Parents & enfants

Les résultats du Bac, une des rares bonnes nouvelles pour l'Education nationale

Louise Tourret, mis à jour le 04.07.2014 à 14 h 02

De source très bien informée au ministère de l’Education, les résultats du bac cuvée 2014 qui seront publiés ce vendredi ne seraient pas fameux. Si la filière pro voit son taux de réussite monter, le bac ES (un tiers des bacheliers de la filière générale) perd des plumes, du moins selon les résultats avant la session de rattrapage.

Comment expliquer cette baisse? On sait que le cru 2013 a constitué un record, le taux de réussite planant cette année-là à 91,9% pour les BAC L, ES et S confondus. Sur l’ensemble des bacs (filières générales, technologiques et professionnelles), le taux moyen de succès était de 86,8%, 2,4 points de plus qu’en 2012. Auparavant l’année record c’était 2009, avec 86%.

Et donc, pas de chance pour les bacheliers de 2014, après un record, un tassement. C’est logique.

D’après une enseignante de Sciences économique et sociale dans un lycée de banlieue, interrogée à la veille des résultats à la sortie de sa très longue réunion d’harmonisation (la réunion dans laquelle les enseignants accordent une dernière fois leur violon et règlent d’éventuelles divergences de notation), les épreuves n’ont pourtant pas été particulièrement difficiles cette année:

 «Des sujets ni faciles ni durs. Pas de mauvaises surprises mais pas de bonnes non plus cette année.»

Mais l’année précédente, de nouvelles spécialisations avait été introduites: science politique ou économie pour les ES, maths pour les S. Une spécialisation c’est en quelque sorte choisir de suivre et de passer la discipline de manière renforcé avec plus d’heure l’année, un examen plus long et pour un coefficient plus important.  

Pour ces options, il n’y avait pas de références ni d’annales et d’après le même enseignant: 

«On nous avait dit: “allez-y mollo”  et nous avions des consignes pour corriger de manière indulgente».

Mais même si cette année montre un tassement, il reste que ces taux, qui tourneront autour de 85% sont quand même très importants! On reste sur cette courbe ascendante depuis les années 60.

Depuis, il est devenu presque impossible pour un élève de terminale de ne pas décrocher le bac, même si pour une minorité d’entre eux il faut s’y reprendre à deux fois. C’est une bonne nouvelle. Comme l’avaient montré les travaux des économistes Eric Maurin  et Sandra Mac Nally sur les bacheliers de 68 (81,3% de réussite soit 20 points au-dessus du taux de réussite des années précédentes), l’accès aux études supérieures permet de décrocher de meilleurs emplois et d’avoir un destin social favorable. C’était le cas pour les sessions 1967 et 1969. Le diplôme est un sésame pour le supérieur. Mais c’est à peu près tout.

Si c’est mieux pour les élèves de terminale de décrocher le bac que de sortir de l’école sans rien, il semble qu’au moins, ces taux de réussite éclatant restent les seuls dont l’école peut encore s’enorgueillir. Comme si une des dernières fonctions du bac était de nous rassurer. Le bac tient les murs de l’école et permet à l’Éducation nationale de communiquer sur du positif au moins une fois dans l’année (la rentrée remplit aussi un peu cette fonction). Et même si une pause dans la progression permet de communiquer positivement, et au ministre de déclarer que «le bac ne se donne pas, le seul problème c’est que cette augmentation des chiffres ne pourra durer éternellement. Si on suit la courbe, dans dix, quinze ans on devrait dépasser les 100% de réussite… 

Et surtout, ce taux de réussite éclatant au bac est bien le seul indicateur positif sur l’évolution du niveau des élèves.

Les chiffres données par Pisa (enquête de l’OCDE sur les élèves de 15 ans) indiquent que la France est championne du monde de la reproduction des inégalités sociales à l’école avec des élèves en difficultés plus nombreux et d’avantage en échec qu’il y a 3, 6 ou 9 ans, l’étude PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study, organisée par l’association internationale pour l’évaluation des compétences scolaires, sur le niveau de lecture des élèves de CM1 dans le monde) montre que les élèves français comprennent mal ce qu’ils lisent, la dernière étude de la Depp (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) sur le niveau des élèves de CE2 met en lumière des baisses inquiétante en lecture, en mathématiques et en orthographe.

Ce qui compte désormais ce n’est pas l’obtention ou non du diplôme mais de ce qui a été fait avant! Si le niveau des bacheliers n’est pas bon, comme l’affirment certains profs de fac comme Laurent Bouvet (1), ce n’est pas le problème du bac mais de la formation depuis le CP.

(1) Laurent Bouvet est également chroniqueur à Slate.fr

Louise Tourret
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Journaliste
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