Monde

Israël a attendu trop longtemps pour résoudre le problème du terrorisme intérieur

Temps de lecture : 3 min

Un jeune palestinien a été tué, apparemment pour venger l'enlèvement et la mort de trois jeunes juifs. Le gouvernement israélien a trop hésité ces derniers temps à réprimer les attaques dites «prix à payer» perpétrées par les colons.

Un policier israélien, le 2 juillet 2014, à Jérusalem. REUTERS/Ronen Zvulun
Un policier israélien, le 2 juillet 2014, à Jérusalem. REUTERS/Ronen Zvulun

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a présenté ses condoléances au père de Mohammed Abu Khudair, l’adolescent palestinien tué la semaine dernière dans un acte de vengeance présumé, après l’enlèvement et l’assassinat de trois jeunes juifs.

Depuis ces événements, la tension est à un niveau rarement atteint ces dernières années dans le pays. Six juifs ont été interpellés dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Khudair. Netanyahou, ainsi que d’autres hauts responsables du gouvernement, ont condamné publiquement cet homicide, tout en faisant la distinction entre la réponse de son gouvernement et celle de l’Autorité palestinienne après les meurtres précédents:

«Dans la société israélienne, il n'y a pas de place pour ces meurtriers. Et c'est la différence entre nous et nos voisins. Ils considèrent les meurtriers comme des héros.»

Mais il est clair, depuis un certain temps, que le gouvernement israélien s’est montré trop hésitant dans la répression de ces attaques dites «prix à payer» commises par des colons extrémistes en représailles des actes d’agression palestiniens ou des concessions israéliennes.

Cette vague actuelle de violence est née du ressentiment des colons qui a suivi le retrait d'Israël de Gaza, en 2005, et a continué à prendre de l'ampleur. Comme le soulignait le Washington Post l’été dernier:

«Les attaques sont de plus en plus nombreuses, comme les cibles, qui désormais comprennent non seulement les musulmans de Cisjordanie et d’Israël, mais aussi les militants de gauche ainsi que des écoles chrétiennes, des églises et des monastères, que les vandales couvrent de graffitis. D’après des associations de défense des droits civiques, les attaques “prix à payer” sont passées d'une poignée en 2008 à 23 depuis le début de l’année. L’un de ces groupes a comptabilisé plus de 20 incidents dans des mosquées et églises depuis 2010. Trois de ces attaques ont eu lieu au mois de juin dans la banlieue de Jérusalem.»

Ces actes de violence ont pu être plus dangereux, comme l’attentat à la bombe incendiaire d'un taxi palestinien et la tentative de lynchage de plusieurs adolescents palestiniens par un groupe d’ados israéliens, survenus le même jour en 2012. L’année précédente, une attaque contre une base de l'armée israélienne en Cisjordanie par des colons a été qualifiée par le ministre de la Défense d’alors, Ehud Barak, de «terrorisme intérieur». Le Département d'Etat américain a commencé à répertorier ce type d’attaques comme des actes de terrorisme en 2012.

Si elles ont été largement condamnées en Israël, le moins que l’on puisse dire, c’est que les autorités ont mis du temps à réagir. Un rapport estime qu’entre 2005 et 2013, 992 enquêtes ont été ouvertes sur des plaintes pour violence israélienne à l’encontre de Palestiniens, mais seulement 7,8% ont conduit à des actes d'accusation.

Comme le soutiennent Daniel Byman et Natan Sachs, le problème vient en grande partie du vide juridique créé par l'occupation de la Cisjordanie.

Alors que la police israélienne a autorité sur les litiges judiciaires entre citoyens israéliens, «l'armée régit la plupart des aspects de la vie publique, de la sécurité aux permis de construction». Et avec un climat général de violence faible jusqu'à ces dernières semaines, la pression populaire pour protéger les Palestiniens de la violence des colons n’a pas été ressentie par les Forces de défense israéliennes. Malgré cela, l'armée israélienne a, à plusieurs reprises, été la cible d'attaques de colons.

En outre, comme le remarquait mon collègue Will Saletan la semaine dernière, il n’est pas surprenant que les extrémistes se soient décidés à prendre les choses en main, avec cette rhétorique de la sanction collective assenée même par des politiques israéliens ordinaires.

Si ce problème du «terrorisme intérieur» auquel fait face Israël a été relativement facile à ignorer jusqu'à présent, c’est que le niveau de violence du conflit israélo-palestinien a été plutôt faible. Aussi abjects qu’ils soient, des actes de vandalisme ou des incendies criminels ne sont pas aussi destructeurs que des attentats-suicides ou des tirs de roquettes. Surtout quand ils ont eu lieu, pour la plupart, à un moment où un statu quo difficile régnait dans la région.

Aujourd’hui, avec une tension au plus haut, on peut espérer que cette tragédie de la violence extrémiste force le gouvernement israélien à enfin affronter un problème qui constitue une menace non seulement pour la sécurité des Palestiniens, mais aussi pour les intérêts sécuritaires à long terme de l'Etat d’Israël.

Mais ils ne pourront pas dire qu’ils n’avaient rien vu venir.

Joshua Keating Journaliste

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