SportsCoupe du monde 2014

Le dernier carré de la Coupe du monde est-il un club élitiste?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 06.07.2014 à 12 h 22

Les quatre qualifiés pour les demi-finales sont tous habitués du rendez-vous. Pourtant, le Mondial est un tournoi plus ouvert que les autres grandes compétitions sportives.

Opposés pour le titre en 2002, le Brésil et l'Allemagne se disputeront cette année une place en finale. REUTERS/Jim Bourg.

Opposés pour le titre en 2002, le Brésil et l'Allemagne se disputeront cette année une place en finale. REUTERS/Jim Bourg.

Les surprises, c’était pour le premier tour. Après des huitièmes de finale de la Coupe du monde systématiquement remportés par les premiers de poule, tous les favoris l’ont emporté en quarts de finale, l'outsider colombien (1-2 face au Brésil) et la surprise costaricaine (0-0, 3-4 t.a.b. contre les Pays-Bas) échouant dans leur défi d'intégrer pour la première fois le dernier carré de la compétition. En demi-finale, on assistera donc à des retrouvailles entre le Brésil et l’Allemagne (finalistes 2002, et les deux équipes les plus expérimentées de l’histoire du Mondial) et l’Argentine et les Pays-Bas (finalistes 1978, et opposés dans d'autres duels mémorables de la compétition).

Cela signifie-t-il que la Coupe du monde est un tournoi élitiste? C’est ce qu’écrivaient Les Cahiers du football en 2006, au moment de l’accession de la France et l’Italie à la finale de Berlin:

«Sachant que dimanche se jouera la dix-huitième finale de la Coupe du monde, combien d’équipes différentes auraient pu y participer? Trente-six au maximum. Et au minimum? Deux. Le chiffre exact –onze– est plus proche du plancher que du plafond, preuve qu’en football, s’il n’y a plus de petites équipes, les grandes ne sont pas disposées à laisser leur place. [….]

 

Quand on détaille l’histoire de ces finales, de Montevideo à Berlin en passant par Rome, Paris, Stockholm, Mexico, Rio, Santiago, Londres, Madrid, Mexico ou Yokohama, ce qui frappe tout d’abord, c’est l’aspect élitiste de la chose: sept vainqueurs (Brésil, Allemagne, Italie, Argentine, Uruguay, France et Angleterre), ce qui est bien peu, pour quatre finalistes seulement (Suède, Pays-Bas, Hongrie, Tchécoslovaquie).»

Pour en avoir le cœur net, nous nous sommes plongés dans les podiums des championnats du monde de cinq grands sports collectifs (football, rugby, handball, basket, volley-ball), chez les hommes comme chez les femmes.

Depuis 1930, 23 nations (ou blocs de nations –voire notre méthodologie) ont atteint au moins une fois le dernier carré de la Coupe du monde en vingt éditions. Cela en fait, sur la durée, un tournoi un peu moins «élitiste» que tous ses concurrents, même si les derniers bizuths à ce stade du Mondial commencent à dater, puisqu'il faut remonter à 2002 (Turquie et Corée du sud, respectivement troisième et quatrième).

Chez les femmes, par exemple, seulement neuf pays ont atteint le dernier carré en six éditions –ils étaient treize chez les hommes en 1958, au même stade de développement. Depuis 1987, la Coupe du monde de rugby masculine n'a connu que huit demi-finalistes en sept éditions. Les championnats du monde de handball, masculin comme féminin, n’ont connu que quinze demi-finalistes en respectivement 22 et 21 éditions. 

Comment expliquer cet écart? Sans doute peut-on l'attribuer au fait que le football masculin est le sport le plus mondialisé, ce qui tend à homogénéiser les écarts entre les pays, là où le rugby, par exemple, connaît une mondialisation en «trompe-l’œil [...] en termes de pratique» comme «de niveau»; et là ou le championnat du monde de handball masculin n'a connu que deux demi-finalistes non européens, l'Égypte en 2001 puis la Tunisie en 2005. 

Ajoutons à cela que le football, sport du but rare par opposition aux abondants essais ou paniers, est la plus incertaine des disciplines: le favori n'y gagne qu'un peu plus de 50% du temps, contre 60% ou 70% dans les autres disciplines. C'est ce sport où le 28e mondial, le Costa Rica, peut battre le 7e mondial, l'Uruguay, sans discussion, ce qui équivaudrait, en rugby, à une victoire du XV du Chili sur la France. Pas étonnant, donc, que des équipes supposées moins fortes sur le papier créent plus ou moins régulièrement la surprise en accédant aux demi-finales.

En revanche, le tableau est plus nuancé, comme le soulignaient les Cahiers du football en 2006, quand on monte d'un cran.

Au niveau des finalistes, la Coupe du monde de football n'est pour l'instant pas outrageusement plus ouverte que son homologue féminine (sept finalistes en six éditions) ou que les championnats du monde de handball et de volley masculin (douze pays finalistes) ou de basket féminin (onze finalistes en seize éditions).

Et si la Coupe du monde s’est offerte à plus de vainqueurs que les championnats du monde de basket féminin (quatre vainqueurs seulement en seize éditions: États-Unis, URSS, Australie, Brésil), la variété de sa plus haute marche est relativement comparable à celle du basket masculin (six vainqueurs en seize éditions –c'est justement lors de sa seizième édition que la Coupe du monde s'était offerte son septième vainqueur, la France, face au quadruple champion du monde brésilien), du handball masculin (huit vainqueurs) ou du volley masculin (sept vainqueurs). Et loin du sport qui a sacré le plus de champions du monde, le handball féminin et ses onze lauréats.

Comme s’il y avait un plus fort écart qu'ailleurs, en Coupe du monde de football, entre la demi-finale, la finale et la victoire... Et comme si le hasard, cette marque du Mondial, conspirait à maintenir le club des étoilés le plus fermé possible: à neuf minutes, un poteau ou un accident de parcours près, la Coupe du monde compterait déjà onze vainqueurs et personne ne considérerait cela injustifié. Dimanche 13 juillet, si les Pays-Bas rompent la malédiction qui les poursuit, ils seront enfin neuf.

Le décompte des pays qui ont déjà remporté un titre de champion du monde dans une discipline est compliqué par l'éclatement de trois d'entre eux en Europe (URSS, Tchécoslovaquie, Yougoslavie) et la réunification allemande. Nous avons donc pris le parti de regrouper ces quatre blocs sous une seule bannière. Par exemple, en handball féminin, les deux titres de la RDA et le titre de l'Allemagne réunifiée comptent pour un seul pays; il en est de même, en football, pour la demi-finale de la Yougoslavie en 1962 (qui comptait un tiers de joueurs croates) et de celle de la Croatie en 1998. Revenir à l'article

 

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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