la 23e et la 29e minute. Capture d'écran de Fourfourtwo.com

2e but (Klose, 23e minute):
5 passes allemandes, 1 erreur brésilienne

Comme le premier but, celui-ci a été marqué sur une phase arrêtée, une touche gagnée sur le côté droit par l'inévitable Thomas Müller après un tir contré. Müller joue rapidement pour son capitaine Philipp Lahm, qui lui remet le ballon. L'attaquant lève la tête et voit Toni Kroos seul à l'entrée de la surface. Il lui adresse un long ballon que Fernandinho tente en vain d'intercepter, laissant ainsi un boulevard à Kroos dans l'axe.

Entre-temps, Thomas Müller effectue un appel diagonal tranchant dans la surface, reçoit la balle de Kroos et la glisse en une touche de balle à Miroslav Klose qui arrive en face de lui en sens opposé. Klose bute une première fois sur Julio César avant de profiter du rebond pour inscrire son 16e but en Coupe du monde, un record.

Les premières images de supporters brésiliens en pleurs s'affichent à l'écran.

3e but (Kroos, 24e):
7 passes allemandes, 0 erreur brésilienne

Capture d'écran de FourFourTwo.com

Sur le coup d'envoi, les Brésiliens échangent une demi-douzaine de passes dans leur moitié de terrain avant que David Luiz n'envoie un long ballon en direction de Bernard qui termine dans les bras de Manuel Neuer.

Ce qui suit est à mettre entièrement au crédit des Allemands. Neuer adresse à son tour un long ballon à Thomas Müller, qui dévie de la poitrine pour Sami Khedira. Après deux passes courtes aux abords du rond central, le ballon se retrouve dans les pieds de Mesut Ozil, qui lance d'un ballon parfaitement dosé Philipp Lahm sur le côté droit.

Lahm centre en retrait pour Müller, qui semble vouloir tirer mais rate le ballon. A l'entrée de la surface, Toni Kroos déclenche une puissante frappe du gauche que Julio César ne peut qu'effleurer.

4e but (Kroos, 26e):
2 passes allemandes, 1 erreur brésilienne

C'est le plus gros cadeau brésilien parmi les quatre buts, mais les Allemands jouent encore une fois le coup à merveille. 

Au coup d'envoi (déjà le troisième pour la Seleçao, l'Allemagne ayant donné celui du match), la caméra s'attarde encore en gros plan sur Toni Kroos, qui vient tout juste de marquer. Un plan serré qui permet de le voir déclencher une course à pleine vitesse vers l'avant.

 

Retour à la vue générale: depuis l'entrée de sa surface de réparation, Dante adresse une passe courte anodine à Fernandinho dans l'axe. Celui-ci, dos au but, contrôle mal son ballon et se le fait prendre par le pressing énergique de Kroos, que l'on venait de voir déclencher sa course.

Un une-deux avec Khedira qui met les trois seuls Brésiliens présents dans la zone (Dante, Fernandinho et Julio César) dans le vent, avant que Kroos ne pousse le ballon dans le but vide. 

La vidéo ci-contre, qui montre les trois buts tels qu'ils ont été diffusés en direct sur TF1, permet de mieux  se rendre compte de l'extraordinaire vitesse à laquelle tout est allé.

5e but (Khedira, 29e):
3 passes allemandes, 1 erreur brésilienne

Les deux minutes qui suivent pourraient presque être tirées d'un match «normal»: le Brésil perd un nouveau ballon sur une passe longue, l'Allemagne lui rend la politesse. Les joueurs de la Seleçao arrivent même à mener une attaque placée qui se termine par une perte de balle de Hulk, qui met la balle en six mètres avant de tenter une simulation.

Pendant ce temps, l'Allemagne n'enchaîne jamais plus d'une passe d'affilée, et gagne finalement du terrain sur un long dégagement de Neuer dévié par un Brésilien en touche. Müller la joue pour Klose, qui perd le ballon au profit de David Luiz.  

Une fois de plus, le défenseur est au départ de l'action qui va amener le but avec une passe longue imprécise qui atterrit sur la poitrine du défenseur Mats Hummels, le bourreau des Français en quart de finale. Hummels contrôle le ballon et réalise une percée de 20 mètres dans l'axe, balle au pied.

 

C'est ici que David Luiz commet son erreur. La nouvelle recrue du Paris Saint-Germain sort de sa défense sur un sprint pour venir à la rencontre d'Hummels, qui vient à peine de sortir du rond central et est déjà entouré de deux adversaires. L'Allemand parvient à glisser la balle en bout de course à Khedira, qui a maintenant un trois contre trois à jouer face à la défense amputée de David Luiz.

Pour la troisième fois en six minutes, les Allemands exploitent à la perfection une erreur défensive brésilienne. A l'image du quatrième but, Khedira joue un une-deux magnifique avec Özil qui trompe toute la défense, et n'a plus qu'à pousser le ballon dans le but

Les redoutables passes allemandes

Sur toute cette séquence, les chiffres les plus impressionnants sont ceux des passes. Le Brésil en a effectué 28 et l'Allemagne seulement 23 sur la période. Vous avez bien lu, l'Allemagne a marqué quatre buts en un peu plus de six minutes avec seulement 23 passes. 

En fait, sur ses 23 passes, 17 ont fait partie d’une séquence amenant un but. En d'autres termes, pendant ces six minutes 41 secondes, les Allemands n'ont effectué que 6 passes qui n'ont pas fait partie d'une action de but.

La différence entre les deux équipes est frappante lorsqu'on regarde la répartition de leurs passes sur le terrain. Le Brésil a effectué quasiment toutes ses passes dans sa propre moitié de terrain.

Passes du Brésil entre la 23e et la 29e minute. Capture d'écran de FourFourTwo.com

On peut voir sur le schéma ci-dessus les deux longs ballons (en rouge) rendus à l'adversaire dans l'axe par David Luiz. Deux pertes de balle anodines que l'Allemagne a exploité avec une efficacité extraordinaire.

De leur côté, les Allemands n'ont rendu que trois ballons et n'ont effectué que deux passes partant de leur propre moitié de terrain, ce qui témoigne de leur récupération du ballon très haute. 

Passes de l'Allemagne entre la 23e et la 29e minute. Capture d'écran de FourFourTwo.com

Toni Kroos avait raison de souligner après le match:

 «On les a pressés pendant tout le match, on ne leur a jamais laissé l'occasion de revenir dans la partie.»

Comme souvent au football, les commentaires d'après-match se divisent en deux catégories: ceux qui insistent sur l'excellent match de l'Allemagne et ceux qui pointent du doigt la faiblesse brésilienne. Et pour une fois, tout le monde aura raison. 

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Grégoire Fleurot
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Journaliste
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