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Les bons centres, une denrée rare mais magnifique du Mondial 2014

Grégoire Fleurot, mis à jour le 08.07.2014 à 18 h 05

Le centre dans toute sa diversité et toute sa beauté est à l'honneur au Brésil, un tournoi qui confirme deux tendances à première vue contradictoires dans cet exercice.

Brésil-Colombie le 4 juillet 2014 à Fortaleza, REUTERS/Marcelo Del Pozo

Brésil-Colombie le 4 juillet 2014 à Fortaleza, REUTERS/Marcelo Del Pozo

La Coupe du monde 2014 est bien partie pour être l'une des meilleures de l'histoire récente. Elle a eu de tout: beaucoup de buts, des scores fleuves, des grosses surprises mais pas trop non plus pour que les grandes équipes soient présentes à la fin du tournoi, des retournements de situation, des polémiques, des mèmes, des matchs au suspense insoutenable (Brésil-Chili)...

Dans la longue liste des choses qui font du football un spectacle magnifique et passionnant, une est pour le moment passée assez inaperçue: le centre. Il y en a pourtant eu pour tous les goûts dans ce tournoi, car le «cross» comme l'appellent les Anglais se décline sous diverses formes. 

Le centre classique d'abord, celui adressé depuis ce petit espace entre le côté de la surface de réparation et la ligne de touche, tant recherché par les joueurs de football sur Playstation, et qui est le théâtre des affrontements entre défenseurs latéraux et ailiers.

C'est par exemple celui de Franjic, qui adresse un beau centre au point de pénalty converti par Tim Cahill, redoutable joueur de tête malgré sa petite tête, pour la réduction du score de l'Australie face au Chili.

Il y a aussi le centre après avoir éliminé l'adversaire d'un crochet. Celui d'Antonio Candreva pour le but de Mario Balotelli contre l'Angleterre est un modèle du genre: lancé sur le côté droit, l'ailier italien n'a besoin que de deux touches de balles pour servir son coéquipier, un crochet du droit sur son contrôle qui efface Leighton Baines et un centre millimétré du gauche qui lobe toute la défense pour atterrir dans les pieds de Balotelli. Un chef d'oeuvre de centre:

A l'inverse, il n'est parfois pas nécessaire d'effacer son adversaire pour déposer le ballon sur la tête de son coéquipier: c'est le centre déclenché avant même d'atteindre la surface de réparation, souvent très brossé pour compenser l'angle délicat induit par la position reculée du centreur, comme sur les coup francs. Celui de Cristiano Ronaldo pour Silvestre Varela à la 95e minute du match contre les Etats-Unis est un magnifique spécimen:

On notera aussi dans cette catégorie celui du latéral ivoirien Serge Aurier. Bien servi sur la droite, il décoche une merveille de centre pour la tête de son compatriote Wilfried Bony face au Japon:

Petite mention pour le centre «contournant», ce centre très brossé, pas forcément très haut, qui se faufile entre le gardien de but et ses défenseurs pour arriver à destination au second poteau. Voir ici celui de l'Anglais Wayne Rooney pour Daniel Sturridge face à l'Italie (un match décidément riche en beaux «cruzamentos» comme les appellent les Brésiliens):

Pas de bonne compilation de centre sans celui de l'extérieur du pied, technique chère aux joueurs élégants comme Luka Modric, Javier Pastore, Dimitar Berbatov ou Juan Roman Riquelme, pour ne citer qu'eux.

Au Mondial, c'est le Ghanéen Kwadwo Asamoah qui a perpétué cette belle tradition. L'histoire retiendra l'égalisation d'Asamoah Gyan face au Portugal, mais ce bijou de centre que lui a adressé son coéquipier Kwawo Asamoah est entré au panthéon des plus beaux extérieurs de la compétition:

 

A première vue pourtant, les statistiques viennent contredire l'impression d'abondance de beaux centres lors de ce Mondial.

A la fin des huitièmes de finale, quand 56 des 64 matchs avaient déjà été joués, le pourcentage de centres réussis n'était que de 18,6%, soit le pourcentage le plus faible depuis 1966. 

La courbe ci-contre montre une sorte d'âge d'or du centre en Coupe du monde à la fin des années 1970 et au début des années 1980, avant une lente redescente du taux de réussite dans cet exercice qui semble se confirmer cette année. 

L'Italie par exemple, malgré le magnifique centre de son ailier Candreva, n'a réussi lors de ses trois matchs que trois centres sur 29, soit un pourcentage très faible de 10,3% de réussite.

La France fait plutôt partie des bons élèves avec 17 centres réussis sur 80, soit 21,3% de réussite, tandis que le Ghana, en plus d'avoir marqué l'un des plus beaux buts sur centre de la compétition, est aussi le leader en termes d'efficacité avec un taux de réussite de 26,7%.

 

Le faible taux de réussite des centres de ce Mondial ne veut pas dire que les centreurs ont été mauvais pour autant. Comme le montrent les différents GIF ci-dessus, certains ont même été excellents.

Cela se reflète d'ailleurs dans le nombre important de buts de la tête inscrits au cours des 56 premiers matchs de la compétition, le deuxième total le plus élevé depuis 1966 (soulignons ici que toutes les têtes ne sont pas marquées sur des centres, et ce Mondial a été particulièrement prolifique en termes de corners, qui sont pour la plupart des centres sur coup de pied arrêté).

Il est d'ailleurs intéressant d'observer que la tendance en ce qui concerne les buts de la tête est à peu près contraire à celle du taux de réussite des centres. On réussit de moins en moins de centres en Coupe du monde, mais on arrive plus souvent à marquer grâce à cet exercice. 

Une hypothèse possible est que les défenses sont mieux organisées qu'à une certaine époque, et interceptent un plus grand nombre de centres, tandis que dans le même temps les footballeurs sont de plus en plus précis de la tête.

Sur des buts comme celui de Mats Hummels contre la France ou même celui de Tim Cahill évoqué plus haut, les centres sont de qualité, mais le mérite revient surtout au timing, à la précision et à la capacité du buteur à prendre le dessus sur son adversaire. 

Statistiques du Mondial 2014 fournies par:

 

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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