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Les djihadistes prennent-ils vraiment au sérieux le «calife» autoproclamé Abou Bakr Al-Baghdadi?

Temps de lecture : 2 min

Pour le moment, on attend toujours la réaction des hauts dirigeants de la mouvance.

Abou Bakr Al-Baghdadi / Capture d'écran de la vidéo prise à la mosquée de Mossoul /REUTERS
Abou Bakr Al-Baghdadi / Capture d'écran de la vidéo prise à la mosquée de Mossoul /REUTERS

Abou Bakr Al-Baghdadi, le leader de l’Etat islamique en l’Irak et au Levant (EIIL) a longtemps gardé profil bas, ce qui n’a rien de surprenant vu le sort de ses prédécesseurs. Il y a seulement deux photographies connues de l’homme.

Le choc fut donc compréhensible quand il a fait sa première apparition publique majeure, le 5 juillet, à la Grande Mosquée de Mossoul, tout de noir vêtu et montre chic au poignet. (Ce qui semblait être des frappes aériennes du gouvernement israélien ont d'ailleurs suivi son allocution.)

Baghadi s'est montré peu de temps après s'être autoproclamé «calife» d’un nouvel Etat islamique, fin juin. Il est évident que d’autres Etats-nations établis ne vont pas se précipiter pour reconnaître sa tentative de résurrection d’un empire du VIIe siècle, mais il sera intéressant de voir la réponse d’autres groupes militants inspirés par al-Qaida à travers le monde.

EIIL est en désaccord avec le commandement général d’al-Qaida depuis un certain temps, et la déclaration de son chef représente un défi majeur pour Ayman al-Zawahiri, le successeur d’Oussama ben Laden. Zawahiri n’a pas encore réagi à l'annonce de Baghdadi, mais quand il le fera, on peut s’attendre quelque chose de cinglant.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que jusqu’à présent, les autres groupes djihadistes ne se sont pas rués pour prêter serment d’allégeance à Baghdadi. Un certains nombre de groupes islamistes en Syrie, y compris la branche officielle d’al-Qaida, al-Nosra, a même condamné sa déclaration.

Le calife a bien obtenu quelques promesses de soutien de la part de groupes en Egypte et en Libye, ainsi que d'une des factions des talibans pakistanais et d’al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa). Mais des hauts dirigeants comme Nasir al-Wuhayshi, d’Aqpa, ou Abou Moussab Abdel Wadoud, d’al-Qaida au Maghreb islamique, ne se sont pas encore exprimés sur le sujet.

Dans l’ensemble, compte tenu du coup de force orchestré par l'EIIL, le mouvement international qu’il entend diriger ne lui a pas montré un soutien débordant. Pour reprendre l’expression du spécialiste du terrorisme JM Berger, «EIIL a organisé une fête de califat et personne n’est venu».

Mais comme l'analyse le chercheur Thomas Hegghammer, cette annonce tient peut-être moins d’un appel à al-Qaida au niveau mondial que d’une «tentative de glaner les suffrages des jeunes qui prennent part au mouvement djihadiste».

Grâce à la guerre en Syrie, l'EIIL a le meilleur taux de recrutement à l’international et a sensibilisé plus de gens sur Internet que n’importe quel groupe djihadiste ces dernières années. Après ce qu’il a accompli en Irak, l'organisation de Baghdadi peut également se targuer du plus grand succès opérationnel.

L’annonce de son califat n’est peut-être pas tant un tournant géopolitique tôt ou tard, on peut espérer que ses gains territoriaux commencent à s’éroder vu le nombre d’ennemis qu’il s’est fait— mais le coup de pub qu’il représente pourrait avoir bien plus de valeur pour l'EIIL.

Joshua Keating Journaliste

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