Parents & enfants

La réussite au bac de Myriam est éclatante et symbolique. Mais pas parce qu'elle est d'«origine marocaine»

Louise Tourret, mis à jour le 07.07.2014 à 12 h 02

Ce qui est extraordinaire, c'est sa note de 21/20, et son origine sociale, pas le pays d'où vient son grand-père.

Des lycéens consultent les résultats du bac, à Nantes en 2011. REUTERS/Stephane Mahe

Des lycéens consultent les résultats du bac, à Nantes en 2011. REUTERS/Stephane Mahe

21,3 au bac. La réussite éclatante de Myriam, bac scientifique au lycée de Villers-Cotterêts, est extraordinaire, mais pas forcément si étonnante que cela.

Si Myriam est la star du jour et si sa réussite est autant médiatisée (moins parce qu’elle a eu une note incroyable que parce qu’elle est d’origine marocaine —son père est lui-même français d’origine marocaine, on peut dire que Myriam est plutôt d’origine picarde— et modeste), c’est peut-être parce qu’elle paraît battre en brèche ce que nous écrivons et entendons toute l’année sur l’école: ces statistiques déprimantes de la reproduction sociale qui montrent que l’école française est championne du monde, de l’univers, de la reproduction des inégalités à l’école.

Ces chiffres et ces données confortent ce que la sociologie a étudié de près et depuis longtemps et formulé comme tel: notre école est une école d’héritiers pour reprendre le terme popularisé par Pierre Bourdieu. C’est surtout à la fois une réalité bien documentée par les statistiques et une représentation bien ancrée dans les esprits. Pour réussir à l’école, mieux vaut en maîtriser les codes, les «habitus» et avoir accès à l’information pour faire les bons choix d’orientation. C’est ce qui explique en partie la réussite des enfants d’enseignants. Ce que montrent également les statistiques sur l'origine sociale des élèves c’est que, pour décrocher le bac, le mieux c’est d’avoir un parent bachelier!

Mais cela ne signifie pas que la réussite est inaccessible aux autres. Et d'excellents élèves de toutes origines, il suffit d’aller faire un tour dans les établissements pour en rencontrer, parfois on peut même les entendre à la radio, comme dans ces deux numéros de Rue des écoles (mon émission, oui) sur France Culture: Réinventer l’exigence en classe et Objectif Sciences Po.

Au-delà du cas de Myriam, il faut aussi dire un mot sur le poids de l'origine familiale et géographique des élèves. Sur ce point, les études se contredisent. L'OCDE et Pisa sont plutôt pessimistes: il y a un écart de résultats pour la première, mais aussi pour la deuxième génération d’immigrés: les «scores» en mathématiques sont inférieurs. Mais voici ce qu’écrit la rédaction de l’Observatoire des inégalités dans une note de 2012 : 

«Les immigrés rencontrent les mêmes difficultés que les catégories modestes en général, en particulier une école taillée sur mesure pour les milieux favorisés.»

Mieux:

«Au total, les enfants d’immigrés ont de moins bons résultats scolaires, non parce qu’ils sont immigrés, mais parce que leurs parents appartiennent à des milieux sociaux défavorisés. A milieu équivalent, ils sont même plutôt meilleurs. Comment expliquer ce phénomène? Selon une étude du ministère de l’Education, les aspirations scolaires des enfants d’immigrés et de leurs parents sont plus fortes. Pour deux grands types de raisons: ceux qui émigrent ont souvent un projet d’ascension sociale, pour eux comme pour leurs enfants; ils n’ont pas ou peu été scolarisés et ils n’ont donc pas été mis en échec par le système éducatif, contrairement aux parents peu qualifiés qui ne sont pas d’origine immigrée. “Ils se positionnent donc de manière plus positive par rapport au système éducatif français”.»

De plus, ce que l'on sait depuis longtemps, c’est que, jusqu’au bac au moins, les filles réussissent en moyenne mieux que les garçons, comme le montre par exemple cette étude de l’Insee sur le bac 2012.

Louise Tourret
Louise Tourret (167 articles)
Journaliste
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