SportsCoupe du monde 2014

Le Brésil doit continuer à jouer «sale» pour espérer gagner contre l'Allemagne

Jeremy Stahl, traduit par Grégoire Fleurot, mis à jour le 08.07.2014 à 17 h 01

La seule chance du Brésil est de continuer à faire ce qu'il fait depuis le début du tournoi: plonger et faire beaucoup de fautes.

L'arbitre espagnol Carlos Velasco donne un carton jaune au Brésilien Thiago Silva pendant le quatre de finale de Coupe du monde Brésil-Colombie le 4 juillet 2014 à Fortaleza, REUTERS/Jorge Silva

L'arbitre espagnol Carlos Velasco donne un carton jaune au Brésilien Thiago Silva pendant le quatre de finale de Coupe du monde Brésil-Colombie le 4 juillet 2014 à Fortaleza, REUTERS/Jorge Silva

Il y a trois manières contradictoires d'analyser le match violent qui a accouché de la victoire 2-1 du Brésil face à la Colombie en quart de finale. La première, soutenue par la presse brésilienne, voudrait que Neymar ait été pris pour cible par le défenseur colombien Juan Camilo Zuniga, dont le tacle en fin de match était dangereux et lâche.

La seconde analyse est que le Brésil l'a bien cherché. La vertèbre fracturée de Neymar est la conséquence logique de la décision du Brésil de jouer «sale» et du refus de l'arbitre Carlos Velasco Carballo de calmer les ardeurs d'une Seleçao un peu trop portée sur les fautes.

Le troisième point de vue est que la Colombie est l'équipe qui a commencé, que l'arbitre n'a rien fait pour régler le problème et que la blessure qui a mis fin à la Coupe du monde de Neymar était un accident malencontreux plutôt qu'un résultat violent et inévitable.

Que s'est-il vraiment passé à Fortaleza vendredi? Après avoir revu le match Brésil-Colombie sans les effets altérants de nombreuses bières et autres caipirinhas glacées, la vérité nuancée: c'était un match sale des deux côtés.  

54 fautes en un match

La Colombie et le Brésil ont commis 54 fautes dans leur quart de finale, plus que dans n'importe quel autre match dans cette Coupe du monde. Le Brésil a bien commis 31 de ces infractions, mais je dirais que l'impression de jeu sale de la part du Brésil vient surtout des attentes internationales irréalistes, de cette croyance que l'équipe jouera toujours le football samba plus connu sous le nom de joga bonito.

Le Brésil est coupable d'essayer de gratter, de s'accrocher et de plonger pour gagner la Coupe du monde avec le type d'équipe qui ne lui a jamais permis de gagner le trophée. Comme le Brésil évolue à un niveau bien inférieur à celui des trois autres demi-finalistes, les fautes tactiques sont une nécessité, et pas seulement dans son match contre la Colombie.

Le match avec le deuxième plus grand nombre de fautes du Mondial est la victoire aux tirs au but du Brésil contre le Chili, avec 51 infractions dont 28 pour le Brésil. Les hôtes sont premiers au classement général avec 96 fautes, 39 de plus que leur adversaire du jour, l'Allemagne.

Le Wall Street Journal a aussi montré que lors des 32 premiers matchs du tournoi, le Brésil a simulé plus de blessures que n'importe quelle autre équipe. Ce ne sont pas les statistiques d'une équipe qui croit qu'elle peut y arriver par la seule force de son talent.

Les fautes tactiques brésiliennes

Comme nous l'avons écrit ici-même avant le début de la compétition, le Brésil fait beaucoup de fautes tactiques quand il joue contre un adversaire de qualité ces derniers temps. Lors de la Coupe des confédérations l'année dernière, le Brésil a fait 27 fautes à 18 contre l'Italie et 26 fautes à 16 contre l'Espagne en finale. Sur l'ensemble du tournoi, ses deux artistes Neymar (17) et Oscar (14) ont commis plus de fautes que n'importe quel autre joueur.

En finale de la Copa America en 2007, le Brésil a commis autour de 45 fautes contre l'Argentine, et a remporté son match 3-0, comme contre l'Espagne.

Contre la Colombie, le meilleur buteur et révélation du tournoi, James Rodriguez, a clairement été pris pour cible. Il a été victime de six fautes, ce qui est un chiffre élevé de nos jours, comme l'a souligné Rory Smith d'ESPN:

«Faire six fautes sur le même joueur, ou plus précisément se faire prendre à faire six fautes sur un joueur, est à peu près le maximum que l'on puisse faire étant donné que toutes les formes de tacle, licites et illicites, ont été retirées du jeu.»

James a même subi deux fautes en première mi-temps qui ne sont pas sans rappeler celle qui a mis fin au tournoi de Neymar. Dans les 10 premières minutes, Oscar a donné un coup de coude sur la colonne vertébrale du numéro 10 colombien. A la fin de la mi-temps, Fernandinho est arrivé avec un autre coude sur le dos de James.

Les Colombiens n'étaient pas des anges non plus, et ont fait plus de fautes que le Brésil pendant une bonne partie de la première mi-temps, dont une bonne partie de tacles durs et vicieux à destination de Neymar et des autres joueurs offensifs.

Il n'empêche, on ne peut pas ignorer le fait qu'il y a eu 54 fautes et trois tacles hauts dans ce match. Quand un seul joueur comme le Brésilien Fernandinho commet autant de «petites» fautes et autres fautes tactiques, l'arbitre est censé voir ce qu'il se passe et lui donner un carton jaune. Si l'arbitre ne le fait pas, il encourage fortement les deux équipes à faire des fautes, encore des fautes et toujours des fautes.

Que vous pensiez ou non que le Brésil n'a eu que ce qu'il mérite, un arbitre laxiste encourage un jeu agressif, et un jeu agressif augmente les chances de blessure.

Dans son match d'ouverture, le Brésil s'en est largement remis à un plongeon et à une décision douteuse de l'arbitre pour l'emporter face à la Croatie. Après avoir peiné pendant 88 minutes face au Mexique, la Seleçao a encore essayé de gagner avec un plongeon, mais cette fois l'arbitre n'a pas bronché. En huitième de finale face au Chili, l'équipe a utilisé les fautes tactiques et l'aide des poteaux pour rester dans la match avant d'avancer grâce aux tirs au but.

Neymar a eu ses moments de magie, mais le Brésil en tant qu'équipe n'a eu qu'un seul vrai moment de samba dans ce tournoi, cette magnifique action lors de sa victoire 4-1 contre le Cameroun.

Le match contre le Cameroun était aussi sa seule victoire convaincante, contre l'une des pires équipes du tournoi (le Cameroun a marqué un but, perdu trois matchs et fait l'objet d'une enquête pour matchs truqués).

Cette année, le Brésil n'a pas les joueurs offensifs pour lesquels le pays est connu. Au lieu de ça, la Seleçao s'est appuyée sur des tactiques différentes, et a été aidée dans cette approche par un arbitrage laxiste dans ses deux matchs à élimination directe.

Certains suggèrent que l'absence relative de cartons jaunes dans ces matchs est un complot, pas tellement pour aider le Brésil, mais plutôt pour faire en sorte que les stars du tournoi ne soient pas suspendues. Même Zico, l'une des légendes de l'équipe de 1982, a déclaré qu'il savait que c'est une politique explicite de la Fifa, et que les joueurs «ont saisi cette opportunité et arrivent à s'en tirer».

L'avantage de jouer à domicile

Si le laxisme est vraiment une stratégie, personne n'en bénéficiera plus que le pays hôte. L'avantage du terrain est déjà énorme au football: les Brésiliens n'ont pas perdu de match de compétition sur leur sol depuis 1975. Les arbitres sont des êtres humains, et les êtres humains sont susceptibles de ne pas vouloir mettre en colère un stade rempli de fanatiques en maillot jaune.

On peut raisonnablement penser que si le tournoi se déroulait ailleurs qu'au Brésil, la Seleçao ne serait déjà plus là. Et si elle gagne la Coupe du monde, elle pourra remercier l'avantage de jouer à domicile.

Avec une place en finale de Coupe du monde en jeu, il y a peu de raisons de s'attendre à ce que le Brésil déploie un jeu plus beau ou moins cynique contre l'Allemagne que depuis le début du tournoi. Sans sa principale force créatrice, Neymar, et son défenseur star et capitaine Thiago Silva, la Seleçao pourrait même essayer de pourrir le jeu encore plus que contre la Colombie.

Il y a deux scénarios pour le match de ce mardi. Si Marco Rodriguez est aussi laxiste que Carballo, cela va encourager les deux équipes à faire des fautes, et on aura un match qui héritera d'un surnom du genre «le bain de sang de Belo Horizonte».

Sinon, Rodriguez, qui a déjà été sous le feu des projecteurs pour n'avoir pas puni la morsure de Suarez, va sortir des cartons jaunes dès le début.

Les cartons jaunes ne faisant plus craindre de suspension pour les matchs suivants (les compteurs ont été remis à zéro après les quarts de finale), il serait surprenant que les cartons jaunes ne pleuvent pas. Ce qui mettra l'arbitre dans une autre situation difficile: si le match se transforme en chaos, osera-t-il sortir un carton rouge à un joueur déjà puni d'un jaune?

Jeremy Stahl
Jeremy Stahl (27 articles)
Journaliste
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